Quatrième de couverture
Les
sciences - tout particulièrement la physique - sont écartelées
entre deux points de vue contradictoires. Pour l'un, les théories scientifiques
représentent une réalité objective. Pour l'autre, elles ne
sont qu'une hypothèse, une explication qui se tient, mais à laquelle
la réalité échappe toujours. Et s'il existait une
voie médiane, intellectuellement et intuitivement plus satisfaisante ?
Nombreux sont les scientifiques à se poser la même question, sans
grand succès. Pourtant, dit Wallace, la position centriste existe bel et
bien. Elle nous vient du bouddhisme, dont les méthodes contemplatives non
seulement ne s'opposent pas à la rigueur de la pensée occidentale,
mais sont, au contraire, susceptibles de la compléter et de l'enrichir.
Voici enfin un livre d'une parfaite rationalité, sans jargon, qui jette
un pont véritable entre la science occidentale et la philosophie orientale.
PRÉFACE de Mathieu Ricard
On
trouve dans les textes bouddhiques l'histoire de deux aveugles qui voulaient qu'on
leur explique les couleurs. À l'un d'eux on répondit: " Le
blanc, c'est la couleur de la neige. " L'aveugle prit une poignée
de neige et conclut que le blanc était "froid ". À l'autre
on raconta que le blanc était la couleur des cygnes, et il écouta
le bruissement des ailes d'un cygne qui volait, pour conclure que le blanc faisait
" frou-frou "... Lorsque nous percevons un phénomène,
nous sommes conscients que nombre de ses attributs sont liés à la
perception que nous en avons, car le même objet ou la même personne
peuvent être perçus comme étant agréables ou désagréables,
beaux ou laids. Nous pensons néanmoins que certains caractères spécifiques
de l'objet existent en eux-mêmes et définissent sa vraie nature,
telle qu'elle existe derrière le voile auquel s'arrêtent nos sens.
Or, aucun de ces caractères ne résiste à une analyse critique
ni ne permet de définir la réalité ultime d'un phénomène.
L'électron, par exemple, peut être considéré comme
une onde ou comme une particule, deux entités parfaitement antinomiques.
On peut aussi le décrire par des quantités chiffrées fournies
par des appareils de détection ou des calculs mathématiques - sa
masse, sa charge, sa vitesse, son spin, etc. De ces différents caractères
ou paramètres, on ne peut raisonnablement en considérer aucun comme
décrivant la nature ultime de ce qu'on appelle " électron ".
Ces caractères ne se révèlent qu'en dépendance avec
d'autres facteurs, tels que les méthodes et les instruments d'observation,
sans parler de l'observateur lui-même. La nature ultime de la réalité,
si tant est que cette abstraction existe, nous est, pour reprendre Henri Poincaré,
" à jamais inaccessible ". Les lois mathématiques ne peuvent
que définir des propriétés dép"endant ellesmêmes
des postulats sur lesquels reposent ces lois. fi n'est pas question de nier
la réalité observable telle que nous la voyons, ni de prétendre
qu'elle n'existe pas en dehors de l'esprit. Ce que nous voulons dire, c'est qu'il
n'y a pas de réalité "en soi". S'il est un mot clé
pour décrire la réalité, c'est bien celui d'interdé
pendance. Les phénomènes existent uniquement en dépendance
avec d'autres phénomènes. Cela est vrai des particules atomiques
comme des instants de conscience. La " vacuité" du bouddhisme,
qui fit reculer les beaux esprits du siècle dernier saisis par la crainte
du néant, n'est pas Yabsence ou l'inexistence des phénomènes,
mais les phénomènes eux-mêmes. Ce dont ils sont vides, ce
n'est pas d'une réalité relative, conventionnelle, mais d'une existence
propre, permanente et autonome. Entre la nécessité d'un horloger
divin et le hasard invoqué par le nihiliste, nous voici dans le juste milieu
avec l'infini déploiement de la vacuité en phénomènes
qui suivent les règles du jeu de Yinterdépendance.
L' ouvrage
d'Alan Wallace est, à ma connaissance, le premier à comparer avec
compétence les différents points de vue des sciences naturelles
et mathématiques sur la nature de la réalité, avec ceux de
la science contemplative proposés par la " voie médiane"
du bouddhisme. n est temps, nous semble-t-il, que cette dernière trouve
la place qui lui revient dans l'histoire des idées. Alan expose brillamment
la manière dont la philosophie bouddhique analyse et décortique
la notion de " moi" afin de démasquer l'architecte du samsara
et de lui ôter ainsi toute faculté de reconstruire la prison de l'ignorance. Matthieu
Ricard, Monastère de Shéchèn, Népal
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