Quatrième de couverture
Dans
cet ouvrage, l'auteur donne la traduction intégrale de dix textes
du Corpus canonique et, en même temps, il discute longuement plusieurs
points fondamentaux de la philosophie bouddhique communs à toutes
les écoles du bouddhisme. C'est la première fois que
ces textes anciens sont traduits en français. L'auteur porte
ainsi à la connaissance des lecteurs francophones les enseignements
doctrinaux qu'ils contiennent et les témoignages qu'ils offrent,
avec tant de vie et de fraîcheur. Le lecteur trouvera aussi ici
un chapitre très intéressant qui donne des éclaicissements
sur le renaissance et les karma, sujet souvent mal compris en Occident.
Ce livre, par son approche, son contenu, et sa bibliographie, constitue
un ouvrage de référence qui a sa place dans toutes les bibliothèques
consacrées aux sciences humaines en général et au
bouddhisme en particulier.
Préface de Guy Bugault, professeur à la
Sorbonne
Môhan
Wijayaratna a déjà beaucoup publié sur le bouddhisme.
Outre deux thèses érudites, il a mis à la disposition
du lecteur occidental des traductions originales du Canon bouddhique.
Certaines concernent les aspects disciplinaires du bouddhisme ancien,
d'autres ses aspects anthropologiques, d'autres enfin la doctrine proprement
dite du Bouddha, son dhamma. Dans cette doctrine, on peut mettre davantage
en valeur la dimension d'entraînement thérapeutique et psychosomatique,
quasi religieuse: c'est ce que Môhan Wijayaratna a fait dans les
Sermons du Bouddha!. On peut aussi choisir parmi les sutta (discours ou
entretiens du Bouddha) ceux qui comportent des implications philosophiques,
parfois même des explications philosophiques. C'est le parti que
l'auteur adopte aujourd'hui, non sans prendre les précautions indispensables
au moment d'appliquer le terme « philosophique » aux enseignements
du Maître.
La pensée de l'auteur s'organisant autour du seul Corpus canonique
(pali), il en résulte un incontestable avantage: il nous transmet
du bouddhisme une représentation homogène. Précisons
même qu'il considère le
texte nu sans s'embarrasser des Commentaires (agha-katha) qu'il connaît
pourtant fort bien. L'auteur s'en tient aux sources les plus anciennes,
celles qui ont le plus de chance de refléter la pensée originelle
du Maître, c'est-à-dire aux paroles rapportées par
Ananda, cousin, ami et secrétaire du Bouddha (un peu comme Porphyre
pour Plotin). En outre, en acceptant ces témoignages les plus anciens
tels qu'ils se présentent, l'auteur évite les discussions
innombrables qui leur ont fait suite et permet à tous ses lecteurs
bouddhistes, quelle que soit leur obédience, de se reconnaître
et de se ressourcer à ces textes fondateurs comme à leur
commun dénominateur. Ne privilégiant aucune école,
ils intéressent toutes les écoles. Quant aux lecteurs non-bouddhistes,
qu'on espère nombreux, ils peuvent aussi se reconnaître et
se ressourcer dans la mesure où ces textes fondateurs sont une
contribution au trésor universel de l'humanité, ce qui n'eût
pas été le cas si l'auteur était entré dans
le détail des interprétations et des disputes doctrinales.
Ce livre comprend neuf chapitres qui suivent une longue introduction.
A propos d'un thème ou d'un problème qui donne son titre
au chapitre, l'auteur prend, pour ainsi dire, le lecteur par la main et
l'amène insensiblement au point où il est prêt à
entendre la parole même attribuée au Bouddha.
Ici donc, l'auteur se fait traducteur et nous livre la teneur intégrale
d'un sermon, ce qui permet au lecteur de ressentir la saveur originelle
d'un enseignement généralement en situation, parfois ad
hominem,' d'enregistrer le cliché initial "ainsi ai-je entendu",
destiné à attester l'authenticité, d'apprécier
la discrète mise en scène avec le cérémonial
approprié. Ainsi les interlocuteurs du Bienheureux se tiennent
tantôt debout, tantôt assis, mais toujours de côté
par rapport à lui. Môhan Wijayaratna a eu raison. aussi.
de ne pas faire l'économie des nombreuses répétitions
et réitérations qui caractérisent ces entretiens:
on y sent d'une part comme un scrupule de n'oublier aucun maillon de la
chaîne des raisons. d'autre part un moyen pédagogique de
gra-
ver ces textes dans la mémoire.
Après avoir traduit le sutta au complet, l'auteur reprend la plume
pour son compte en apportant des remarques complémentaires, propres
à éclairer, souvent par d'autres textes, celui qu'on vient
de lire. Chaque chapitre se déroule donc habilement en trois temps:
un accès en pente douce, un plateau, une redescente.
Parmi les neuf chapitres, quels sont ceux qui retiendront telle ou telle
catégorie de lecteurs? D'abord l'ensemble de l'ouvrage présente
une densité psychologique certaine et, comme l'auteur le souligne,
les analyses et l'ordonnance du médecin bouddhique reposent essentiellement
sur la psychologie de l'individu. Quant à la pertinence proprement
philosophique des exposés et des textes. elle est partout présente
quoique inégalement. Citons dans l'introduction: pourquoi le Bouddha
refuse de répondre aux questions
métaphysiques. Quant au chapitre V, il nous interpelle, aujourd'hui
encore, puisqu'on débat d'un sujet central de la philosophie mode
me et même contemporaine: le Moi et le Soi et le non-Soi. Le problème
typiquement
indien, d'une ignorance radicale, antérieure à l'existence,
est évoqué dans le chapitre VII .. en même temps qu'une
procédure de raisonnement, non moins indienne et plus spécialement
bouddhique: le tétralemme.
Le chapitre VIII. consacré à la renaissance (plutôt
qu'à la réincarnation) est particulièrement riche.
Il intéressera tout le monde, et d'abord l'historien des religions.
Le thème des renaissances et de la transmigration peut paraître
étrange au lecteur occidental, encore que la mythologie grecque
lui en ait donné déjà quelque idée. Ici, l'analyse
saffine, notamment par les différences entre les conceptions hindoues
et les conceptions bouddhiques. En relation avec ce problème, il
y est aussi question de l'origine des inégalités (Rousseau
n'eût pas manqué d'être intéressé !).
On y montre la complexité presque infinie, distributive, de la
loi du karman (l auteur préfère dire, au pluriel, les kamma,
les « actions»), en notant d'ailleurs avec le Slvaka-sutta
que celles-ci ne sont qu'une des causes de la condition humaine, contrairement
à une simplification trop répandue. Intervient, à
cette occasion, une excellente mise au point sur une question souvent
mal traitée: l'attitude du Bouddhaface au problème des castes.
Enfin, l'auteur a le mérite de souligner la tension dialectique
entre deux articles doctrinaux du bouddhisme: la loi du karman et la doctrine
du non-Soi (anatta). Le dernier chapitre éclaire la distinction
entre deux degrés, terrestre et supra-terrestre, de la conception
du Bien et du Mal.
Au lecteur, bon appétit!
Guy
BUGAULT
Professeur honoraire de philosophie indienne et comparée
Université de Paris-Sorbonne (Paris IV)
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