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Quand
la joie est présente, nous sommes prêts à découvrir
de nouvelles choses - Si nous avons déjà décidé:
"La vie est souffrance", alors nous n'allons pas chercher plus
loin.
Dans la pratique spirituelle, nous pouvons parfois faire l'erreur d'assimiler
la vie religieuse à une sorte d'auto-flagellation. Ou alors, nous
sommes enclins à croire que cette pratique devrait aboutir à
un genre "spécial" de pureté. Avec cette idée
en tête, nous regardons en nous et, bien sûr, tout ce que
nous voyons ne sont que des impuretés. Nous étant formé
une idée de ce qu'est l'illumination, nous examinons notre propre
esprit et nous y voyons juste le contraire: confusion et conflits.
Mais ce qu'il faut comprendre c'est que toutes les idées que nous
avons concernant la pratique ne sont que des idées, seulement des
idées...
Penser, par exemple: "Moi, je suis ici et le Nibbana se trouve là-bas,
je ne suis qu'un idiot aux idées confuses et le Nibbana est toute
pureté et profondeur" n'est qu'une projection de concepts.
En fait, dans la pratique réelle, illumination veut seulement dire
être pleinement attentif et conscient de la confusion elle-même.
La sagesse consiste à voir clairement son ignorance. Il ne s'agit
pas ici de connaître la sagesse mais bien plutôt d'utiliser
la sagesse pour connaître notre ignorance!
Toute la pratique de l'attention nous ramène à réaliser
la vraie nature du fait d'être là, présent. Nous ne
tentons pas de nous brancher sur une sorte de "Sagesse nibbanique"
flottant quelque part dans l'espace et nous n'attendons pas non plus que
la sagesse nous tombe dans les bras. Ce dont il s'agit c'est d'être
conscient de la nature de la condition humaine telle qu'elle est.
C'est seulement à partir du moment où nous comprenons réellement
ce qu'est la vie que nous pouvons commencer à la transcender, Si
nous tentons de la transcender avant qu'en fait nous la connaissions,
nous sommes seulement pris au piège de l'illusion.
Ajahn Chah avait coutume de dire: "Nous devons d'abord ramasser quelque
chose avant de réaliser combien c'est lourd". Nous rendre
compte combien c'est lourd, c'est voir dukkha. C'est après avoir
vu dukkha que nous pouvons lâcher-prise. Après avoir lâché
prise, nous réalisons combien, en fait, c'est léger.
Ah! Quel soulagement! Et c'est ici que l'on parle de joie, ou piti comme
elle est appelée dans les "Facteurs de l'Illumination".
Il existe différentes traductions du terme piti, de même
qu'il y a différentes sortes de joie. Hier, nous parlions de la
manière dont, après avoir été motivé
par dukkha pour chercher la Voie, nous arrivions à la confiance:
c'est cette confiance qui, à son tour, conditionne la joie.
Ainsi, il y a ces différentes sortes de joie qui, dans la pratique
spirituelle, naissent de différentes causes. Dans ma pratique personnelle,
j'ai trouvé très utile d'y réfléchir car il
semble que l'importance et la fonction de la joie soient souvent perdus
de vue lorsqu'on parle de développement spirituel.
Toutefois piti n'est pas seulement le plaisir d'avoir une expérience
agréable mais c'est plutôt une expérience qui nous
amène à plus d'ouverture dans la vie, à l'éveil.
Quand la joie est présente nous sommes prêts à découvrir
de nouvelles choses. Par contre, si nous avons déjà décidé
que "la vie est souffrance" et que nous la considérons
comme un état misérable, alors évidemment nous n'allons
pas chercher plus loin.
Regardez les enfants, comme ils observent et veulent constamment découvrir,
la fascination qu'ils ont pour les choses. Il est triste de voir comment
nous, les adultes, sommes devenus tellement sophistiqués que nous
ne prenons plus le temps de regarder les fleurs ou toutes ces choses de
moindre importance ... Nous fonctionnons à un niveau beaucoup plus
conceptuel. Quand nous voyons une fleur, nous pensons immédiatement
"fleur" et ensuite: "oui, je sais tout des fleurs, toute
ma vie j'ai vu des fleurs et ça, c'est seulement une autre fleur".
En vérité pourtant, chaque fleur est unique: elle est là,
à cet endroit, en ce moment, c'est cette fleur-là. La même
chose se passe si, par exemple, nous pouvons vraiment écouter chanter
un oiseau et entendre seulement le son de ce chant. C'est une chose toute
différente que de penser: "Oh, voilà un autre oiseau
en train de chanter". Si nous écoutons vraiment, il y a seulement
le son de ce chant en ce moment précis, en cet endroit, dans ces
circonstances et il y a la conscience de savoir cela, il y a l'écoute.
Voilà une réalité totalement différente du
fait de penser: "un autre oiseau en train de chanter ".
Si
nous ne faisons constamment que conceptualiser, le dialogue ou bavardage
intérieur ne s'arrête plus: "tiens, un oiseau en train
de chanter ... une fleur là-bas '" telle personne est en train
de parler, si elle pouvait se taire ... une bougie qui brûle"
etc.
Et nous croyons tout savoir de la vie !
Tout
ce que nous faisons, c'est seulement jongler avec des concepts dans nos
têtes et tout ce qu'ils font, c'est de se déplacer d'un côté
à l'autre du cerveau, émergeant de la mémoire pour
être verbalisés et y replongeant ensuite. Si nous vivons
avec seulement des concepts par rapport à la vie, il y a beaucoup
de chances qu'elle devienne plutôt ennuyeuse avec toujours ce même
rabâchage: "fleur, oiseau, arbre …"
Bien
qu'il soit naturel que le langage nous permette d'apprendre, de comprendre
et d'exprimer notre compréhension, beaucoup d'entre nous sont devenus
prisonniers du langage.
La méditation nous donne l'occasion à présent d'amener
un changement profond dans notre civilisation occidentale en essayant
de comprendre à un niveau non conceptuel. La méditation
nous permet de réaliser de manière directe la nature de
toute expérience.
Ceux
qui croient s'identifier totalement à travers les mots peuvent
peut-être trouver cela menaçant, mais il est bien évident
qu'il ne s'agit pas de se passer complètement des mots, nous devons
pouvoir continuer à nous exprimer et il est nécessaire que
nous puissions communiquer. Mais nous devrions reconnaître que les
mots que nous utilisons pour communiquer ne sont pas identiques à
l'expérience que nous tentons de décrire.
Dans
notre société actuelle, la part donnée au silence
est tellement mince et les mots sont si bruyants et forts que souvent
c'est seulement cela que nous entendons. Pourtant c'est l'importance accordée
au silence qui nous donne accès à et qui entretient une
manière différente de communiquer.
Comme
il est merveilleux d'être à nouveau un enfant et de ne plus
être limité par les mots!
Au début, les enfants ne connaissent pas de mot pour désigner
une fleur et ils demandent: "c'est quoi, ça ?". Alors,
nous leur répondons: "c'est une fleur". C'est vrai qu'ils
doivent apprendre à communiquer, mais pourquoi n'essayerions-nous
pas de répondre: "on appelle cela une fleur mais ce n'est
pas ce qu'elle est vraiment, elle est comme elle est, c'est sa nature
et c'est parfait ainsi". Connaître cet état de "simplement,
comme les choses sont...", c'est connaître la joie. C'est cette
joie qui peut faire revivre en nous tant de belles qualités qui
se sont éteintes. A présent nous avons la clé secrète
qui peut nous aider à nous libérer de nos habitudes.
Cette
joie peut aussi être développée davantage car au delà
de piti ou joie spirituelle existe une qualité beaucoup plus stable
appelée sukha. En général, on traduit sukha par bonheur,
le contraire de dukkha, mais en fait ce n'est pas suffisant car le bonheur
momentané est comme un papillon qui vole de-ci de-là. Il
n'y a certainement rien à redire à cela mais bonheur ne
traduit pas la qualité profonde de bien-être exprimée
par sukha. A force d'avoir vécu tellement avec des concepts, notre
vie est devenue ennuyeuse et des moments fugitifs d'excitation en sont
venus à nous paraître importants.
Sukha, par contre, signifie: "tout est simplement parfait".
C'est un sentiment de calme et de bien-être qui imprègne
notre corps et notre esprit tout entier. Sukha rend l'esprit paisible
et non fragmenté, donnant une fondation solide pour samadhi, la
concentration.
Mais revenons à présent à la joie: la joie est spontanée.
Vous ne pouvez pas la concevoir à l'avance ni la créer:
elle vient simplement dans le moment présent. Quand la joie est
vraiment là, vous vivez dans le moment présent. Voir la
joie ainsi devient un point de référence précieux
pour nous car nous savons alors que, si nous vivons une joie véritable,
nous sommes dans le moment présent et, inversement, si nous sommes
réellement dans le moment présent, une joie authentique
se manifeste.
Donc,
tâchez de découvrir d'où vient la joie, voyez ce qui
la maintient et ce qui la fait disparaître. En faisant cela, nous
commençons à cultiver la joie comme un des "Facteurs
de l'Illumination". Elle devient une des qualités qui nous
mènent à l'éveil.
Publié
par les Editions Dhammapala en 1991
Am Waldrand
CH-3718 Kandersteg,
Suisse
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