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L'art
de la méditation
Le
titre de cette conférence est "L'art de la méditation'~
J'espère que personne n'a pensé que cela allait être
une exposition d'art présentée par des méditants!
Nous devons choisir un certain titre pour ces conférences, principalement
pour situer des approches souvent bien différentes, parce qu'un
sujet comme la méditation est extrêmement varié et
qu'il comporte une gamme étendue de connotations.
J'aurais pu également nommer mon exposé "La science
de la méditation". Mais je pense que la plupart d'entre nous
comprennent le mot "science" comme étant quelque chose
de rationnel et s'appliquant plutôt de manière générale
à des phénomènes extérieurs -- la science
de la physique, de la chimie etc. En utilisant le mot "art",
je veux mettre l'accent sur l'aspect créatif de la méditation,
et sur son aspect subjectif. C'est à nous qu'il incombe de faire
quelque chose pour réaliser cet aspect, ce potentiel inhérent
à chacun de nous. Beaucoup de personnes tendent à penser
que la méditation est juste une technique, un certain exercice
mental à faire et, par la suite, à appliquer dans notre
vie quotidienne. Mais comme celle-ci est par définition très
organique, dynamique et changeante, en agissant ainsi, nous manquons complètement
la signification profonde de la méditation.
En ce qui concerne l'autre aspect du titre, "méditation",
il faut tout d'abord dire qu'il en existe bien des définitions!
En fait, ce mot "méditation" est en lui-même déjà
une très mauvaise traduction du terme original bouddhiste. Alors
comme premier exercice de l'art de la méditation, nous allons oublier
toutes les définitions du mot "méditation" que
nous avons entendues! En soi, cet exercice est l'un des premiers outils
de l'art de la méditation. Pour s'en souvenir facilement, nous
l'appellerons "]'esprit du débutant". Il s'agit, par
ex., d'abandonner toutes nos idées préconçues et
tous nos souvenirs sur la méditation. Cet exercice est vraiment
l'un des aspects les plus importants de l'art de la méditation.
En abordant cette approche, j'évite d'être absolu en disant,
par ex., que vous DEVEZ faire ceci ou cela, mais plutôt que c'est
la direction vers laquelle nous tendons. En fait, la méditation
concerne la vie. Mais si je disais simplement: "La méditation,
c'est la vie", cet exposé deviendrait très court! Il
s'agit d'abord d'essayer de donner à certains une compréhension
intellectuelle du sujet. Cependant, tout ce que les mots peuvent apporter,
c'est éventuellement une espèce de vision globale de ce
que signifie la méditation en tant qu'art. Il faut relever d'autre
part que, lorsque nous méditons, nous n'essayons pas d'atteindre
un but préconçu ou de réaliser des attentes particulières.
Nous nous efforçons de réveiller l'esprit pour être
conscient des choses telles qu'elles sont. Ceci n'est possible qu'avec
une attitude de débutant, répétée à
chaque fois, parce que celui qui est un expert a déjà la
tête pleine d'idées auxquelles il va s'accrocher. Quoi de
plus naturel! "Moi, j'ai appris ceci; je sais cela etc. !!!"
Par contre, le débutant voit les choses d'une manière fraîche
et nouvelle, comme un jeune enfant émerveillé, découvrant
le monde pour la première fois. C'est cette attitude que nous nommons
"l'esprit du débutant" et c'est ainsi que la vie est
réellement.
Dans
la vie quotidienne, nous traversons un grand nombre d'expériences
fort diverses; mais nous nous séparons d'elles lorsque nous commençons
à les interpréter. La vie, c'est ce que nous expérimentons
initialement -- et quand l'esprit se met à l'interpréter,
il s'éloigne en fait de ce qu'est la méditation.
Un
aspect également très important de l'esprit du débutant
consiste à essayer de s'ouvrir, de découvrir et de voir
les choses. Il s'agit de s'éveiller à nos idées préconçues,
là où l'esprit est fermé, prétendant: "Oui,
oui, je sais tout cela"! En réalité, chaque expérience
est parfaitement nouvelle! Même quand nous revenons à la
même place, il s'agit d'une expérience nouvelle, car les
choses, en fait, ont changé; de même que l'endroit et l'ambiance.
La méditation, donc, s'efforce de réveiller notre faculté
d'être conscient de l'expérience directe. C'est pour cette
raison que l'esprit du débutant est très important, en ce
sens que nous SOMMES des débutants. Nous PENSONS seulement être
des experts.
Un
autre aspect, très directement lié à cet " esprit
du débutant", est l'attitude qui consiste à essayer
d'amener notre attention au moment présent. Vous avez certainement
tous entendu l'expression "ici et maintenant'~ Si nous la considérons
comme un idéal intellectuel, cela peut paraître magnifique.
Mais lorsque nous la prenons comme thème de méditation,
nous réalisons la difficulté d'en faire l'expérience.
Par exemple, en ce moment-ci, combien d'entre nous sont-ils vraiment présents
"ici et maintenant"? Notre corps l'est, mais le sommes-nous
également avec notre esprit? Peut-être que certains d'entre
vous sont en train de penser: "Oh, je dois bientôt partir,
j'habite loin, il ne faut pas que je manque le train..." ; vous n'êtes
donc pas vraiment "ici" avec nous! Et qu'en est-il de "maintenant"?
Nous pouvons nous demander combien sont attentifs et écoutent vraiment;
nous entendons des mots, mais il se trouve bien souvent aussi une petite
voix qui dit: "Ah, ça c'est intéressant, ça
je savais déjà, ça c'est stupide...!!! "
Ainsi,
ces simples mots "ici et maintenant", si nous les examinons
avec une approche intellectuelle, ne sont finalement ni philosophiques,
ni psychologiques. Pourtant, lorsque nous essayons vraiment de les mettre
en oeuvre, cela peut devenir la pratique d'une vie entière -- être
"ici et maintenant".
Dans la pratique de la méditation -- et, cette fois-ci, je ne parle
pas de la méditation elle-même mais de sa pratique (en fait,
la méditation ne peut être pratiquée, mais seulement
réalisée) --, il n'est pas vraiment important que nous soyons
ou non en mesure de réaliser cet état de présence
"ici et maintenant"; mais c'est dans son exercice que nous découvrons
ce qu'est réellement ce grand voyage de la méditation. Comme
quand je vous ai demandé précédemment si vous étiez
présents "ici et maintenant", je n'étais pas en
train d'établir un jugement à ce propos, mais je tentais
simplement de déclencher une certaine prise de conscience. Sommes-nous
"ici"? "maintenant"? Peut-être que nous le pensons,
mais le sommes-nous vraiment?
Lorsque nous observons ce processus, nous pouvons justement voir les choses
qui nous empêchent de l'être.
C'est cela la pratique de la méditation; ce qui nous donne la compréhension,
la sagesse et la capacité de voir les choses telles qu'elles sont.
Peut-être que certains d'entre vous commenceront à remarquer
que l'art de la méditation vise à mettre l'accent sur l'expérience
TELLE QU'ELLE EST, alors que d'habitude, nous tendons à la déformer
par nos idées ou nos concepts. Nous pensons que les choses sont
comme-cà qu'elles devraient être comme-ça ou pourraient
l'être, mais rarement nous les voyons comme elles sont. Dans la
pratique de la méditation, il est donc essentiel d'accentuer notre
qualité d'attention et de conscience sur ce qui est simplement
en train de se passer dans le moment présent. Encore une fois,
ceci ne représente qu'un point important; c'est une direction vers
laquelle nous essayons de tendre, mais en aucun cas il ne s'agit d'un
dogme absolu.
Le Bouddha a réalisé, comme chacun d'entre nous peut le
faire, qu'il n'est pas des plus facile de simplement noter l'état
d'esprit ou celui du corps. Il nous donna alors des moyens et des méthodes
pour développer certaines qualités pouvant nous aider à
réaliser cette conscience attentive. Ainsi nous revenons à
ce mot "méditation", qui n'est pas une bonne traduction
en lui-même, comme je l'ai déjà dit auparavant. Le
terme original bouddhiste signifie plutôt culture ou développement.
Car ce que nous faisons avant tout est d'essayer de reconnaître,
d'apprécier et, ensuite, de développer certaines qualités
de l'esprit que chaque être humain possède en lui -- ces
qualités sont de la plus grande importance dans la pratique spirituelle.
La plus connue, par ex., et qui est souvent prise à tort comme
le vrai but de la méditation, est celle que nous appelons "le
calme de l'esprit". Il est probable que beaucoup d'entre vous ont
entendu parler de la méditation en tant que tentative de réduire
le stress et l'agitation quotidienne. C'est une des facettes de la méditation
bouddhiste, mais très souvent, cet aspect particulier a été
sorti de son contexte et redéfini par la suite comme LA manière
de méditer (et nous sommes toujours en train de corriger ces mauvaises
habitudes!). Les gens entendent parler de la méditation et s'imaginent
parfois qu'il s'agit de quelque chose qui est proche du sommeil.
Cet aspect de "calme de l'esprit" fait certainement partie de
la méditation bouddhiste, mais c'est seulement l'un de ses aspects
et il doit être placé dans un contexte approprié.
Par ex., lorsque nous essayons de reconnaître la condition et la
nature de ce corps et de cet esprit, il est utile de ralentir le processus
mental. Si nous essayons d'observer la nature de l'esprit et si tout ce
que nous voyons n'est qu'un enchevêtrement inextricable de pensées,
d'idées, de souvenirs, d'humeurs et de sentiments, nous ne savons
plus quoi observer! Par contre, si le processus mental est ralenti, ne
serait-ce qu'un peu, nous pouvons commencer à observer les composants
de ce continuum de séquences mentales. C'est donc cet aspect de
la méditation que nous associons à la réduction du
stress, car nous pouvons considérablement réduire le nombre
des complications et des phénomènes qui nous troublent d'ordinaire.
Moins de complications et par là, donc, moins de confusion!
Dans la méditation bouddhiste, cependant, cet apaisement des séquences
mentales, ce calme de l'esprit ne sont
vraiment que des effets secondaires, le but principal étant ce
que nous appelons en anglais "collectedness", c'est-à-dire
en quelque sorte le "rassemblement", le "resserrement"
de notre attention si dispersée d'ordinaire. Pour ce faire, nous
choisissons un des nombreux objets du continuum mental et nous essayons
d'y porter toute notre attention. De nos jours, ceci est facilement compris
par la psychologie occidentale. Si vous répétez des mots
simples, un mantra par ex., et si vous les répétez encore
et encore, ramenant sans cesse l'esprit à ce simple objet, alors
il commence à devenir tranquille et calme. Mais cet aspect de quiétude
et de calme, cette tranquillité spirituelle, n'est pas, je le rappelle,
le but principal. L'objectif premier étant ce rassemblement de
l'esprit autour de l'objet d'attention. Lorsque l'objectif est atteint,
l'esprit est calme. Habituellement, notre attention se divise en une quantité
de phénomènes psycho-physiques -- nous pouvons voir, écouter,
sentir, toucher, goûter et penser, tout ceci le temps d'un claquement
de doigts! Mais être capable de rassembler son esprit, de le tenir
" là" , démontre une grande adresse. Cette capacité
confère force et puissance à la conscience; elle l'aiguise
et l'entraîne à se fixer sur un seul point, comme l'un des
ces points qui brillent dans la salle de méditation.
Lorsque cette qualité de rassemblement est présente dans
l'esprit, alors le calme y règne également, mais ceci n'est
qu'une des faces de la culture de la méditation bouddhiste. Un
très grand nombre de gens ont connu cet état de rassemblement
et j'estime personnellement que les expériences d'unité
et d'union sont en fait assez fréquentes, lorsqu'elles sont comprises
dans leur contexte. Pourtant, et peut-être justement parce que ces
expériences sont profondes et extrêmement puissantes, beaucoup
les considèrent à tort comme des "réalisations
religieuses" et, une fois vécues, ils se croient au bout du
chemin! Et même si l'on n'a pas développé cette qualité
de rassemblement de l'esprit, elle se produira d'elle-même de temps
en temps,selon la loi des probabilités. Lorsque nous n'avons pas
cultivé cette faculté de resserrement, une expérience
psychique très puissante peut se produire lors d'un moment de concentration,
mais elle disparaîtra aussitôt.
Il est bien connu que ceux qui ont des expériences de ce genre
tombent ensuite dans une grande confusion, parce qu'il s'agit de phénomènes
qu'ils n'ont pas développés et sur lesquels ils n'ont aucun
contrôle. L'expérience a lieu, puis elle disparaît
et ils s'étonnent: "Que s'est-il passé?" Ceci
peut même avoir un effet désastreux, car d'aucuns chercheront
à recréer l'expérience, ajoutant de l'agitation à
leur confusion.
Sur le plan de la pratique de la méditation bouddhiste, c'est un
point important, une réalisation importante, mais dans le contexte
approprié. Il ne s'agit au fond que d'un début. Quoiqu'il
en soit, je pense que cela peut amener beaucoup de personnes à
réaliser qu'il existe, en dehors de la confusion, d'autres états
d'esprit possibles.
Le deuxième aspect de la méditation bouddhiste est ce que
nous appelons "le développement de la conscience" ou
"développement de la clarté d'esprit". Parfois
on utilise le mot de conscience, dans le sens de conscience attentive
(en anglais: mindfulness ou awareness).
Par ex., en essayant d'être vraiment présent "ici et
maintenant", nous pouvons observer les phénomènes qui
nous en empêchent. Nous remarquons que nous pouvons devenir conscients
de notre" esprit baladeur" et de l'agitation du corps (qui demande
à bouger). Voilà ce que nous révèle la conscience.
Ce que le Bouddha a recommandé à chacun n'est pas de prendre
conscience de lumières spectaculaires ni de musique céleste.
mais simplement du corps, des sensations et des différents états
d'esprit. Il a souligné l'importance d'une conscience attentive
à ces aspects particuliers, car ce sont eux qui constituent l'être
humain. Ils représentent la nature même de notre vie. Il
s'agit donc là de l'aspect de la méditation qui nous mène
vers la sagesse et la compréhension.
En associant ces deux qualités de rassemblement d'esprit et de
conscience qui, bien que mentionnées séparément,
n'en font qu'une (bien qu'il s'agisse de distinguer les étapes),
nous obtenons une conscience rassemblée sur les différents
aspects de notre vie. Cette conscience devient ce que nous appellerons
"l'investigation" (la conscience investigatrice). Nous commençons
à examiner la nature même de notre propre vie. Ainsi, de
la même manière que, pour un peintre, peintures et tableaux
représentent la forme, pour la méditation, la forme, ...c'est
la vie elle-même! La vie est la forme!
Il est très probable que, si cet exposé avait eu lieu il
y a dix ans, seuls deux ou trois auditeurs se seraient déplacés.
Mais l'intérêt aujourd'hui s'est beaucoup développé
et révèle donc une certaine motivation et, à mon
sens, une certaine expérience également. Pourtant, même
à ce stade d'expériences et de connaissances de la méditation,
nous sommes encore très souvent menés par nos concepts et
nos idées à son propos. Je pourrais donc dire que la plus
grande partie de mon enseignement vise à aider les gens à
se débarrasser de leurs idées préconçues,
à "désapprendre" leurs concepts sur la méditation.
Je ne porte là aucun jugement, il s'agit d'un fait! A commencer
par moi! Je le fais encore. Je considère toutefois comme étant
des plus utiles de souligner avec une grande force l'intérêt
d'une approche expérimentale de la méditation. Evitez d'avoir
de grandes idées ou des attentes particulières, mais simplement
amenez cette qualité de conscience attentive dans chaque situation
de la vie quotidienne, telles que vous les trouvez!
Cela paraît très simple, mais ça ne l'est pas. Un
jour, je me suis pris d'intérêt pour la musique. A la deuxième
leçon, le professeur frappa une touche du piano et me demanda la
note. Je répondis: "Pardon!?" J'avais pensé que
tout serait parfaitement simple; j'avais lu des livres sur la musique
et toutes ces petites notes noires sur ces lignes marrantes mais, une
fois interrogé à la leçon, j'étais incapable
de faire le lien entre le son et la note. C'est pour cette raison que
j'ai changé de cours. J'ai alors opté pour la psychologie
et j'ai étudié comment les rats perçoivent les sons!
Mais au fond, c'est très simple. C'est vrai! Ce que j'aimerais
dire surtout, c'est que ces instructions pour la méditation sont
vraiment extrêmement simples. A tel point... que nous pouvons à
peine le croire. Nous les compliquons tellement! Je me rappelle que, pendant
mes cinq ou six premières années de méditation, mon
esprit ne cessait de me répéter: "Alors, c'est tout?!?
Allez, il doit bien y avoir quelque chose d'autre!" Mais c'est là
que la vie et la méditation deviennent indissociables; et nous
sommes tous en vie... Nous nous interrogeons sur le sens de la vie; nous
n'en savons en fait pas grand-chose. Par contre, si nous commençons
à observer la nature de notre vie, nous découvrons que,
pour la plupart d'entre nous, elle peut être définie comme
étant la somme de beaucoup de complications à propos de
rien. Il y a la vue, les sons, les odeurs; il y a le goût, le toucher;
il y a la pensée -- et une quantité sidérante de
complications à leur sujet!
Ce que je cherche à expliquer, c'est que cet art de la méditation
est au fond l'art de vivre. Mais bien sûr, c'est l'évidence
même de cette déclaration qui nous empêche de prendre
toute la mesure de sa pertinence. Nous sommes aveuglés en son centre.
La méditation est donc un moyen certain de créer un peu
d'espace et de distance pour observer ce qu'est la vie. Par exemple, nous
sommes souvent pris dans nos pensées; nous commençons à
penser à propos de certaines choses, alors que si nous pouvions
juste observer --, c'est un point essentiel de la méditation que
de simplement observer -- nous observons la pensée comme étant
pensée. Plutôt que d'ETRE la pensée, ou d'être
en train de penser, nous OBSERVONS la pensée simplement en tant
que pensée. Un jeu d'enfants!
Parfois, juste en observant le processus de la pensée, ce dernier
s'arrête automatiquement. Nous réalisons à quel point
nous sommes étourdis. Par ex., en prenant le principe
"ici et maintenant", nous pouvons voir combien de temps nous
passons à spéculer sur le futur; ou bien il y a tous ces
souvenirs du passé, d'hier, d'avant-hier... Nous comprenons bien
que ceci n'est pas "maintenant". Penser à demain, se
souvenir d'hier, pourquoi le faisons-nous? Cela ne signifie nullement
que nous devrions éviter de penser à demain ou de nous souvenir
d'hier, mais la méditation nous permet de voir quand l'esprit s'envole
vers le passé ou vers le futur. Cette observation s'effectue dans
le moment présent. De plus, lorsque nous pensons à demain
et parce que nos pensées ont un pouvoir certain sur les événements,
nous le faisons en termes de "faire ceci", "faire cela".
Puis, le lendemain, tout est différent et nous sommes étonnés
ou déçus. Nous pouvons bien reconnaître qu'il y a
des choses
à faire demain, nous pouvons préparer un plan général
pour l'avenir, mais il faut aussi garder à l'esprit que RIEN n'est
défini ni permanent. Il faut simplement le reconnaître. Nous
pouvons envisager certaines possibilités, mais aucune n'est absolue.
Ainsi il n'y aura pas de surprise quand les plans changent. Peut-être
que quelques - uns penseront: "Oh, je ne dois pas penser à
demain". Puis, un jour, vient le préposé aux impôts
et il vous arrête parce que vous n'avez pas payé vos taxes!
Ce n'est pas aussi simple. Comme dans toute autre forme artistique, les
instructions paraissent toujours très simples. Mais quand vient
le moment de les mettre en pratique, d'appliquer ces mots simples ou ces
quelques phrases-clés à une situation de la vie quotidienne
qui, elle, est réelle, organique et dynamique, il devient alors
nécessaire d'être parfaitement conscient dans le moment présent
pour en voir les effets.
Notre maître de méditation était très critique
sur les différentes techniques de méditation. Ces techniques
sont efficaces quand il s'agit par ex. de rendre l'esprit tranquille,
conscient ou concentré. Le problème est qu'ensuite, la technique
devient une habitude. Finalement, nous ne cessons de nous référer
à cette habitude et cela revient à imposer une certaine
rigidité structurelle à la vie. "La vie devrait se
conformer à mes habitudes"; alors notre perception et nos
relations avec la vie se font à travers ces habitudes! Il existe
cependant une très humble leçon que nous pouvons apprendre
de la méditation: "La vie ne répond jamais à
nos attentes." Par conséquent, soit nous modelons les expériences
de la vie selon nos habitudes, ce qui exige beaucoup d'adresse, soit nous
pulvérisons nos habitudes.
Nous découvrons alors qu'il existe de nombreuses manières
différentes de manipuler notre environnement, pour l'intégrer
à nos propres habitudes, à notre propre façon de
voir les choses. Et nous sommes perpétuellement déçus,
continuellement frustrés. Certains parviennent très bien
à cacher leurs émotions mais, petit à petit, la déprime
s'installe. Par contre, en apprenant l'art de la méditation, comme
pour n'importe quelle autre forme artistique, nous pouvons profiter de
guides et d'instructions. Identiques à de petits enfants qui apprennent
à marcher, nous devons apprendre par nous-mêmes. Nous devons
appliquer ces instructions dans notre propre vie, au milieu de nos propres
expériences. Et ça, c'est la véritable pratique!
Nous utilisons les enseignements de base pour découvrir par nous-mêmes
comment marcher. Dans le langage propre à la méditation,
nous disons: apprendre à être conscient, éveillé
et vivant, comme nous avons tous le droit de l'être. Le Bouddha
nous encourage tous à aspirer à cette perfection humaine.
Tout au début, j'ai mentionné l'aspect créateur de
la méditation et c'est ici qu'il intervient, car nous pouvons devenir
en quelque sorte les créateurs de notre propre vie. Nous en sommes
l'artisan, nous en faisons le moule. Cela ne signifie pas simplement que
"je peux faire ce que je veux", mais il s'agit de comprendre
dans notre vie les choses avec lesquelles nous sommes en relation et auxquelles
nous devons prêter attention. Exactement comme la nature même
de ce corps; nous devons d'abord savoir comment il fonctionne et, alors
seulement, nous saurons l'employer avec talent. L'ultime créativité
est de savoir qui vous êtes. Vous pouvez vraiment savoir ce qu'est
votre vie. Vous la voyez alors comme un organisme créateur, qui
croît et se développe; quelque chose qui est réellement
l'expression de la vérité.
Dans beaucoup d'autres formes artistiques, comme par exemple la poésie,
la peinture ou la musique, nous recevons parfois des impressions de cette
dimension. Elles réveillent en nous certains aspects cachés.
Mais il n'existe que la pratique "religieuse" qui parvienne
à réveiller tout le potentiel de créativité
d'un être humain, d'une vie humaine. Nous avons la chance d'avoir
de plus en plus d"'étudiants" en méditation et
que ceux-ci aient plus de compréhension et d'expériences
de ce qu'est véritablement la créativité.
L'histoire de la créativité de l'art de la musique, pour
n'en mentionner qu'une parmi d'autres, est bien longue. Par contre, celle
de la méditation est encore en pleine exploration. Les gens commencent
seulement à comprendre de quoi il s'agit. La méditation
est la forme artistique des siècles à venir. André
Malraux déclarait: "Le vingt-et-unième siècle
sera religieux ou ne sera pas!" Nous avons passé une longue
période de l'histoire humaine à développer les formes
extérieures de l'art; mais durant les prochaines décades,
les prochains siècles, ce sont les formes artistiques intérieures
qui s'épanouiront. Ce qui d'ailleurs constitue le seul espoir de
cette planète.
Finalement, la créativité extérieure et intérieure
s'uniront pour être la parfaite et éloquente représentation
d'une réalité éternelle et indivisible.
J'espère ainsi que vous aurez pu apprécier à quel
point l'art de la méditation, quoique simple, est aussi extrêmement
profond. Nous utilisons ces exercices simples et c'est à l'intérieur
de ces simples choses que sont le corps et l'esprit, que nous pouvons
réaliser la vérité ultime. J'espère
avoir été capable de vous donner quelques idées et
même un peu d'inspiration!
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