|
Textes
Choisis |
|
Prendre refuge - par Ayya Khema |
||||||
|
Prendre
refuge dans l’Eveillé (le Bouddha), l’enseignement (le Dhamma)
et la communauté des disciples éveillés (le Sangha)
contient une signification profonde. C’est ce que nous explique Ayya Khema
dans ce texte admirable de sincérité.
|
||||||
|
Prendre
refuge dans lEveillé (le Bouddha), lenseignement (le
Dhamma) et la communauté des disciples éveillés (la
Sangha) contient une signification profonde. Un refuge est un abri, un
endroit sûr. Il yen a très peu dans ce monde. Dans le monde
profane il est en fait impossible de trouver où que ce soit, un
abri tout à fait certain. Les habitats protecteurs brûlent,
sont détruits, disparaissent. Le "Bouddha-Dhamma-Sangha"
ne constitue pas un abri physique mais un abri spirituel, cest pourquoi
il peut et doit nous donner la sensation davoir enfin trouvé
un havre, un havre où la tempête sest calmée.
Dans locéan, la tempête, les vents et les vagues rendent
la navigation très difficile. Mais lorsqu enfin le navire
arrive au port, leau est calme. Dans labri du port toutes
les vagues et les tempêtes sont apaisées. Le navigateur peut
jeter lancre. Voilà ce que signifie prendre refuge dans le
Bouddha-Dhamma-Sangha. Celui qui nen comprendrait pas cette signification
prendrait refuge en vain. Cette
instabilité dans notre pratique sera toujours au cur une
source dinsatisfaction et aussi une source de doute et de scepticisme
: « Ce que je fais est-il juste ? » ou « Quest--ce
que je fais ici ? Comment y suis-je arrivé ? Que veut dire tout
cela pour moi ? Pourquoi ne retournerais-je pas chez moi faire comme
tout le monde ?». Le doute et le scepticisme apparaissent parce
que nous sommes chancelants. Aller de lavant sur une seule jambe
est une activité très instable. Il y faut une base solide.
Pour avancer, il faut engager pleinement son coeur et son esprit dans
chaque action. Cet engagement sans réserve nest possible
que si le coeur souvre.
Trouver
un refuge, un endroit sûr dans ce monde humain semé dennuis,
de difficultés, de craintes constantes pour nous--mêmes et
pour les êtres chers, produit en tant quhumain une modalité
de vie anxieuse. Trouver un endroit sûr dans langoisse intense
de lexistence, est extrêmement rare, une chose qui arrive
si rarement, qui est si précieuse que la plupart des gens nen
reconnaissent même pas la valeur.
Etre à même de prendre refuge est non seulement une chose
rare, cela dénote également un excellent kamma. Il faut
une bonne destinée pour en rencontrer la possibilité.
Toutefois cet acte ne portera des fruits que si nous prenons refuge
par le cur, et pas uniquement par la parole.
(Karaniya-Metta Sut ta) : « Que je sois libéré de
linimitié » (aham avero homi). De savoir
par coeur ce que le Bouddha a dit à propos du corps, de la sensation,
de la perception, des formations mentales et de la conscience : Les
mémoriser constitue la première tâche. Cela ne signifie
pas nécessairement que nous les expérimentions mais simplement
que nous les connaissions. La sagesse a trois niveaux. Le premier est
la connaissance. Pour que cette connaissance sacquière personnellement
il faut lintégrer dans son cur et essayer de lactualiser
à lintérieur de soi. Cest ainsi quelle
devient nôtre. Il ne sagit plus des mots du Bouddha, ni de
ceux du cahier de chant, mais plutôt les nôtres propres. Cest
à partir de là que la sagesse sera produite. Chaque artiste essaye de représenter le Bouddha comme parfait, et tout ce que vous contemplez est lidée de cet artiste loin, peut-être, de celle que vous vous faites de la perfection. Ceci
dit, créez maintenant, en esprit, votre propre image du Bouddha
conforme à votre idée de la perfection. Faites-la aussi
belle que possible, avec des rayons dorés en émanant. Beauté
! Créez la chose la plus merveilleuse que vous puissiez visualiser
ou imaginer et portez-la toujours au cur. Il est bien préférable
de porter en soi une représentation du Bouddha que nimporte
quoi dautre parce quelle nous aidera énormément
à aimer les autres surtout si nous pensons que, eux aussi au sein
deux-mêmes, peuvent abriter la même image magnifique.
Ils ne parlent peut-être pas la même langue que nous, ou ne
disent pas les choses que nous aimerions entendre mais ils portent le
même symbole dans leur cur. Un amoureux dont la relation est une réussite arbore toujours un sourire satisfait. Rien de plus simple. Ici, dans le contexte (religieux) la relation ne peut savérer décevante. Il sagit dune qualité de relation en laquelle lamant ne senfuit pas ni nest infidèle. Dans notre contexte, impossible dêtre déçu. Nous ne connaissons pas encore lampleur dun tel amour, cest à dire que nous ne sommes pas encore à même de sonder la profondeur du Bouddha-Dhamma-Sangha. Celle-ci ne se dévoilera totalement que lorsque nous parviendrons à la complète illumination. Il ny a donc aucun risque que nous tombions dans lerreur dune déception comme lorsque, par exemple, untel ou untel ne se comporte pas de la manière dont nous lattendons. Voilà une relation de type transcendant, dun autre monde. Elle ne dépend pas dun être humain qui va sans aucun doute mourir, qui est sans aucun doute imparfait. Nous sommes là en présence dune perfection très difficile à trouver dans le royaume humain, ou dans tout autre. Quel privilège de croiser cette chance ! Certains
dentre nous nont pas de relation innée avec le Bouddha-Dhamma-Sangha.
Ce nest pas forcément un grand désavantage, car ce
qui est inné depuis la petite enfance est souvent considéré
comme déjà gagné. Si cette relation est considérée
comme acquise, elle naura pas limpact nécessaire. Dun
autre côté, nous avons la possibilité dapprofondir
cette relation telle quelle est vraiment, bien sûr nous devons
en faire leffort. Lorsque je dis " faire leffort",
cette volonté ne consiste pas à essayer daimer, mais
à essayer de voir, douvrir toute notre perception à
ce qui nous arrive ici même dans notre vie. Dans les moments où
nous sommes capables de nous ouvrir totalement à cette relation
et de voir clairement les choses, cette qualité damour dans
le lien se manifestera. Nous navons pas besoin de faire deffort
pour être dévoués, reconnaissants, ou respectueux.
Lorsque nous comprendrons clairement ce que le Triple Joyau nous offre
ces sentiments découleront automatiquement. Il faudrait être insensé pour ne pas laimer et nous ne le sommes certainement pas puisque nous sommes là. Soyons
très reconnaissants dêtre ici par la grâce dun
bon kamma. Nul besoin de nous en féliciter par quelques bourrades
de satisfaction ne sachant même pas si cet effet est le fruit de
cette existence ou, peut-être, le résultat dactes courant
sur de nombreuses vies. De toutes façons la personne qui a créé
le kamma et celle qui en récolte les résultats ne sont certainement
pas les mêmes. Quoique nétant pas différentes
non plus ! La réponse réside au milieu, a dit le Bouddha.
Aussi, louons ce kamma, ses résultats impersonnels, et exaltons
notre coeur pour prendre refuge. Nous pouvons enfin, dans une situation
sécurisante, jeter lancre et travailler à notre développement
intérieur. les
autres ne lapprochent pas, mais il se trouve hors de danger parce
que ses propres réactions sont adéquates. Cest la
seule véritable sécurité.
Pierre Wittmann et Michel Zaregradsky en ont assuré la traduction.
|
![]() |
Ayya
Khema
Ayya Khema est née à BERLIN en 1923 de parents juifs. Elle est décédée en 1997. Elle prit lordination dune nonne du Theravada en 1979 et partagea sa vie entre la méditation et lenseignement du Dharma. |