Association Terre d' Eveil Retour à la page d'accueil Méditation Vipassana à Paris

Textes Choisis

Ce que la méditation n'est pas - par Bhante Henepola Gunaratana

Extrait de l'ouvrage "Méditer au quotidien", Robert Lafond 1995 et Marabout 2003

Introduction
Méditation est un mot. Vous l'avez déjà entendu, sinon vous n'auriez pas été attiré par ce livre. Le mécanisme de la pensée opère par association, et toutes sortes d'idées sont associées au mot «méditation». Certaines d'entre elles sont probablement justes et d'autres fausses. Certaines appartiennent à d'autres systèmes de méditation et n'ont rien à voir avec Vipassana. Avant de continuer, il est souhaitable d'éliminer le plus possible les conceptions erronées pour purifier nos neurones et permettre à une information nouvelle de pénétrer sans obstruction. Commençons par le plus évident.

Nous n'allons pas vous apprendre à contempler votre nombril ni à chanter des syllabes secrètes. Vous ne serez pas en train de conquérir des démons ni de passer le harnais à des énergies invisibles. Aucune ceinture de couleur ne vous sera remise pour attester de vos performances et vous n'aurez pas besoin de vous raser le crâne ni de porter un turban. Vous n'aurez même pas à faire don de vos possessions ni à venir vivre dans un monastère. En fait, à moins que votre vie ne soit immorale et chaotique, vous pourrez probablement commencer tout de suite et faire quelques progrès. C'est encourageant, n'est-ce-pas ?
Il existe de très, très nombreux livres sur la méditation. La plupart d'entre eux sont écrits d'un point de vue clairement situé au sein d'une tradition religieuse ou philosophique particulière, et nombre d'auteurs n'ont pas pris la peine de le mettre en évidence. Ils ont des affirmations qui sonnent comme des lois générales mais qui, en fait, sont des procédures hautement spécifiques à un système particulier. Le résultat est un beau fouillis. Pire encore est la panoplie des théories complexes et des interprétations, toutes en désaccord les unes avec les autres. Le résultat est un méli-mélo d'opinions conflictuelles accompagnées d'une masse de données étrangères au sujet. Le présent ouvrage est spécifique. Nous nous occupons exclusivement du système de méditation Vipassana. Nous allons vous apprendre à observer le fonctionnement de votre propre esprit d'une manière calme et détachée, de façon à développer un regard pénétrant sur votre propre comportement. Le but est la présence d'esprit, une présence d'esprit si intense, si concentrée et si finement accordée que vous serez capable de percer les mécanismes intérieurs de la réalité même.

Il existe également des conceptions fausses. Nous les voyons sans cesse réapparaître avec les nouveaux étudiants, qui posent constamment les mêmes questions. Aussi est-il préférable de nous en occuper d'abord, car elles peuvent bloquer votre progression dès le départ. Nous allons les examiner une à une.

Méprise n° 1 : la méditation est simplement une technique de relaxation.

L'erreur ici est le mot «simplement». La relaxation est un élément clef de la méditation, mais la méditation Vipassana a un but beaucoup plus élevé. Toutefois, pour beaucoup d'autres systèmes, l'affirmation est vraie. Toutes les procédures de méditation insistent sur la concentration de l'esprit, pour l'amener à se poser sur un objet ou un sujet de pensée délimité. Faites-le intensément, d'une manière suffisamment complète et vous parvenez à une relaxation profonde et bienheureuse appelée ]hana. C'est un état d'une telle suprême tranquillité qu'il équivaut à l'extase. C'est une forme de plaisir audessus et au-delà de tout ce qui peut être ressenti dans l'état de conscience ordinaire. La plupart des systèmes s'arrêtent là. C'est le but. Lorsque vous l'avez atteint, vous répétez simplement l'expérience pendant le reste de votre vie. Il n'en va pas de même pour Vipassana. Elle cherche un autre but: la conscience sans ego. Concentration et relaxation sont considérées comme des éléments concomitants, nécessaires à sa présence. Ce sont des précurseurs nécessaires, des outils pratiques, et des sousproduits avantageux. Mais ils ne constituent pas l'objectif. Le but est la vision intérieure. Vipassana est une pratique religieuse profonde visant à rien de moins que la purification et la transformation de votre vie quotidienne. Nous traiterons plus avant des différences entre la concentration et la vision intérieure au chapitre «Attention et concentration », p. 223.

Méprise n° 2: méditation veut dire entrer en transe.

Ici encore, l'affirmation pourrait être appliquée avec exactitude à certains systèmes de méditation, mais pas à Vipassana. La méditation de la vision intérieure n'est pas une forme d'hypnose. Vous n'êtes pas en train d'obscurcir votre esprit pour devenir inconscient. Vous n'êtes pas en train de vous transformer en un légume sans émotions. A tout dire, c'est l'inverse qui est vrai. Vous serez de plus en plus accordé à vos propres changements émotionnels. Vous apprendrez à vous connaître avec une clarté et une précision toujours plus grandes. Avec cette technique, certains états peuvent paraître une transe aux yeux d'un observateur. Mais ils en sont vraiment tout l'opposé. Dans la transe hypnotique, le sujet est susceptible d'être contrôlé par quelqu'un d'autre, alors que dans la concentration profonde le méditant reste tout à fait sous son propre contrôle. La similitude est superficielle, et en tout cas l'apparition de ces phénomènes n'est pas le but de Vipassana. Comme nous l'avons dit, la concentration profonde du Jhana est un outil ou une marche sur la route d'une conscience supérieure. Par définition, Vipassana est la culture de l'Attention. Si vous vous rendez compte en méditation que vous êtes en train de devenir inconscient, alors vous n'êtes pas en train de méditer selon la définition de ce mot tel qu'il est utilisé dans le système Vipassana. C'est aussi simple que cela.

Méprise n° 3 : la méditation est une pratique mystérieuse que l'on ne peut pas comprendre.

Là encore, c'est presque vrai, mais pas tout à fait. La méditation concerne des niveaux de conscience plus profonds que la pensée symbolique. Par suite, une partie des données la concernant ne peut simplement pas être expliquée par des mots. Mais cela ne veut pas dire qu'elle ne puisse être comprise. Il y a des manières de comprendre plus profondes que les mots. Vous comprenez comment vous marchez. Probablement, vous ne pouvez pas décrire l'ordre exact dans lequel se contractent vos fibres nerveuses et vos muscles pendant le processus. Mais vous pouvez marcher. La méditation doit être comprise de la même façon, en la pratiquant. Vous ne pouvez pas l'apprendre en termes abstraits. Ce n'est pas quelque chose dont on parle. Il faut la vivre. La méditation n'est pas une sorte de formule stéréotypée donnant des résultats automatiques et prévisibles. Vous ne pouvez jamais prédire exactement <;:e qui apparaîtra à chaque séance particulière. A chaque fois, c'est une investigation, une expérience et une aventure. C'est tellement vrai que, lorsque vous atteignez un niveau de prévision et de ressemblance dans votre pratique, vous utilisez ce fait comme un indicateur. Il signifie que vous êtes sorti de la bonne route et que vous stagnez. Apprendre à voir chaque seconde dans l'univers comme si c'était la première et la dernière est le plus important dans la méditation Vipassana.

Méprise n° 4 : le but de la méditation est de développer des pouvoirs psychiques surhumains.

Non. Le but de la méditation est de développer la conscience. Apprendre à lire les pensées n'est pas le but. Léviter n'est pas le but. Le but est la libération. Il y a une relation entre les phénomènes psychiques et la méditation, mais c'est assez complexe. Pendant les premiers stades de la carrière d'un méditant, de tels phénomènes peuvent se produire. Certaines personnes peuvent avoir des intuitions ou se souvenir de vies passées, d'autres non. De toute manière, il ne s'agit pas d'aptitudes psychiques fiables et correctement développées. Il ne convient pas de leur donner une importance indue. En fait, de tels phénomènes sont assez dangereux pour les nouveaux méditants, car ils sont trop séduisants. Ils peuvent constituer un piège pour l'ego qui vous fera sortir du chemin en vous leurrant. Le meilleur parti à prendre est de ne leur donner aucune importance. S'ils apparaissent, c'est bien. S'ils n'apparaissent pas, c'est bien également. Et il est peu probable qu'ils apparaissent. À un certain point, il est possible de pratiquer des exercices spéciaux pour développer des pouvoirs psychiques. Mais ce moment se produit loin vers l'autre extrémité du chemin. Après avoir atteint un très profond stade de Jhana, le méditant est suffisamment avancé pour travailler avec de tels pouvoirs sans danger d'en perdre le contrôle ou qu'ils dominent sa vie. Il les développera alors strictement dans le but de servir les autres. Ce stade n'arrive qu'après des décades
de pratique. Ne vous en préoccupez pas. Concentrez-vous seulement sur le développement de plus en plus de conscience. Si des voix et des visions surgissent, remarquez-les simplement et laissez-les partir. Ne vous en mêlez pas.

Méprise n° 5 : la méditation est dangereuse et une personne prudente doit l'éviter.

Tout est dangereux. Traversez la rue et vous pouvez être renversé par un autobus. Prenez une douche et vous pouvez vous casser le cou. Méditez et vous allez sûrement faire remonter des choses désagréables de votre passé. Les éléments refoulés, enfouis depuis plus ou moins longtemps, peuvent être effrayants. C'est aussi très profitable. Aucune activité n'est réellement sans risque, mais cela ne signifie pas que nous devions nous envelopper dans un cocon protecteur. Ce ne serait pas vivre. Ce serait une mort prématurée. La manière de s'y prendre avec le danger est de connaître approximativement son importance, où il est vraisemblable de le rencontrer, et comment le traiter lorsqu'il se présente. C'est le but de ce manuel. Vipassana est fait pour développer la conscience. Ce n'est pas dangereux en soi, mais tout le contraire. Une plus grande présence d'esprit est une protection contre le danger. Exécutée correctement, la méditation est processus très doux et progressif. Prenez les choses tranquillement et le développement de votre pratique s'effectuera très naturellement. Rien ne doit
être forcé. Plus tard, lorsque vous serez sous la proche observation et la sagesse protectrice d'un enseignant compétent, vous pourrez accélérer votre rythme de croissance en effectuant une période de méditation intensive. Au début, néanmoins, allez doucement. Travaillez avec mesure et tout ira bien.

Méprise n° 6: la méditation est faite pour les saints et les religieux, pas pour les gens ordinaires.

Cette attitude est très répandue en Asie, où moines et religieux font l'objet d'une grande révérence ritualisée. Dans une certaine mesure, elle est apparentée à l'attitude américaine consistant à idéaliser les stars de cinéma et les vedettes du football. Ces personnes sont stéréotypées, idéalisées, dotées de
caractéristiques que peu d'êtres humains seraient capables d'incarner. En Occident même, nous partageons en partie cette opinion envers la méditation. Nous imaginons qu'une personne qui médite est extraordinairement pieuse, incapable de faire le moindre mal. Quelques contacts avec de telles personnes auront bien vite raison de ces illusions. Elles se révèlent généralement pleines d'énergie et d'enthousiasme, vivant leur vie avec une vigueur incroyable. Il est vrai, naturellement, que la majorité des saints méditent, mais ils ne méditent pas parce qu'ils sont saints. C'est le contraire. Ils sont saints parce qu'ils méditent. C'est par la méditation qu'ils sont parvenus à cette qualité. Et ils ont commencé à méditer avant de devenir saints, sinon ils ne le seraient pas. C'est un point important. Imaginer qu'une personne doive être complètement vertueuse avant de commencer à méditer est une stratégie qui ne marche pas. La moralité requiert un certain degré de contrôle mental. C'est une condition préalable. Vous ne pouvez pas suivre quelque ensemble de préceptes moraux que ce soit, sans avoir un peu de contrôle sur vous-même. Si votre mental est perpétuellement en train de tourner à pleine vitesse, il est hautement improbable que vous puissiez vous contrôler. Aussi le développement du mental doit-il venir en premier.

Il y a trois facteurs constitutifs dans la méditation bouddhique: moralité, concentration et sagesse. Ces trois facteurs se développent ensemble, à mesure que votre pratique s'approfondit. Chacun influence l'autre, de sorte que vous les cultivez ensemble, et non un à un. Lorsque vous avez la sagesse de vraiment comprendre une situation, la compassion envers toutes les parties concernées est automatique, et compassion veut dire que vous repérez automatiquement toute pensée, parole ou action qui pourrait vous nuire ou nuire aux autres. Ainsi votre comportement est-il automatiquement moral. C'est seulement lorsque vous ne comprenez pas les choses profondément que vous créez des problèmes: si la perception des conséquences de vos propres actes vous manque, alors vous commettez des fautes. La personne qui attend d'être complètement morale pour méditer attend un « si» qui ne viendra jamais. Les anciens sages disaient qu'elle
est comme un homme qui attendrait que l'océan devienne immobile pour se baigner. Afin de préciser ce point, disons qu'il y a différents niveaux de moralité.

Le niveau le plus bas consiste à adhérer à un ensemble de règles et de réglementations instituées par quelqu'un d'a!ltre. Ce peut être le prophète que vous respectez. L'Etat, le patriarche de votre communauté, ou votre père. Qu'importe celui qui établit les règles, il vous suffit de les connaître et de les suivre. Un robot pourrait le faire. Même un chimpanzé, pourvu que les règles soient suffisamment simples et qu'il soit puni chaque fois qu'il commet une infraction. Ce niveau ne demande aucunement de méditer. Vous avez seulement besoin des règles et de quelqu'un pour manier le bâton.

Le niveau suivant consiste à obéir aux mêmes règles, même en l'absence de celui qui est chargé de vous punir. Vous obéissez parce que vous avez intégré les règles. Vous vous réprimandez vous-même chaque fois que vous commettez une infraction. À ce niveau, il faut un peu de contrôle mental. Si votre schéma de pensée est chaotique, votre comportement le sera également. La culture mentale réduit le chaos mental.

Il existe un troisième niveau de moralité, mais il serait sans doute préférable de l'appeler «éthique». Il représente un tout autre degré dans l'échelle, un véritable changement de modèle. Au niveau éthique, vous ne suivez pas des règles pures et dures dictées par l'autorité. Vous définissez votre propre comportement selon les besoins de la situation. Ce niveau requiert une intelligence réelle et
une capacité de jongler avec tous les facteurs de chaque situation pour arriver à chaque fois à une réponse unique, créative et appropriée. De plus, celui qui prend de telles décisions doit s'être extrait de son propre point de vue personnel limité. Il doit voir toute la situation d'un angle objectif, donnant un poids égal aux besoins des autres et aux siens. En d'autres termes, il doit être libéré de la convoitise, de l'aversion, de la jalousie et de tout le reste de la panoplie égoïste qui empêche de voir le point de vue des autres. Seulement alors est-il possible de choisir l'ensemble exact d'actions justes, véritablement optimal dans chaque situation. Ce niveau de moralité requiert absolument la méditation, à moins que vous ne soyez né saint. Il n'y a pas d'autre façon d'en acquérir la capacité. Le processus de tri requis est épuisant. Si vous essayiez de jongler avec tous les facteurs de chaque situation au moyen du mental conscient, vous vous épuiseriez. L'intellect ne peut pas maintenir en l'air autant de boules à la fois. Heureusement, un niveau de conscience plus profond peut effectuer le travail avec aisance. La méditation peut accomplir le tri pour vous. C'est une sensation troublante.

Disons qu'un jour vous avez un problème à résoudre: le dernier divorce de l'oncle Henri. La situation paraît absolument insoluble. Le jour d'après, vous êtes en train de laver la vaisselle, et de penser complètement à autre chose. Soudain la solution est là. Elle surgit du mental profond. Vous dites «Ah ah!» et tout est résolu. Cette sorte d'intuition ne peut se produire que quand vous débranchez les circuits logiques et donnez au mental profond une chance de concocter la solution. Le mental conscient fait obstruction. La méditation vous apprend comment vous débrancher du mécanisme de la pensée. C'est l'art mental de mettre les pieds hors de votre propre chemin, et une capacité joliment utile dans la vie quotidienne. La méditation n'est pas une pratique faite seulement pour les ascètes et les ermites. C'est une capacité pratique qui concerne les événements de chaque jour et qui a des applications immédiates dans la vie de chacun.

Malheureusement, ce fait même constitue un handicap pour certains étudiants. Ils abordent la pratique en s'attendant à une révélation cosmique instantanée, complète, avec des chœurs angéliques. Ce qu'ils obtiennent en général est une façon plus efficace de faire le ménage et de s'occuper de l' oncle Henri. Ils sont déçus sans raison. Faire le ménage vient en premier. Les chœurs angéliques demandent un peu plus de temps.

Méprise n° 7: méditer, c'est se détourner de la réalité.

Incorrect. La méditation, c'est se tourner vers la réalité. Elle ne vous isole pas des souffrances de la vie. Elle vous permet de pénétrer si profondément dans la vie et tous ses aspects que vous percez la barrière de la douleur et allez au-delà de la souffrance. Vipassana est une pratique effectuée avec l'intention spécifique de faire face à la réalité, d'expérimenter la vie complètement, juste comme elle est, et de faire face à ce que vous trouvez. Elle vous permet de déchirer les illusions et de vous libérer de tous les petits mensonges polis que vous vous racontez sans arrêt. Ce qui est là est là. Vous êtes qui vous êtes. Vous mentir sur vos propres faiblesses et vos motivations vous enchaîne encore plus étroitement à la roue de l'illusion. Vipassana n'est pas la tentative de vous oublier ou de dissimuler vos ennuis. C'est apprendre à vous regarder exactement comme vous êtes. À voir ce qui est là, à l'accepter pleinement. Seulement alors pourrezvous le changer.

Méprise n° 8 : la méditation est un moyen d'être heureux.

Eh bien, oui et non. La méditation procure parfois d'agréables sensations de béatitude, mais pas toujours et ce n'est pas le but... De plus, si vous méditez avec cette intention, vous avez moins de chances d'y parvenir qu'en méditant simplement en vue du but réel de la méditation qui est un accroissement de conscience.

La béatitude provient de la relaxation et la relaxation de la détente des tensions. Rechercher la béatitude par la méditation introduit une tension dans le processus, qui le fait disjoncter. Il n'y a pas moyen d'en sortir. Vous ne pouvez atteindre la béatitude que si vous ne la cherchez pas. De plus, si l'euphorie et les sensations agréables sont ce que vous cherchez, il y a des manières plus faciles de se les procurer. Vous les trouverez dans les bars et auprès des personnages louches qui hantent les rues. L'euphorie n'est pas le but de la méditation. Elle se produira souvent, mais elle doit être considérée comme un à-côté plaisant. Plus vous méditez, plus il devient fréquent. Vous ne trouverez aucun désaccord à ce sujet auprès des pratiquants avancés.

Méprise n° 9: la méditation est égoïste.

On pourrait vraiment le croire. Voyez un méditant assis sur son petit coussin. Est-il en train de faire don de son sang? Non. Est-il en train de s'affairer pour sauver les victimes de la dernière tragédie? Non. Mais examinons ses motivations. Son intention est de purger son esprit de la colère, des préjugés et de la malveillance. Il est engagé dans le processus menant à se débarrasser de la convoitise, des tensions et de l'insensibilité, c'est-à-dire des éléments mêmes qui bloquent sa compassion envers les autres. Jusqu'à ce qu'ils soient partis, ses bonnes actions ont une forte chance de n'être d'aucune aide véritable à longue échéance. Le mal au nom du bien est l'une des plus vieilles histoires du monde. Le Grand Inquisiteur tuait avec les plus nobles motifs. Les procès des sorcières de Salem furent menés pour le bien public. Examinez la vie personnelle de méditants avancés et vous les trouverez souvent engagés dans le service humanitaire. Vous les trouverez rarement partant en croisade, prêts à sacrifier quelques individus pour l'amour d'un
pieux idéal. Le fait est que nous sommes plus égoïstes que nous le croyons. L'ego possède le moyen de transformer les plus nobles activités en horreurs si on le laisse en liberté. Par la méditation, nous devenons conscients de nous-mêmes, exactement tels que nous sommes. Nous nous éveillons aux nombreux moyens subtils que nous utilisons pour manifester notre propre égoïsme. Alors commençonsnous à être véritablement sans ego. Se purifier de l'égoïsme n'est pas une activité égoïste.

Méprise n° 10: méditer, c'est s'asseoir et avoir des pensées élevées.

Encore faux. Il existe certains systèmes de contemplation dans lesquels on fait ce genre de choses. Mais ce n'est pas Vipassana. Vipassana est la pratique de la conscience éveillée. La conscience de ce qui est - quoi que ce soit - la vérité la plus haute comme la plus basse. Ce qui est là est là. Bien sûr, de hautes pensées peuvent apparaître pendant votre pratique. Elles ne sont pas à éviter, ni à rechercher. Ce sont simplement des à-côtés plaisants. Vipassana est une pratique simple. Elle consiste à éprouver les événements de votre propre vie directement, sans préférence et sans images mentales collées dessus. Vipassana consiste à voir votre vie se dérouler d'instant en instant sans préjugés. Ce qui surgit surgit. C'est très simple.

Méprise n° 11 : une quinzaine de jours de méditation et tous mes problèmes vont disparaître.

Désolé. La méditation n'est pas un remède rapide. Vous commencerez tout de suite à voir des changements, mais les effets profonds sont à des années de distance. C'est simplement la manière dont l'univers est construit. Rien de valable n'est accompli du jour au lendemain. La méditation est dure à certains points de vue. Elle demande une longue discipline et parfois un douloureux processus de pratique. A chaque assise, vous gagnez un peu de terrain, mais les résultats sont souvent très ténus. Ils se produisent profondément dans le mental, pour se manifester seulement beaucoup plus tard. Et si vous êtes là, assis, en train de chercher constamment des changements, vous manquerez complètement les modifications subtiles. Vous serez découragé, vous abandonnerez et jurerez que rien ne se produira jamais. La patience est la clef. Patience. Si vous n'apprenez rien d'autre, vous apprendrez la patience. Et c'est la leçon la plus appréciable.


Bhante Henepola Gunaratana

Bhante Henopola Gunaratana Visitez l'album photo
est né en 1927 au Sri Lanka. A l'âge de 12 ans il reçoit l'ordination de moine bouddhiste novice. En 1947 il est envoyé par la Maha Bodhi Society comme missionnaire en Inde. Il servira les intouchables à New Delhi et Bombay. Cinq ans plus tard il est appelé en Malaisie comme conseiller religieux ; il y séjournera 10 ans.
Bhante arrive aux Etats-Unis en 1968 pour servir en tant que Secrétaire Général de la Buddhist Vihara Society de Washington, DC. C'est à cette période qu'il commence à enseigner le bouddhisme à l'université, d'abord aux Etats-Unis, puis au Canada, en Australie et en Europe.
Aujourd'hui Bhante Gunaratana est président de la Bhavana Society, abbé du monastère de Shenandoah Valley ; il enseigne la méditation et conduit des retraites dans le monde entier.
Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont le plus connu, "Méditer au quotidien", est un des meilleurs guides de méditation vipassana disponible à ce jour. Clair et précis, il a été conçu pour les débutants. Il est disponible chez Marabout. (5,90  ). Voir également "Les huit marches vers le bonheur"


Retour à la page précédente
Retour


Accueil | Les enseignantsEthique | Textes | Bibliographie | Qui sommes-nous ? | Qu'est-ce que vipassana ? | Album photo | Liens |