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Spiritualité et sexualité - par Bhante Henepola Gunaratana et Simon Alev |
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Une
interview de Bhante Henepola Gunaratana par Simon Alev parue dans le magazine
What is Enlightenment ?. Voir aussi le
site français de Andrew Cohen. Traduction Christian Ousset.
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Introduction Mais lorsque nous en avons parlé avec Bhante Henepola Gunaratana - ou "Bhanteji", comme il est appelé affectueusement par ses étudiants - il a mis nos esprits à l'aise. Ordonné moine Bouddhiste ayant fait vœu de chasteté à l'âge de 12 ans au Sri Lanka, son pays de naissance, Bhante Gunaratana est aujourd'hui, à soixante dix sept ans, un érudit et un auteur bouddhiste renommé, et le leader spirituel de la Bhavana Society, un centre de retraite monastique dans la vallée de la Shenandoah, en Virginie de l'Ouest. Suivant Bhante, notre interview avec le Bouddha n'aurait pas apporté de réelles surprises car en ce qui concerne la spiritualité et le sexe, les choses n'ont pas tellement changées depuis le temps du Bouddha. A notre époque il y a toujours, en termes relatifs, juste quelques moines, encore beaucoup de chefs de famille, et encore - comme Bhante pense qu'il y en aura toujours - de nombreuses âmes aventureuses convaincues que le sexe, et non la renonciation, va les conduire au sommet de la conscience humaine. Et le Bouddha, au cours de sa vie, a donné des enseignements, des préceptes et des avertissements pour répondre aux besoins spirituels des individus de chacune de ces trois catégories. Alors, quelles étaient les vues du Bouddha sur la spiritualité et le sexe ? Baignant dans le Dharma (enseignement spirituel) depuis sa jeunesse, Bhante Gunaratana répondit à nos questions avec une conviction qui ne laissait place à aucun doute, et un humour léger et communicatif qui a fait de cette conversation avec lui un inexprimable plaisir. Et comme l'heure qu'il nous avait réservée tirait à sa fin, il décrivit son expérience de chasteté de toute une vie - ses défis et récompenses - avec une douceur et un enthousiasme nés de la certitude que dans une vie d'absolue renonciation il n'y a absolument rien qui manque. Interview
Bhante Gunaratana: Je souhaite que nous puissions tous rencontrer le Bouddha et lui poser ces questions. WIE: Un fait connu de tous ceux qui s'intéressent au Bouddhisme est que le Bouddha était un moine qui a fondé une tradition monastique ; c'est à cette même tradition que vous avez dévolu tant de temps et d'énergie pour l'amener en Occident. Pourquoi le Bouddha a-t-il mis autant d'emphase sur la chasteté? Pourquoi pensait-il que c'était si important ? BG: Parce que ceux qui veulent atteindre la libération de dukkha, de la souffrance, doivent observer certains principes. En fait, pour ceux qui veulent vivre une vie monastique, la chasteté est obligatoire. Parce que s'ils sont engagés dans toutes sortes d'activités sexuelles, alors ils ne sont pas différents des laïcs, qui sont accaparés par toutes sortes de problèmes liés au sexe. Les aspirants à une vie monastique veulent vivre une vie très simple - ce qui est la raison pour laquelle les traditions monastiques existent - parce qu'en dernière analyse, c'est seulement lorsque nous nous débarrassons de notre avidité, de notre convoitise, de notre désir insatiable que nous pouvons nous libérer de la souffrance. Si notre intention est de surmonter la souffrance, alors nous devons nous débarrasser de la cause de la souffrance, et le désir sexuel est sans aucun doute une des causes de souffrance. Ceux qui veulent vivre la vie monastique doivent la vaincre pour vivre une vie qui n'alimente pas les racines du désir sexuel. WIE: Est ce qu'il est correct de dire que si quelqu'un ne mène pas une vie monastique, si c'est un laïque, il lui serait beaucoup plus difficile, voir même impossible, de le faire ? BG: Même les laïcs doivent mener une vie disciplinée ; ils doivent exercer une certaine retenue. Et c'est pourquoi il y a des préceptes à observer pour les laïcs; mais les gens ordinaires ne sont pas supposés être chaste. Les laïcs peuvent atteindre certains degrés d'éveil - ceux que nous appelons "entrée dans le courant" et "ceux qui reviendrons une fois" - avant de réaliser par eux-mêmes qu'il y a des problèmes et des difficultés inhérentes aux activités sexuelles. Des laïcs peuvent atteindre le troisième stade de la sainteté, qui est appelé "l'état de non retour". Mais peu de temps après avoir atteint ce stade ils décideront eux-mêmes, à partir de leur propre expérience, de leur propre compréhension, que l'implication dans la sexualité bloque le progrès de leur pratique spirituelle, et quand ils le réalisent, ils abandonne volontairement leurs activités sexuelles. La chasteté n'est pas quelque chose que l'on peut imposer par force. WIE: Pourriez-vous entrer un peu plus dans le détail des raisons pour lesquelles la sexualité doit être transcendée pour que l'on puisse progresser sur le chemin spirituel? BG: Parce qu'aussi longtemps que vous êtes dedans, votre esprit est encombré, assombri et confus. Vous êtes plongé dans la jalousie, la peur, la haine, la tension et ainsi de suite - tous les soucis qui résultent du désir sexuel. Alors si vous voulez être libéré de tout cela, vous devez d'abord vous débarrasser du désir sexuel. A vrai dire, certaines personnes n'aiment pas la phrase "se débarrasser de"; certaines personnes préfèrent des mots comme "transcender" ou "transformer". Sûrement, disent-elles, nous pouvons transformer le désir sexuel en non désir sexuel! WIE: Quelles est la différence entre "transcender" et "se débarrasser de" ? BG: Certains termes sont plus proches du sens réel, et d'autres sont ce que l'on peut appeler des euphémismes, plutôt que des termes fortement négatifs. Ces gens aiment dire "transcender" ou "transformer" plutôt que "se débarrasser de" parce qu'ils aiment les mots enrobés de sucre. Ils se sentent mieux ainsi. WIE: Mais ce dont vous parlez en fait, c'est de se débarrasser du désir sexuel ? BG: Exact. Mais quand vous dites "se débarrasser de" c'est si fort, si négatif, que les gens se demandent : "Comment puis-je me débarrasser de quelque chose ?". Alors que si vous dites, "Transformons-le en quelque chose d'autre", eh bien il peuvent plus facilement l'accepter. WIE: Dans les enseignements du Bouddha sur la sexualité, la sexualité était-elle considérée comme intrinsèquement négative ? BG: Le Bouddha a enseigné qu'aussi longtemps que l'on est engagé dans une activité sexuelle, on ne s'intéresse pas à la pratique de la vie spirituelle; les deux ne vont tout simplement pas ensemble. Mais quand il a donné son enseignement graduel vers l'illumination, il a dit aussi que la sensation de convoitise, de sexualité, comporte du plaisir. Il n'a pas nié le plaisir. Il y a du plaisir. Ensuite vous vous rendez compte que ce même plaisir devient déplaisir. Graduellement, alors que la fièvre initiale du désir sexuel s'estompe, les gens commencent à se quereller. Car du désir sexuel naît la peur, du désir sexuel naît l'avidité, du désir sexuel naît la jalousie, la haine, la confusion et le combat; toutes ces choses négatives naissent du désir sexuel. Et par conséquent, ces choses négatives sont inhérentes au désir sexuel. Et si nous voulons nous en rendre compte, il n'est pas besoin de regarder plus loin que notre propre société. Ouvrez seulement les yeux et regardez autour de vous. Combien de millions de personnes se battent ? A cause de leur désir sexuel - maris, femmes, petits amis, petites amies, petits amis, petites amies, petites amies. Que vous soyez hétérosexuel, homosexuel, bisexuel, cela n'a pas d'importance. Aussi longtemps que vous êtes dans ce désir, il est inévitable que vous ayez ces problèmes - dispute, déception, colère, haine, meurtre - tous sont impliqués. Alors, comme il a vu le problème inhérent à la sexualité, le Bouddha a dit qu'il était mieux de contrôler et de discipliner nos sens pour avoir une vie calme et paisible. Mais on doit le faire graduellement, lentement, avec discernement et pas abruptement. Cela ne peut pas être forcé. Il faut que ce soit fait avec une compréhension profonde. Si les gens ne comprennent pas cela et essayent de s'arrêter tout d'un coup, ils auront davantage de frustration, de peur et ainsi de suite. Et donc, dans son enseignement graduel, il a dit qu'au début il y a du plaisir dans les activités sexuelles, et puis qu'il y a des inconvénients, et puis qu'il y a des problèmes. Et ce n'est que quand vous voyez les problèmes, qu'alors vous commencez à réaliser que ces inconvénients, ces négativités sont inhérentes à la sexualité - ils sont intrinsèques. Ces troubles, ces problèmes, sont intrinsèques au désir sexuel. WIE: Particulièrement de nos jours, cela pourrait être considéré comme une vision très radicale. BG: Certainement. Mais vous savez, ce n'est que quand les gens se sont écartés de ces choses, ce n'est que quand ils sont restés éloignés de ce type d'enseignements et qu'ils sont partis à un million de kilomètres dans le temps et l'espace, que cela leur apparaît radical quand ils se retournent et regardent la racine de leur problème. Ils ont tourné le dos si longtemps, sont allés si loin dans le temps et l'espace, que quand ils regardent en arrière ils pensent :"Oh bon sang, comment puis-je m'en débarrasser maintenant ? Je suis allé si loin, je m'y suis plongé si profondément." Alors cela leur apparaît radical. Bien sur que c'est radical! WIE: J'étais en train de penser, pendant que vous parliez, que parce que vous avez passé si peu de temps sur le plaisir sexuel et tellement plus sur tous les inconvénients, beaucoup de gens …. BG: Oui ! Pour si peu de plaisir, tant de souffrance, n'est-ce pas ? WIE: Précisément BG: Vous avez raison. Les gens ne veulent pas y penser. Les gens veulent toujours entendre ce qu'ils aiment entendre. Mais nous ne voulons pas dire cela ! Que les gens l'aiment ou pas, nous voulons dire la vérité. Nous ne devrions pas avoir peur de dire la vérité. Que le monde l'accepte ou pas … bien, c'est un autre sujet. Que pouvons-nous faire ? WIE:
Lorsque nous cherchions une citation du Bouddha concernant ses sentiments
vis-à-vis de la sexualité, nous sommes tombés sur
ce passage, de La Vie du Bouddha :"Homme malavisé, ce serait
mieux pour vous (qui avez quitté votre foyer) que votre membre
soit entré dans la bouche d'une vipère ou d'un cobra venimeux,
affreux, plutôt qu'il ne soit entré dans une femme. Ce serait
mieux pour vous que votre membre entre dans un four de charbons brûlants,
flamboyants, rougeoyants qu'il n'entre dans une femme. Pourquoi cela ?
Dans les premiers cas vous risqueriez la mort et des souffrances mortelles,
mais vous ne réapparaîtriez pas, à la dissolution
du corps après la mort, dans un monde de privation, dans une destination
malheureuse, en perdition, en enfer." BG: Avant que je ne dise autre chose, je veux ajouter un petit commentaire sur cette traduction. Vous savez que quand le Bouddha parlait de la chasteté, il ne parlait pas seulement de la chasteté des hommes, mais aussi de la chasteté des femmes. Alors quand il dit, par exemple, qu'il vaut mieux avaler une boule de fer chauffée au rouge plutôt que de s'engager dans une activité sexuelle, cela vaut pour les femmes, aussi. Nous devons éclaircir ce point, sinon les femmes vont être fâchées. Elles peuvent penser que le Bouddha haïssait les femmes et que c'est pour cela qu'il voulait garder les hommes éloignés des femmes et leur demandait d'observer la chasteté. Mais si une femme veut observer la chasteté, de la même façon elle devrait rester éloignée des hommes. C'est le premier point que je voulais clarifier. Le deuxième point c'est que mener une vie de famille, avoir une épouse et ainsi de suite, le Bouddha ne l'a jamais condamné; une vie sexuelle familiale heureuse est permise aux laïcs, même si, comme je l'ai dit, cela ne peut pas conduire au plein éveil. Mais répondons à votre question : Pas seulement dans la société contemporaine, mais aussi aux temps du Bouddha, il y avait des gens qui croyaient que la sexualité est quelque chose de saint, quelque chose de noble, quelque chose de sacré, et quelque chose de miraculeux. Alors ce n'est pas seulement un phénomène social moderne, du vingtième siècle. La mentalité des gens a toujours été la même depuis des temps immémoriaux, jusqu'à maintenant et jusque dans le futur. Il y a toujours des gens qui pensent que par la sexualité ils peuvent atteindre la libération, et c'est ce que nous appelons une perception déformée, une pensée déformée. WIE: Cette "perception déformée" comme vous l'appelez, semble particulièrement répandue de nos jours, aussi éternelle qu'elle puisse être. Je me réfère à la notion de plus en plus populaire que la sexualité en elle-même, si elle est poussée jusqu'au bout, serait l'expression même de l'illumination - et cela parce que la sexualité est la route vers la libération, si vous l'évitez de quelque façon que ce soit, alors vous n'avez vraiment aucun espoir d'atteindre le but final. Si possible, j'aimerais avoir une indication très claire de la façon dont le Bouddha aurait répondu à ce point de vue. BG: Je suis assez familier avec cela. Il a dit - et je traduis du Pali : "Peu importe ce que vous pouvez faire ou atteindre - vous pouvez vivre dans une grotte, dans un endroit solitaire, et vous pouvez avoir appris des suttas entiers; vous pouvez être un orateur très érudit; vous pouvez même pratiquer la moralité et tout cela et ainsi de suite - peu importe ce que vous faites d'autre, tant que vous n'êtes pas débarrassé de votre désir sexuel, de votre haine, de votre ignorance, vous n'atteindrez jamais l'illumination." Voilà l'enseignement du Bouddha. Alors plus vous vous engagez dans une activité sexuelle, plus profondément vous vous enfoncez dans le désir, plus profondément vous vous enfoncez dans la confusion, plus profondément vous rentrez dans la jalousie. Quand une personne, qu'elle soit homme ou femme, veut s'impliquer dans des activités sexuelles avec autant des personnes différentes en même temps, alors de la même manière il y autant de manières pour cette personne de souffrir : de jalousie, peur, tension, inquiétude. C'est une vie très, très malsaine. Si quelqu'un pense avoir des activités sexuelles avec toutes sortes de gens de toutes sortes de façons différentes en permanence, alors cette personne sera très rapidement morte du fait d'un comportement aussi malsain. Maintenant bien sur, vous devez comprendre en même temps qu'une activité sexuelle modérée, sage, saine est permise. Mais tout ce que veut dire atteindre l'illumination par des moyens sexuels c'est : vous vous engagez dans une activité sexuelle jusqu'à ce que vous en mourriez ! et vous mourrez avant d'avoir atteint l'illumination ! WIE: Alors comment tout cela joue-t-il dans le contexte de la pratique spirituelle actuelle, par exemple dans le Bouddhisme tantrique ? BG: Je suis un bouddhiste Theravada - vous savez cela, n'est ce pas ? WIE: Oui, je le sais. BG: Bien, je suis parfois désolé de dire ces choses, mais les bouddhistes théravada ne considèrent pas les tantras comme du bouddhisme. Nulle part dans la littérature bouddhiste originale vous ne trouvez le "bouddhisme tantrique." Le tantra est un développement tardif. Il n'y aucune trace de bouddhisme tantrique dans le bouddhisme original. Il n'y a jamais eu trace de bouddhisme tantrique. Le Tantra est le tantra, le bouddhisme est le bouddhisme et ces deux là n'iront jamais de pair. Mais certaines personnes qui étaient tellement absorbées par le sexe et si déformées dans leur perception voulaient glorifier le sexe en y ajoutant le bouddhisme. Et c'est pour cela qu'ils ont combiné le tantra avec le bouddhisme. Les gens peuvent me haïr pour dire cela, mais je dois quand même le dire. WIE: Nous avons remarqué au cours de notre recherche que non seulement cette notion de sexualité sacrée a cru en popularité, mais aussi que la chasteté est souvent vue avec beaucoup de peur et de suspicion par les gens dans la culture occidentale. A quoi pensez vous que cela puisse être dû ? BG: Si la chasteté est strictement observée, ce n'est bon que pour la personne qui l'observe. Vous ne pouvez ouvrir un institut de la chasteté. La chasteté n'est pas quelque chose qui puisse être institutionnalisé. Il ne peut pas être organisé. On ne peut pas avoir une société chaste. C'est une pratique totalement personnelle, individuelle. Et donc si les gens désapprouvent la chasteté, ils désapprouvent peut-être l'organisation de la chasteté. WIE: Il semble, cependant, que toute discipline monastique doive être organisée dans une certaine mesure. En fait, nous étions fascinés et même choqués de découvrir, alors que nous lisions les règles d'entraînement du Patimokkha, que le Bouddha a apparemment du faire toute une série de règles qui interdisaient aux moines de s'engager dans des contacts sexuels avec - juste pour vous donner quelques exemples que je suis sûr que vous connaissez - des crânes, des corps morts, des animaux … cette sorte de chose. Bien sur, pour autant que nous le sachions, ce type de comportement ne continue pas de nos jours - encore que ce ne soit pas nécessairement vrai, je suppose - alors nous nous demandions : Le Bouddha, en établissant ces règles, répondait-il à des choses que les gens faisaient vraiment ? même ses propres étudiants et disciples ? BG: Oui. Quand le Bouddha introduisait une règle, les moines de l'époque trouvaient rapidement une autre façon de faire la même chose. Ils voulaient avoir des activités sexuelles d'une façon ou d'une autre. Alors, quand le Bouddha introduisait une règle, ils ne brisaient pas cette règle, mais ils trouvaient une autre façon de commettre des actes sexuels. Alors le Bouddha devait introduire une nouvelle règle pour les en empêcher. C'est exactement comme la police et les criminels - quand il y a une loi, les criminels trouveront une façon de la contourner et de commettre le crime, et alors nous devons introduire une nouvelle loi. C'est ce qui arrivait au temps du Bouddha. Quand de plus en plus de gens entraient dans l'Ordre, ils ont commencé à faire toutes sortes de choses, et pour toutes ces choses, il devait faire une règle. C'est pourquoi ces règles sont là. Ce n'est pas en prévision du futur qu'il a introduit ces règles. WIE: Et maintenant nous y sommes, dans le futur, et puisque vous vous êtes détourné de votre chemin pour apporter la tradition monastique du Bouddha en Occident, je suis curieux de savoir quelle expérience vous avez eu avec les Occidentaux qui viennent vers vous pour les enseignements. Comment les occidentaux modernes prennent-ils la vie monastique ? Trouvez vous qu'ils ont plus de mal avec elle que, par exemple, les gens de votre propre culture ? BG: Vous savez, c'est une bonne question. Nous filtrons vraiment les gens avant de les accepter dans la vie monastique. Nous les soumettons à une sorte de probation pendant deux ans pour savoir s'ils sont ou non vraiment sérieux quant à leur engagement. Parce que parfois certaines personnes viennent juste pour s'amuser, ou parce que notre endroit est très calme et paisible et ainsi de suite, ils pensent qu'ils pourraient aimer y rester et devenir moines. Mais plus tard ils changent d'avis. Nous ne voulons pas jouer cette sorte de jeu; nous voulons savoir s'ils sont vraiment sérieux. S'ils sont sérieux, nous les acceptons. Mais ils ne sont pas nombreux. Beaucoup viennent, beaucoup écrivent des lettres - et ces jours-ci ils nous envoient même des e-mails! - nous demandant de les autoriser à devenir moines et à vivre ici au monastère. Mais nous ne les acceptons pas tous, car nous savons qu'ensuite ils perdront tout intérêt. Mais il y a encore quelques personnes très sincères qui veulent réellement devenir moines ou nonnes. Et c'est loin d'être un phénomène nouveau. Même dans les jours anciens, sur des millions de gens, seule une poignée entrait au monastère. Même de nos jours dans les pays bouddhistes tout le monde n'entre pas au monastère. Dans certains pays, comme la Thaïlande, la Birmanie, le Laos, le Cambodge, et ainsi de suite, ils ont une coutume dans leurs traditions : ils entrent au monastère pour une courte période. Mais de ceux qui entrent au monastère pour une courte période, la plupart abandonnent la robe et s'en retournent. Seule une poignée reste. Dans les pays occidentaux, où une telle tradition n'existe pas, ceux qui viennent dans les monastères sont bien moins nombreux. Et parmi eux, encore moins nombreux sont ceux qui restent vraiment dans la vie monastique. Mais c'est plus ou moins vrai dans le monde entier, et il en a été ainsi de tous temps. En Occident de plus en plus de gens sont fatigués de la pression mise sur eux par la société - vraiment, vraiment fatigués - et donc ils veulent s'en éloigner. Mais seuls quelques uns restent; la plupart retournent dans la société. Nous avons fondé notre Centre avec cette compréhension car il en a toujours été de même partout. WIE: J'aimerais en savoir un peu plus sur vous et votre vie en tant que moine. Par exemple, en quoi la chasteté a-t-il affecté votre développement spirituel ? BG: Mon ami, cela me donne une paix fantastique. Et je parle très honnêtement. Car je vis avec tous les êtres humains sans aucun problème. Aucune femme en particulier, aucune fille en particulier, aucun garçon en particulier, aucun homme, car ma chasteté m'aide à accepter tous les autres êtres humains également. Et cela m'aide à avoir un esprit paisible. Et je pense que c'est ce que le Bouddha voulait que nous ayons - une relation amicale, paisible, avec tous les êtres. Donc cela affecte ma vie positivement. WIE: Vous êtes moine, je crois, depuis que vous avez … BG: Douze ans. Et maintenant j'en ai soixante dix sept. Soixante cinqu ans que je suis dans cette robe ! WIE: Si vous deviez donner un conseil à quelqu'un qui envisage d'adopter la chasteté comme pratique spirituelle, que lui diriez vous? BG: Je lui dirais : "Si vous voulez honnêtement, sincèrement, vivre une vie paisible, une vue consciente, une vie libre de troubles, une vie dévouée au service des autres sans discrimination, alors une vie de chasteté est une très bonne vie car quand vous êtes chaste vous pouvez pratiquer la véritable tendresse-aimante, la vraie compassion. Vous pouvez appréciez absolument tout ce qui est en face de vous. Vous pouvez avoir un état d'esprit équanime, non biaisé. Mais quand vous êtes lié à une personne ou à une autre, vous ne pouvez pas avoir cela. Et par conséquent, si vous êtes une personne qui veut honnêtement, sincèrement pratiquer ces choses, alors vous devez sérieusement penser à devenir chaste." Mais il ne devrait jamais l'accepter par simple foi, ou parce que quelqu'un le lui impose. On doit avoir une compréhension sérieuse, et penser très soigneusement à la chasteté avant de s'y engager. WIE: On doit y aller avec les yeux ouverts. BG: Exactement. WIE: Et cette personne doit s'attendre à faire face à de nombreux défis ? BG: Bien sûr. Quand vous pratiquez la chasteté vous faites toujours face à des défis. Il y a tant de personnes qui voudraient avoir des relations avec vous, tant d'autres qui voudraient être proches de vous et briser votre vœu. Car les autres savent que vous n'êtes pas corrompu. Vous ne faites pas toutes sortes de batifolages, vous n'êtes pas mêlé à de mauvaises choses et en train d'attraper toutes sortes de maladies et autres. Les gens comprennent que vous êtes une personne très décente, quelqu'un de net. Et certaines personnes aiment être avec un individu net, et cela c'est un défi. Vous devez y faire face. WIE: Vous avez pratiqué la chasteté, comme vous dites, depuis soixante cinq ans. En quoi votre expérience de la pratique a-t-elle changé, ou s'est elle approfondie avec le temps ? BG:
Vous savez, au début c'était très difficile. Spécialement
quand j'étais jeune, comme adolescent et jusqu'à la fin
de mes vingt ans. C'était un vrai défi. Mais grâce
à l'entraînement que j'ai reçu, j'ai développé
un sens de la responsabilité pour mes devoirs, mon travail, mon
engagement envers le dhamma et, plus que tout, le respect pour mes maîtres
et mes parents. Nos enseignants et nos parents, nous les aimons beaucoup,
et nous ne voulons pas être déloyaux envers eux, leur manquer
de respect. Et cela a duré de longues années avant que je
ne mûrisse vraiment complètement. Et alors, j'ai commencé
à comprendre par moi-même le vrai sens de la chasteté. |
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