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La tradition Theravada a un
long passé dinégalité entre les sexes, même
dans le domaine de la spiritualité. En fait, jai cru comprendre
que les femmes ne pouvaient obtenir la pleine ordination dans votre tradition.
Vénérable Gunaratana : Cest un réajustement
que jaimerais proposer. Nous avons rencontré des difficultés
pour introduire dans la communauté des moniales pleinement ordonnées.
Cela a fait lobjet dune vive polémique, car beaucoup
de femmes aimeraient intégrer lordre Theravada des moniales,
mais cela na pas été possible jusquà
ce jour.
Si la pleine ordination des
moniales était rétablie, seriez-vous également favorable
à une totale égalité des hommes et des femmes ?
Vénérable Gunaratana : Absolument. Absolument.
Les moniales pleinement ordonnées devraient être capables
de faire la même chose que les moines pleinement ordonnés.
Cest le genre dégalité dont je suis partisan.
Le Bouddha a introduit des règles supplémentaires pour les
femmes parce que, sil navait pas accordé quelques concessions,
introduit quelques prescriptions, il y aurait eu une crise énorme
une opposition venant des autres moines aussi bien que des laïcs.
Cest pour faire taire les critiques quil a introduit ces règlements.
Mais, dans le monde moderne, ces choses peuvent être modifiées.
Pensez-vous que les changements
que vous recommandez puissent être adaptés en Asie ?
Vénérable Gunaratana : Je crains fort que la
pleine ordination ne se produise jamais en Asie, parce que la tradition,
les coutumes, sont si fortes que lon ne désire pas les modifier.
Cela ne serait possible que dans des sociétés comme celle-ci,
où le bouddhisme est nouveau. Une fois que cela sera établi
ici, alors, peut-être, cela pourra-t-il être introduit progressivement
dans les communautés bouddhistes asiatiques.
Quest-ce qui, selon vous,
ne doit pas être modifié, ne doit pas changer ?
Vénérable Gunaratana : Le dharma peut être
traduit dans un langage simple, moderne, ordinaire. Mais la signification
ne devrait pas en être modifiée pour satisfaire aux exigences
des gens. Quelques aspects des rituels pourraient changer, mais, par exemple,
le fait de porter la robe ne devrait pas changer. Même du temps
du Bouddha, les habits civils étaient très différents
de ceux des moines. Et cest la même chose aujourdhui.
La robe nous protège. En tant quêtre humains, nous
ne sommes pas parfaits. Mais, quand nous portons la robe, cela nous rappelle
notre situation et nous évite de nous mettre dans de fausses situations,
dagir de façon inappropriée.
En quoi la tradition Theravada
se distingue-t-elle principalement des autres grands véhicules
du bouddhisme ?
Vénérable Gunaratana : La tradition Theravada
sefforce de conserver le bouddhisme tel quil est présenté
dans les textes palis. Elle insiste sur une éthique, une concentration,
une pratique de la sagesse aussi proches que possible de lenseignement
du Bouddha lui-même, sans quon les interprète, sans
quon les déforme ou quon les traduise dans des idées
différentes. En tant que bouddhistes Theravada, nous essayons de
préserver la langue palie et de lutiliser dans nos enseignements
du dharma, dans nos pratiques quotidiennes de dévotion.
Et lintérêt
est de préserver la langue du Bouddha ?
Vénérable Gunaratana : Oui. Lintérêt,
lorsque vous avez le moindre doute à propos de lenseignement,
lorsque quelque chose vous semble flou, est que vous pouvez toujours vous
reporter au pali. Et garder le pali comme langue de référence,
afin de clarifier certains termes du dharma. Si vous navez pas cette
sorte de culture ou de référence, vous devez vous en remettre
aux traductions. Si le traducteur a fait une erreur, celle-ci se perpétue
de génération en génération. Cest ce
qui est arrivé à quelques autres branches du bouddhisme.
Comme on ny étudie pas le langage originel, force est de
lire les 3ème, 4ème, 5ème, 6ème interprétations
ou traductions, si bien quil arrive que lon perde trace de
lenseignement originel. Lenseignement originel est préservé
dans la tradition palie. Aucun doute à ce sujet.
Pensez-vous que certains Occidentaux
méconnaissent le bouddhisme Theravada du fait de labsence
dun véritable Vu de Bodhisattva ?
Vénérable Gunaratana : Bien que les bouddhistes
Theravada naient pas spécifiquement de Vu de Bodhisattva,
il est presque impossible dignorer la nécessité daider
les autres. Et, vous savez, cette idée daider les autres
nest pas seulement bouddhique. Est-ce quil y a quelque chose
de bouddhique dans la générosité ? Vous navez
même pas besoin dêtre un homme pour pratiquer la générosité.
Peut-être avez-vous vu des animaux qui partageaient leur nourriture
avec dautres animaux. Faire ce genre de distinction entre Mahayana
et Theravada nest pas une façon très pratique ni très
réaliste de voir les choses. La gageure est de faire comprendre
aux gens des enseignements aussi fondamentaux que labsence dun
soi séparé, labsence dâme, la non-croyance
en un Dieu créateur . Le premier aspect, vous savez, limpermanence,
est réellement facile à comprendre. Si vous lisez nimporte
quel livre de physique, de chimie, de science, vous saurez tout ce qui
concerne limpermanence. Mais labsence dun soi séparé,
le fait de ne pas croire en un Dieu créateur sont tous deux extrêmement
difficiles à enseigner.
Est-il possible à une
société dans son ensemble de devenir un peu moins égotiste,
ou est-ce seulement une question de pratique individuelle ?
Vénérable Gunaratana : En réalité,
cest une question de pratique individuelle. Même à
lépoque où le Bouddha a atteint lillumination,
lavidité, la haine, lillusion nétaient
pas moindres quelles ne le sont aujourdhui. Son seul but,
en atteignant lillumination, était dêtre utile
au monde. Mais, dès quil a atteint lillumination, il
est devenu si désappointé. Il sest dit : « Comment
enseigner le dharma à ces gens ? Ils sont si pleins dignorance,
davidité, de haine, de jalousie, de peur, de tension, dangoisse,
dappétit pour les désirs sexuels comment pourraient-ils
comprendre cela? » Mais il a commencé à enseigner.
Et il na jamais été capable déliminer
toute la souffrance du monde des humains. Jamais. Il a éliminé
la souffrance de certaines personnes, mais, comparé au nombre dêtres
humains vivant sur cette terre, le nombre de ceux quil a aidés
à atteindre lillumination est insignifiant. A lépoque
actuelle, où la population est plus nombreuse , où il y
a davantage dobjets attrayants grâce aux progrès de
la technologie, davantage dobjets suscitant le désir, lavidité,
légoïsme, la peur, langoisse, le souci, il est
réellement plus difficile de pratiquer le dharma dans sa pureté.
Et ce nest pas uniquement le problème du dharma ou de lenseignement
du Bouddha. Cest le problème de toutes les religions. Les
personnes religieuses font de leur mieux, avec les capacités qui
sont les leurs. Mais, parallèlement, dautres personnes essaient
de promouvoir leurs productions dans le domaine matériel, dattiser
lavidité des gens. Il y a plus de télévisions,
dordinateurs, plus de ceci, plus de cela. Et cest avec tout
ça que vous devez rivaliser.
Avez-vous un but en ce qui vous
concerne ?
Vénérable Gunaratana : Je dis que le bouddhisme
est pareil à un arbre. Un arbre a un dôme de verdure, des
feuilles, des fleurs, vous savez, de petites branches, ainsi quun
tronc, une écorce, du bois, tendre ou dur, des racines, et ainsi
de suite. Et nous devrions rechercher le bois dur, le cur du dharma,
de la même façon que lon désire le cur
dun arbre. Tout le reste peut cacher la vérité. Il
y a tellement de choses autour du véritable dharma. Et les gens
peuvent facilement être trompés, embrouillés, induits
en erreur par cette très, très grande variété
de choses. La Bouddha a dit très clairement : « Avant larrivée
de du faux or sur le marché, lor pur brillait de tout son
éclat. Dès que lor artificiel apparaît sur le
marché, personne ne sait reconnaître lor véritable
du faux or.» Aussi, je désire montrer aux gens lor
véritable, afin quils ne puissent plus se laisser tromper
par tout ce qui brille. Cest cela mon objectif.
Si vous désirez lire l'interview
originale en anglais
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