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MANQUE ET PLEINITUDE - par Charles Genoud |
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Ce
texte constitue la première partie d'une enseignement donné
par Charles Genoud au Forum 104 en Juin 2003. Evelyne Boutron a assuré
la transcription du texte, Gilbert Gauché la traduit dans sa forme
actuelle et Florence Milles a assuré le travail de dactylographie.
Merci infiniment à tous les trois pour ce travail considérable.
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INTRODUCTION A LA MEDITATION La méditation peut être abordée sous deux aspects : d'une part la technique, de l'autre l'état d'esprit. La technique peut varier. Elle joue un rôle secondaire. L'état d'esprit joue le rôle principal. Si l'état d'esprit n'est pas compris, quelle que soit notre capacité technique, la pratique ne pourra pas s'approfondir. D'où l'importance pour moi de chercher à transmettre de la manière la plus claire possible l'état d'esprit de la méditation. L'état
d'esprit de la méditation. Il est certain que si nous avons fait cet effort, c'est parce que nous cherchons quelque chose. On ne vient pas sans motivation. Un effort est requis. Notre présence ici n'est donc pas due au hasard. Si nous sommes là, c'est bien parce que nous cherchons quelque chose. Une quête nous pousse à nous placer dans la situation où nous sommes maintenant, pour explorer la pratique de la méditation. Mais,
qu'est-ce alors qui nous a poussés à venir ici ? Nécessairement,
c'est un manque. S'il n'y avait aucun manque, si notre satisfaction était
parfaite, l'énergie qui nous a poussés à chercher
serait absente. Il est donc possible d'affirmer : parce qu'il y a un manque,
il y a une recherche, et la recherche vise à combler le manque. Simone
Weil disait que ce que nous cherchons dans les choses, les évènements,
les relations, n'est pas faux ; mais que c'est l'endroit où nous
cherchons qui est faux. En d'autres termes, imaginer que nous pourrons
parvenir à la plénitude au moyen d'objets, de situations,
de personnes… revient à croire que nous parviendrons de l'extérieur
de nous-mêmes à combler un manque intérieur. C'est
une erreur. Nous cherchons au mauvais endroit. Ce n'est pas la recherche
de la plénitude qui est fausse, mais l'endroit où nous la
cherchons. La
méditation, dans une certaine mesure, répond à notre
aspiration de parvenir à la plénitude. Dans la tradition
bouddhique, comme dans les autres traditions mystiques, elle permet d'aller
plus loin, mais c'est une première étape. Dans la méditation,
pour explorer cette dimension de nous-même, nous ne nous tournons
plus vers l'extérieur, mais vers l'intérieur. C'est un renversement
d'attitude essentiel : la plénitude ne pouvant jamais être
obtenue en ajoutant quelque chose de l'extérieur, nous nous tournons
maintenant vers l'intérieur. La plénitude est le fait de
la plénitude de notre présence et non celle d'avoir. La
plénitude est une dimension de l'être et non de l'avoir.
Lorsque nous la concevons en termes d'avoir, notre démarche est
évidemment vouée à l'échec. Mais si nous l'exprimons
en terme d'être, nous nous rendons compte qu'il n'est pas possible
d'ajouter à notre être quelque chose qui viendrait de l'extérieur. Il
y a quelque chose d'assez extraordinaire dans le fait que la plénitude
soit ce par quoi nous commençons et que, lorsque nous la plaçons
à l'inverse : ce vers quoi nous tendons, ce mouvement même
nous en rende l'expérience impossible. Dans la méditation,
cela veut dire qu'il ne s'agit pas de transformer, de manipuler : il ne
s'agit pas d'adopter l'attitude qui, dans notre vie quotidienne, vise
à transformer, à modifier, à obtenir, car c'est elle
qui crée le sens du manque. Ces
mouvements peuvent être grossiers, manifestes, dans le temps comme
dans l'espace, mais ils peuvent aussi être beaucoup plus subtils.
Dans la pratique méditative, il se peut que l'habitude de manipuler
devienne très proche de l'attitude juste, mais qu'elle crée
cependant une organisation dans laquelle existe encore ce lien à
la temporalité qui, de nouveau, nous coupe de la plénitude
que nous sommes, par laquelle nous commençons, et non vers laquelle
nous tendons. La
technique Afin
d'ancrer notre présence dans une expérience stable, permettant
peu à peu de faire cesser tous les mouvements vers l'extérieur
et dans le temps, nous pouvons utiliser la présence au corps. Le
corps a un certain poids, une certaine densité, une certaine température.
Lorsque nous faisons l'expérience du poids, de la densité,
de la température, nous sommes dans l'instant présent, car
il est totalement impossible d'avoir une expérience sensorielle
au passé ou au futur. On pourrait choisir tout autre type d'expérience sensorielle. Vous pourriez, par exemple, explorer les sons. Mais ils sont plus fluctuants. Par moments, ils peuvent surgir et être inaudibles, à d'autres. C'est pourquoi la présence au corps est une base d'ancrage très judicieuse. Le corps ne disparaît jamais. Il est là. Il n'y a pas de moment où, tout d'un coup, il aurait disparu. Je ne parle pas d'expériences méditatives dans lesquelles il serait perçu de manières différentes, mais du corps en tant que base d'expérience. Il est toujours présent. Nous
utilisons donc la présence au corps : sa densité, sa température,
sa qualité vibratoire, pour ancrer notre présence. Il se
peut que dans l'expérience sensorielle de la présence au
corps se produisent des fluctuations dues, par exemple, au mouvement de
la respiration : une plus grande densité par moment, une moins
grande à d'autres, dans certaines zones corporelles. Il est également
possible de leur être présent, d'être à chaque
instant avec l'expérience qui surgit. Il s'agit donc pour nous, dans notre pratique, de rester à chaque instant en intimité avec nous-même, au moyen des expériences sensorielles. Cela signifie qu'il n'y a rien à changer, rien à manipuler. Dans l'instant présent il est impossible de changer quoi que ce soit. Pour changer quelque chose, transformer, la durée est nécessaire, il faut introduire le futur. Donc, rien à changer, rien à transformer, seulement se relier à chaque instant à l'expérience sensorielle qui surgit. |