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Comment renoncer ? - par Douglas E. Harding |
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Quel
est cette autre face de l'énergie de vie? De l'autre côté
de la lutte, de la résistance, de la tempête? S'il n'y avait
qu'énergie sans repos, tout serait assujetti à la puissance
du mouvement et la vie ne serait qu'un éternel combat sans souffle
ni répit. Qui n'a pas expérimenté qu'au moment même
où nous renoncions, déposant les armes et les accessoires
de l'action, une situation se dénouait enfin? "S'efforçant
de ne pas s' efforcer" ce principe apparemment contradictoire
est au cœur de toute recherche d'équilibre, au point critique de
tout changement: dans l'issue d'une bataille, dans l'œuvre d'art, dans
le sport de haut niveau, en pédagogie, dans la quête d'un
sens à la vie.
Cet article a paru dans le n° 24 du magazine Sources d'octobre/novembre 1989. Il a également paru dans le n° 1 de janvier 1977 de la revue the Mountain Path Tiruvannamalal. |
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Cet
article est d'ordre pratique et non théorique. Son objet est non
pas la philosophie de l'abandon à la divine providence ou l'importance
du renoncement dans la voie religieuse mais strictement comment renoncer
et laisser les choses être ce qu'elles sont et aller leur train,
strictement comment il est possible de réaliser et maintenirune
véritable abnégation, une véritable soumission à
la volonté de Dieu. II n'est guère facile de décrire
ce qu'est le renoncement mais tous nous connaissons la sensation qu'il
procure - la soudaine suspension de lutte, la fin (pour le moment) de
toute notre résistance, le genre spécial de calme qui succède
à la tempête d'un effort vain, la détente dont nous
jouissons quand "une chose cède enfin" après
une période de tension et d'anxiétés croissantes
qui cassent bras et jambes. Ces faits patents mais perdus de vue mettent des limites à toute culture du renoncement - que ce soit avec des lectures et des réflexions qui s'y rapportent, en s'efforçant d'une manière ou d'une autre d'exalter son sentiment avec le japa (récitation d'une formule), des prosternations, par tous les moyens possibles. L'ennui avec cette tendance hautement désirable est qu'elle ne cesse de vaciller, de se dérober à notre prise et risque d'être le moins disponible quand elle serait le plus nécessaire. Qui, en effet, peut ressentir un état sur commande? Et, en l'occurrence, il y a quelque chose de singulièrement contradictoire et même d' immanquablement comique dans le fait de cultiver ce qui vient spontanément ou pas du tout, dans cette quête du repos, s'efforçant de ne pas s'efforcer, se cramponnant à un lâcher-prise, peinant pour se détendre. Rien d'étonnant si cette étrange entreprise d'auto-dressage est vouée à l'échec. Pour fInir, il nous faudra renoncer à toutes ces tentatives de renoncement. N'y
a-t-il alors rien que nous puissions faire aux prises avec ce problème?
Devons-nous continuer de laisser ces alternatives de lutte contre la nature
des choses, et d'acceptation sincère (ou à moitié
sincère) même des pires d'entre elles, continuer de structurer
notre vie? Ou, plus probablement, faut-il les arracher les unes des autres? La solution est attention, attention au lieu d'intention. Attention à ce qui est au lieu de lutter pour ce qui devrait être. Attention à ce que les choses sont déjà sans aucun essai pour les améliorer. Le fait est qu'une totale attention est renoncement et un renoncement total est attention. Attention
à quoi? Attention à ce qui, de droit, le requiert là
où vous êtes en ce moment sans se préoccuper d'autres
temps et d'autres lieux. Se contenter de lire sur cette attention ne sert
à rien. Vous, cher lecteur, devez effectivement regarder maintenant
ce qui est de votre côté de cette page imprimée. N'est-ce
pas un fait qu'il n'y a là aucune chose (no-thing) mais de l'espace
pour que cette scène (ces mains tenant un exemplaire de la revue
entourées de vagues formes colorées) s'y déroule?
Il n'y a rien où vous êtes présentement hormis cette
Vigilance ou Capacité immaculée, exempte en elle-même
de quelque son, odeur, goût, forme, opacité, complexité,
mouvement, et pour cette raison parfaitement prête pour les accueillir.
N'est-ce pas de toute évidence une vacuité emplie que vous
êtes exactement en ce moment? Cette vision en dedans (in-seeing),
cette attention à ce que l'on est en permanence (qu'on le remarque
ou non) cette découverte de Ce qui est au-dessus de toute amélioration
possible (parce qu'il n'y a rien ici qui change ou serait à changer)
- cela seul est le renoncement total. C'est le rejet de tout attribut,
de toute qualité, de toute fonction à revendiquer, la fin
de toute prétention d'être quoi que ce soit. Toutefois, cette vision essentielle en dedans ne met pas fin au défùé des sentiments et pensers avec leurs changements et alternances sans [m, leurs contradictions enchevêtrées. Il ne faut pas non plus compter sur leur' 'redressement". Peut-être se mettront-ils en ordre d'eux-mêmes dans une certaine mesure et peut-être le sentiment de renoncer croîtra à vive allure, à présent que tous les sentiments sont éprouvés consciemment dans leur source et contenant. Néanmoins, ils restent dans leur propre sphère essentiellement "problématiques" ; il est dans leur nature d'être inachevés, en partie faux, et sans répit en conflit les uns avec les autres. La véritable différence qu'apporte cette vision de Ce-que-l' on est n'est pas le perfectionnement de ce spectacle - ce qui est pensé, éprouvé, exécuté - mais sa localisation. Il se situe tout entier dehors, dans et au monde. Ce que j'étais accoutumé d'appeler "mes pensers et sentiments" se révèle être des pensers et sentiments sur ces choses-là et non sur Moi. L'univers est comme bourré de tristesse et de joie, de laideur et de beauté, de combat et de reddition et tous autres opposés, comme il en va avec la couleur, la forme et le mouvement. Tout cela est mis en lumière par la Lumière ici, Lumière qui est pure de toute chose ou qualité et qui brille sans interruption. Vous êtes cette Lumière. SE REPOSER DANS CE QUI EST Sans doute pourriez-vous objecter que la vision de Ce-que-vous êtesréellement ne dure pas, mais vient et s'en va, comme le sentiment de renoncer va et vient, et elle se laisse peutêtre plus difficilement maintenir. Soit. Essayez et vous découvrirez que cette vision, tout à l'opposé de ce sentiment, est toujours disponible. Vous pouvez voir Ce que vous êtes et Qui vous êtes quelle que soit votre occupation, ambiance ou humeur; rien n'est plus facile ni plus naturel. Et cette vision n'est pas non plus intermittente. Elle se présente à l'esprit hors du temps, dans ce sens qu'elle est une vision dans le Lieu où absolument rien, pas même le lieu et le temps, ne subsiste. Ce n'est pas là une théorie à méditer mais un fait à vérifier. Regardez derechef et vous verrez l'aucune chose (no-thing) que vous êtes maintenant, et constaterez que votre vision ne se lit pas comme si elle débutait à tel ou tel moment de l'horloge pour prendre fin après autant de secondes, de minutes ou d'heures. Vous constaterez aussi qu'elle ne peut être séparée, par quelque intervalle, d'autres "occasions de voir". Comme le remarque un maître Zen: "Voir Ce qui n'est rien - c'est cela la véritable vision, la vision éternelle.". Où il n'y a pas de temps, il n'y a ni volonté, ni intention, ni choix, ni lieu; ce sont là des rejetons du temps. Paradoxalement, le véritable abandon à la Volonté divine consiste non pas à se départir seulement de sa volonté personnelle mais de toute volonté pour reposer dans ce qui est. L'unique chemin menant en ce lieu de non-désir consiste à y prêter attention et à voir que l'on n'avait jamais été ailleurs. Ici même, à zéro centimètre de lui-même, au centre exact de l'univers propre à chacun réside le Dieu qui est le calme au milieu de la tempête. Il nous arrive de prier: Que ta volonté, Mon Seigneur et Dieu, soit faite. Mais voilà. Il n'a pas de volonté: Il n'est que repos. C'est
ce qu'écrit Angelus Silesius, le Pélerin chérubinique. |
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Douglas
Harding
Auteur de "Vivre sans tête". Ed. Courrier du Livre. Architecte de métier, grand voyageur, il s'est engagé dans une profonde quête personnelle. En parallèle àses ouvrages et à ses articles, il offre un partage de ses expériences dans le cadre de stages. Des jeux simples y sont proposés, qui permettent d'aborder concrètement les questions: "Qui suis-je dans mon centre ?", "Qui suis-je pour les autres ?". |