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La relation - par Jean Klein |
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Ce texte est extrait de l'ouvrage de Jean Klein : Qui suis-je, la quête sacrée. Albin Michel 1989 |
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Être humain, c'est être relié. En tant qu'êtres humains, nous vivons en relation avec les éléments: le soleil, la lune, les pierres sur le sol et tous les êtres vivants. Mais qu'est-ce que "être relié ", "vivre en relation avec" signifient? En général, lorsque nous utilisons ces mots, nous voulons dire un lien de quelque sorte entre des entités individuelles, d'objet à objet, ou de sujet à objet. Le mot " relation" présuppose ici séparation, la jonction de plusieurs fractions. Cette vision fractionnelle de la notion de relation est purement conceptuelle. C'est une fiction du mental et cela n'a rien à voir avec la perception pure, la réalité, ce qui est réellement. Lorsque nous vivons libres de toutes idées et projections, nous entrons en contact direct avec notre environnement. Pratiquement, donc, avant de pouvoir être reliés à notre environnement. nous devons d'abord savoir comment être reliés à ce qui est le plus proche de nous: notre corps, nos sens, notre mental. Le seul obstacle à une perception claire de notre nature véritable est l'idée maîtresse d'être un individu séparé, vivant dans un monde avec d'autres individus séparés. Nous avons une image de nous-mêmes. Cette image peut seulement être maintenue en rapport avec des objets, elle transforme donc notre environnement en objets, amis, enfants, époux, intelligence, compte en banque, etc., et rentre alors dans ce qu'elle appelle une "relation personnelle" avec ces projections. L'idée fantasque d'un soi est une contraction, une limitation de la globalité, de l'être réel. Lorsque cette notion meurt, nous trouvons notre expansion naturelle, notre paix, notre globalité sans périphérie ni centre, extérieur ni intérieur. Sans notion d'individu il n'y a pas sensation d'être séparé, et l'on ressent une unité avec toute chose. Nous percevons alors l'environnement comme des occurrences apparaissant dans une globalité sans restrictions. Et lorsque notre amant ou nos enfants quittent la maison, ou que notre compte en banque baisse, ce sont des événements qui se produisent en nous. La vigilance reste constante. Tout phénomène, toute existence est une expression au sein, de la globalité, et toutes les variétés d'expressions n'ont un sens et un rapport qu'uniquement dans cette lumière. Etre en relation, c'est être en relation à l'intérieur du Tout. Puisqu'il n'y a pas rencontre des fractions dans le Tout, il n'y a pas d' " autre ". Donc, à strictement parler, dans la relation parfaite, il n'y a pas rapport, il n'y a pas dualité - il y a seulement globalité. Toute perception pointe directement vers notre être premier, vers la paix, le non-état naturel commun à toute existence. Ainsi, en langage humain, être en relation c'est être en communion avec le Tout. Dans cette communion la soi-disant présence de l'autre est ressentie comme un don spontané, et notre propre présence est une réception spontanée. Il n'y a plus sensation de manque, donc du besoin d'exister, parce que le seul fait de recevoir nous amène à notre ouverture. Lorsque nous vivons dans l'ouverture la première impulsion est d'offrir. Etre
dans l'ouverture et dans le mouvement spontané d'offrande, c'est
l'amour. Vous
dites qu'il n'y a pas d'autre, mais vous ne pouvez pas dire qu'il n'y
a pas de différences entre les gens. J'ai mon caractère
et mes capacités, tout comme d'autres ont les leurs. Vous devez comprendre et coopérer avec le corps. C'est l'ignorance du mécanisme qui crée le conflit. L'investigation peut seulement être menée dans la vie quotidienne. Votre mental et votre corps se reflètent dans votre comportement du matin au soir. Votre attention doit être bipolarisée, observant les champs intérieur et extérieur. Les relations sont le miroir dans lequel se reflète votre être intérieur. Soyez conscient d'être un chaînon dans la chaîne de l'existence. Lorsque vous ressentez vraiment cela, l'accent n'est plus mis sur le fait d'être un individu, et vous sortez spontanément de votre restriction. Vous ne vivez plus dans l'isolement, dans l'autonomie. Etre en relation est le pressentiment de la Présence. Ainsi, l'individu n'existe pas en tant qu'entité isolée; mais la personnalité n'existe-t-elle pas comme une partie unique du tout? La
personne n'est en réalité que persona, masque, cependant
elle est devenue synonyme de l'idée d'individu, d'une entité
séparée et continue. La personnalité n'est pas la
constante que nous imaginons. Ce n'est, en fait, qu'une réorchestration
temporaire de tous nos sens, imagination et intelligence, selon chaque
situation. Il n'y a pas de répétitions dans la vie, et chaque
réorchestration est unique et originale comme les dessins d'un
kaléidoscope. L'erreur est de s'identifier à la personnalité,
de la conceptualiser dans la mémoire et de nous prendre ensuite
dans cette collection d'images cristallisées plutôt que de
laisser toutes les émotions, perceptions et pensées se développer
et mourir en nous. Nous sommes dans un théâtre, regardant
notre propre pièce se jouer sur la scène. L'acteur est toujours
" derrière" sa persona. Il semble être complètement
perdu dans la souffrance, dans le fait d'être un héros, un
amant, un bandit; mais toutes ces apparitions se situent dans la présence
globale. Cette présence n'est pas comparable à une attitude
détachée, à la position de témoin. Ce n'est
pas une sensation d'être séparé, Lorsque l'on n'est plus identifié à la personne, comment la vie en est-elle affectée? La première chose que vous remarquez, c'est combien plus riches et plus profondes sont vos perceptions. La communication en devient d'autant plus variée. En général, nous sommes fixés dans des schémas de communication; mais lorsque nous vivons dans l'ouverture, une grande sensibilité surgit, une sensibilité dont nous n'avons jamais rêvé. Lorsque nous appréhendons notre environnement à partir de la totalité, notre structure tout entière devient vivante. Nous n'entendons plus la musique seulement avec nos oreilles, parce que quand celles-ci cessent de s'emparer des sons pour elles-mêmes nous sentons alors la musique avec tout notre corps, sa couleur, sa forme, sa vibration. Elle n'appartient plus à un seul organe mais à notre être intégral. Cela engendre une profonde humilité, une innocence. Et c'est seulement dans l'humilité qu'une réelle communication est possible. Ensuite, l'on vit dans une dimension totalement neuve. Vivre en tant que personnalité, c'est vivre dans la restriction. Ne vivez pas dans la restriction. Laissez la personnalité vivre en vous. Vivre dans l'environnement sans séparation est d'une grande, grande beauté! Pourriez-vous
parler davantage de l'humilité dans les relations humaines? L'humilité
apparaît lorsqu'il n'y a pas référence à un
" je ". Ce vide est facteur de guérison, dans toute situation.
Heidegger dit " Soyez ouverts à l'ouverture ". Soyez
ouverts à la non-conclusion. |
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Jean
Klein
Jean Klein, musicologue et médecin de formation, a passé ses années de jeunesse à rechercher l'essence de la vie. En lui était l'intime conviction qu'il y avait un principe indépendant de toute société et il ressentait le besoin d'explorer cette conviction. Son exploration l'a conduit en Inde, où il fut introduit, par une "approche directe", à la dimension non mentale de la vie. En vivant dans cette ouverture totale, il fut saisi, en un instant éternet, par un éveil clair et soudain à nature réelle. Ce n'est pas une expérience mystique, un nouvel état, mais le continuum de la vie, le non-état à la lumière duquel la naissance, la mort et toute expérience ont lieu. Depuis 1960, il mène une vie paisible, enseignant en Europe et, récemment, aux Etat-Unis. |