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I – INTRODUCTION
Repères géographiques
L’histoire du Bouddha telle que je vais vous la raconter n’est pas très bien connue. Elle est basée sur les textes du Canon Pali.
La carte que vous avez sous les yeux permet de situer les lieux principaux où s’est déroulée sa vie. Le Gange est le point de repère le plus important sur lequel sont indiquées les villes de Bénarès, Kosambi, Prayaga. Il coule après ces villes d’ouest en est jusqu’à Pataliputta, puis jusqu’à Campa à l’est. C’est la division la plus importante qui constitue le monde physique du Bouddha.
Au nord du Gange, se trouve le Kosala, royaume d’où venait le Bouddha et dont le roi s’appelait Pasenadi. Au sud du Gange, le royaume de Magadha avait pour roi Bimbisara. C’est entre ces deux royaumes que le Bouddha a beaucoup voyagé, se déplaçant de Savatthi, capitale du Kosala au nord-ouest jusqu’à Rajagaha, capitale du Magadha au sud-est. Les deux lieux sont reliés sur la carte par une ligne en pointillé qui va de Savatthi jusqu’à Rajagaha. Cette artère principale s’appelait la route du nord (Tous les mots utilisés dans ce texte sont en pali et non en sanskrit).
Le Bouddha en tant qu’être humain
Mon propos ici est de redonner une humanité au Bouddha, le comprendre en tant qu’être humain. Bien entendu, et probablement pour la plupart d’entre nous, le Bouddha était un être humain comme Jésus. Mais selon les traditions bouddhistes, notamment les traditions théravada et mahayana de l’Inde, le Bouddha n’est pas exactement un être humain. Même dans les textes les plus anciens, il est souvent décrit comme un être surnaturel, pourvu des 32 signes d’un grand homme. Il possède par exemple une langue qui peut toucher ses deux oreilles, des dents complètement rondes, de la couleur du cuivre, un pénis qui est rétracté dans son bassin, etc. C’est de cette image-là du Bouddha qu’il existe des représentations. Et non pas de celle d’un être humain. On trouve dans les Soutta certaines contradictions. Citons deux exemples tirés du Majjhima Nikaya (Majjima Nikaya : les discours Moyens du Bouddha).
Le Bouddha rencontre un brahmane très érudit qui connaît ses 32 caractéristiques. Il cherche chacune d’elles sur le corps du Bouddha et naturellement, il les trouve : les roues du dharma sont gravées dans chaque paume de ses mains et sur ses plantes de pieds.
Un autre texte raconte un épisode où le Bouddha se trouvait dans une maison où était logé un jeune moine qui ne l’avait jamais rencontré. Celui-ci ne reconnaît pas le Bouddha, ce qui veut dire que pour lui, le Bouddha était un être humain comme un autre. Les commentaires en pali ont beaucoup de difficultés à interpréter cette rencontre. Ils l’expliquent en disant qu’en effet, avant d’aller dans cette maison, le Bouddha a renoncé, grâce à ses pouvoirs magiques, aux 32 signes pour apparaître sous une forme humaine.
Cette divinisation du Bouddha n’est pas une addition tardive, c’est quelque chose qui remonte aux origines de la tradition pali theravada.
On retrouve exactement le même questionnement dans le christianisme, le conflit entre Jésus et le Christ, l’homme-Dieu. Mais il me semble qu’ici, ce problème est résolu d’une manière beaucoup plus satisfaisante. Une des différences entre le bouddhisme et le christianisme, et qui est devenue de plus en plus évidente pour moi quand j’ai travaillé sur ce livre, c’est que dans les Evangiles, ce ne sont pas simplement les enseignements que Jésus a donnés qui sont importants mais également sa vie toute entière. La vie de Jésus, c’est celle d’un homme totalement impliqué dans un monde social, politique, religieux et il est impossible de remplacer dans les Evangiles la vie de Jésus par simplement des dogmes, des doctrines ou des enseignements.
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