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Qu'est-ce que Vipassana ? - par Stephen Batchelor |
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Que veut dire vipassana ? Extrait d'un enseignement donné le 20 mars à la Maison de l'Inde, Paris, en introduction à la pratique de vipassana. Merci à Sabine Frix pour la transcription du texte. |
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1- Nous
allons méditer ensemble durant les deux prochains jours. Nous pratiquerons
la méditation assise dans cette pièce. La méditation
marchée, nous la pratiquerons soit ici, dans cette pièce,
soit à l'extérieur, selon le temps qu'il fera. |
2- Une
partie de ce mouvement de résistance et d'indépendance a
cherché à trouver des bases birmanes, bouddhiques, sur lesquelles
construire une société plus moderne. Des penseurs, des moines,
ont essayé de trouver ce qu'était (pour eux) la base, l'essence
même du bouddhisme. Ils subissaient probablement l'influence du
protestantisme missionnaire occidental. Ils ont cherché à
se désengager des aspects religieux et cultuels du bouddhisme,
et ils ont trouvé cette façon de méditer qui met
l'accent sur ce qu'on devrait plutôt appeler le "satipatthana",
les fondements de l'attention, ou de l'attention proche, mindfullness,
en anglais. Ce mouvement eut beaucoup de succès, pas seulement
parmi les moines birmans, mais aussi parmi les laïques. |
3- C'était
vraiment une tradition, une façon de pratiquer qui, dès
le début, était très intégrée dans
la vie quotidienne moderne d'un état qui essayait de devenir un
état séculier, mais basé sur ses fondations de la
pratique du bouddhisme. A partir de ce moment là, on peut parler
d'une tradition Vipassana.Le problème est que le mot vipassana
se trouve aussi dans la tradition tibétaine. Toutes les traditions
tibétaines parlent de lhaktong traduction du terme vipassana.
De la même façon, en Chine, en Corée, au Japon, on
retrouve le mot "vipassana". |
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4 - D'abord
le calme de l'esprit, qu'on peut atteindre avec la concentration, soit
sur la respiration, soit sur n'importe quel objet (dans toutes les traditions
bouddhistes, c'est la même chose). Dès que l'esprit devient
un peu plus calme, on a l'occasion de regarder, de voir, d'être
conscient de soi-même et des choses autour de soi-même d'une
façon plus claire, vive et pénétrante. La méditation,
c'est essayer de trouver cet équilibre entre le calme de l'esprit
et la vision pénétrante. C'est finalement assez simple. |
5 - sensations qu'on a dans le corps tout le temps (ça, c'est une partie de cette pratique), mais aussi à être beaucoup plus attentif dans les relations, dans les liens qu'on a avec les proches, les gens avec lesquels on travaille, tout le monde. Cette
attention, cette vigilance, c'est quelque chose qui n'est pas exclusivement
une qualité intérieure spirituelle, (spirituelle… c'est
un mot que je n'aime vraiment pas), mais c'est une façon d'être
beaucoup plus attentif, présent et calme, et je dirais aussi, ouvert
et compatissant vis à vis des autres, du monde, de la société.
Et dans ce sens là, on pourrait dire que vipassana devient
une partie assez fondamentale d'un autre mouvement qui s'appelle le bouddhisme
engagé. Le maître vietnamien Thich Nhat Hanh est
très connu pour être un des fondateurs de cette façon
de pratiquer le bouddhisme, et c'est intéressant de voir comment
il utilise ces enseignements sur la respiration (qui ne viennent pas de
sa propre tradition, le zen vietnamien), qu'il emprunte à la tradition
Theravada également présente au Vietnam. |
6 - Nous ne sommes pas, Martine et moi-même, des enseignants de vipassana dans le sens strict du terme. Notre formation est plutôt zen, surtout pour Martine. Moi j'ai d'abord été un moine gelugpa dans la tradition tibétaine du Dalaï Lama, avant de me tourner vers le zen. J'ai beaucoup pratiqué dans cette tradition et je me trouve toujours très proche de beaucoup de ses idées, mais je trouve personnellement que ce mouvement assez vague qu'est vipassana me convient bien, car il donne une certaine liberté. Son manque d'orthodoxie, son absence de dogmatisme sont pour moi très rafraîchissants. Cela donne une certaine ouverture aux possibilités d'ancrer la pratique personnelle dans une façon de penser libérale, ouverte à toutes les traditions religieuses et culturelles du monde, et pas seulement au bouddhisme. Mais c'est très difficile de savoir où ce mouvement nous mènera. Personne ne le sait. C'est une pratique qui se trouve dans une ambiance assez expérimentale, et ça aussi est assez engageant, stimulant, excitant, mais en même temps tout cela n'est pas très précis, pas très exact sur ce que sont les buts de cette façon de pratiquer. Bien sûr, il y a l'éveil et ces choses bouddhistes dont on parle tout le temps, mais l'accent est toujours mis sur la qualité de chaque moment de l'expérience, ça revient toujours à ça, à ce qu'on expérimente dans l'ici et maintenant. |
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Stephen
Batchelor voir
sa fiche
est né en Ecosse en 1953 ; il n'a que 18 ans lorsqu'il arrive à Dharamsala, en Inde, pour y étudier dans la tradition tibétaine du Dalaï-Lama. Ordonné moine en 1974, il poursuit ses études en Suisse, à Rikkon, puis au Mont-Pèlerin, sous la direction de Geshé Rabten. En 1981 il se rend en Corée pour étudier auprès de Maître Kusan Sunim, un maître zen renommé. Il y restera jusqu'à la mort du maître en 1984. En 1985, il rend ses vux et épouse Martine avant d'intégrer la communauté bouddhiste Sharpham en Angleterre. Son activité se déploie alors dans plusieurs directions : il est aumônier des prisons, co-fondateur du Sharpham College for Buddhist Studies and Contemporary inquiry, en même temps qu'il dirige des retraites au centre vipassana de Gaia House et un peu partout dans le monde. Stephen a écrit une dizaine d'ouvrages sur le bouddhisme. Il est aussi contributing editor au magazine américain Tricycle. Son livre Le bouddhisme libéré des croyances est un best-seller qui continue de susciter une vive contreverse Outre-Atlantique. |