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Textes
Choisis |
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La
Paix en Marche |
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Enseignement
donné par le Vénérable Thich Nhat Hanh le dimanche 22 octobre
2006 à la Maison de la Mutualité à Paris. Traduction de Frère
Phap Tâp et de Frère P. Khi. Merci à tous les deux. |
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Bonjour chers amis, chère Sangha,
Quand nous écoutons ensemble la cloche et respirons ensemble comme cela,
nous créons une sorte d'énergie collective très forte qui
pénètre en chacun de nous et qui facilite la guérison et
la transformation. Pratiquer dans une Sangha (une communauté de pratiquants),
c'est facile. Chacun de nous a une graine de peur dans la profondeur de sa conscience
connaissance ; le Bouddha nous invite à reconnaître cette graine
de peur en nous. Les moines, les moniales sont supposés reconnaître
cette graine chaque jour : "je dois mourir un jour, je ne peux pas échapper
à la mort. Je peux tomber malade un jour, je ne peux échapper à
la maladie. Un jour, je devrai me séparer de celui ou celle que j'aime,
c'est inéluctable". Tout ce que je peux emporter avec moi, ce
sont seulement les fruits de mes actions ; je ne peux rien emporter d'autre avec
moi : ma maison, mon compte en banque, mes diplômes... je ne peux pas emporter
ces choses-là avec moi. Cette pratique nous aide à nous familiariser
avec la vérité. Donc
si vous avez le temps de regarder... vous pouvez obtenir la compréhension
: ils ont peur, ils souffrent ; ils sont victimes de leur peur, de leur colère,
de leur haine, de leur violence ; et personne ne se trouve dans la situation de
les aider. Pour pouvoir les aider, il faut faire en sorte que cette peur soit
réduite, soit enlevée, soit transformée. Et nous savons très
bien que la peur est née des perceptions erronées ; c'est le Bouddha
qui a dit cela : "la peur est née des perceptions erronées".
Nous avons peur l'un de l'autre, c'est parce qu'il n'y a pas assez de communication
; il y a des perceptions erronées qui nous séparent ; alors il faut
faire en sorte de restaurer la communication. La peur, le terrorisme ne peuvent
pas être déracinés par les bombes ; c'est parce que la peur
et la terreur sont nés des perceptions erronées ; et on ne peut
pas enlever, détruire les perceptions erronées avec les bombes,
avec les fusils, mais seulement avec le dialogue, l'écoute profonde, la
parole aimante qui permettent seules d'aider l'autre personne à corriger
ses perceptions erronées. Quand on écoute avec compassion, quand
on pratique l'écoute profonde, on commence à comprendre pourquoi
l'autre personne souffre, l'autre personne a peur, a de la haine et du désespoir.
Et nous pouvons réaliser que cette personne-là est vraiment victime
de ses propres perceptions erronées, et on se dit : "plus tard,
j'aurai du temps pour pouvoir offrir des informations qui pourront aider cette
personne-là à corriger ses perceptions" ; vous êtes
motivés par la compassion ; vous êtes là assis tranquillement
pour écouter l'autre personne, et c'est déjà là un
acte d'amour. Et quand vous réalisez que cette personne est victime de
beaucoup de malentendus, beaucoup de perceptions erronées, vous vous promettez
que plus tard vous ferez de votre mieux pour aider cette personne à corriger
ses perceptions. Une fois les perceptions corrigées, une vue juste est
obtenue et la peur sera alors diminuée en même temps que la souffrance.
Cette personne a une conception d'elle-même, et elle a une conception de
vous, de nous ; et ces deux sortes de perceptions peuvent être erronées
; et c'est pourquoi cette personne a agi ainsi avec de la colère et de
la haine. Quand l'on écoute cette personne-là, on peut identifier
ses perceptions erronées ; et puis on peut aussi en même temps réaliser
que l'on est soi-même victime de ses propres perceptions erronées
; si l'autre personne est victime de ses perceptions erronées, moi aussi
je peux être victime des perceptions erronées. En écoutant
en profondeur comme cela, on peut réaliser qu'on a eu des perceptions erronées
sur soi-même et sur l'autre personne ; et cela nous aide à corriger
les perceptions en nous-même. Le père a des perceptions erronées
à propos de son fils, et le fils peut avoir des perceptions erronées
sur son papa ; alors tous les deux souffrent, et chacun pense qu'il est victime
de l'autre personne ; mais tous les deux sont victimes des perceptions erronées.
Si les Palestiniens et les Israélites réalisent cela : les deux
partis sont tous les deux victimes des perceptions erronées, et que tous
les deux combattent pour leur survie, alors pourquoi ne pas coopérer pour
pouvoir avoir une survie collective. Je voudrais vous dire que le bonheur n'est
jamais une chose individuelle ; la sécurité aussi, ce n'est jamais
une chose individuelle. La survie, la sécurité, ce sont des choses
collectives.
La méditation c'est l'acte de regarder en profondeur, regarder soi-même,
regarder l'autre personne ; et si on peut identifier la cause de la souffrance,
de la peur dans l'autre personne, la compassion jaillit de notre coeur ; et avec
la compassion on n'accuse plus, on souffre beaucoup moins ; on peut commencer
à regarder l'autre personne avec les yeux de la compassion ; on peut lui
parler avec une parole aimante, et ça change déjà beaucoup
de choses. Il faut donc avoir le temps pour pouvoir regarder, regarder en profondeur.
Cette pratique nous procure, nous offre de la compassion. Avec la compassion on
ne souffre plus, on peut accepter, on veut faire quelque chose pour aider, on
n'a plus cette intention de punir. Et si vous êtes animés par cette
compassion, par ce désir d'aider, alors l'autre personne va pouvoir reconnaître
cette intention, et elle aura alors moins peur de vous, et vous aurez vous-même
moins peur d'elle. Au sein de la famille, on peut pratiquer cela ; au sein de
la communauté, on peut pratiquer cela ; et entre les nations, les groupes
ethniques, on peut pratiquer cela. On peut toujours commencer avec une inspiration
profonde pour se calmer, pour apporter de la détente à notre corps.
Et lorsqu'on est détendu physiquement, on peut déjà commencer
à calmer nos sensations, nos émotions.
Et
comme on peut faire cela, on peut continuer et regarder en profondeur pour voir
les racines véritables de cette peur. Si vous avez peur de lui, il a peur
de vous ; alors vous êtes tous les deux des victimes de la peur. On peut
dialoguer pour créer une collaboration qui permette de transformer la peur
dans chaque camp. L'inter-être Donc cette sagesse montrée par le Bouddha est une pratique. Quand on regarde quelque chose, quelqu'un, on doit voir la nature de l'inter être de cette personne-là, on doit voir la nature de l'inter être de soi-même. Si vous regardez en profondeur en vous-même, vous voyez tant de choses ; vous voyez que vous n'êtes pas vraiment vous-même, vous ne pouvez pas être par vous-même, vous devez inter-être avec tous les autres. Je reconnais que mes ancêtres, non seulement mes ancêtres humains, mais encore mes ancêtres animaux, végétaux et minéraux sont en moi. Mon père et ma mère sont encore vivants dans chacune de mes cellules ; et je peux tout à fait parler à mon papa, à ma maman, c'est parce qu'ils sont encore là dans chacune de mes cellules. Essayez une fois de parler à votre papa et votre maman... Mon père, avant sa mort, a essayé de pratiquer le bouddhisme, mais il n'a pas eu autant de chance que moi ; je suis devenu moine à l'âge de seize ans. Et je suis allé très loin dans le chemin de la pratique, et je le fais pour mon papa aussi. Une fois, dans la méditation assise, j'ai dit à mon papa : "Papa, on a réussi !". Donc, quand vous faites une inspiration et vous sentez le bonheur et la paix, vous le faites aussi pour votre papa et votre maman. Quand vous faites un pas en paix, un pas avec solidité, avec liberté, avec joie, alors vous le faites pour votre maman aussi ; peut-être maman n'a pas eu l'occasion de faire des pas comme cela dans la détente pour entrer en contact avec les merveilles de la terre, du ciel, comme on l'a fait ce matin ; et maintenant on marche pour maman, on marche pour papa, on marche pour tous nos ancêtres. Imaginez, visualisez que des milliards de pieds se posent sur le sol en même temps que vous posez votre pied ; vous pouvez très bien visualiser cela. Quand vous touchez la terre avec votre pied dans la Pleine Conscience, dans la joie, tous vos ancêtres font la même chose en même temps ; c'est très gentil de votre part de permettre à vos ancêtres de marcher comme cela. Et quand je marche, je vois que ce n'est pas moi qui marche seul, c'est toute une lignée d'ancêtres qui marchent ; et la transformation, ce n'est pas pour moi seul, la transformation c'est pour tous mes ancêtres. Si vous avez eu le temps de faire des recherches sur vos ancêtres, vous verrez que ce travail-là peut vous aider beaucoup. Des générations d'ancêtres ont travaillé, ont combattu, ont pu franchir beaucoup d'obstacles pour pouvoir s'établir dans cette vie ; ils ont eu beaucoup d'expériences, ils sont déjà passés par beaucoup d'épreuves, beaucoup de souffrance, beaucoup de dureté ; et ces expériences-là, cette détermination-là sont encore en vous dans chaque cellule, dans chaque gène contenu dans votre corps. Alors vous pouvez leurs parler : "Chers ancêtres, je sais que dans le passé vous avez beaucoup souffert, vous avez beaucoup réussi aussi; et je suis très fier de vous ; à présent votre sagesse est en moi, votre courage est en moi, et je n'ai pas peur". Ainsi, avec vos ancêtres en vous, vous devenez plus forts, vous avez beaucoup plus de confiance en vous. Vous n'êtes pas quelque chose d'isolé, vous êtes toute une lignée d'ancêtres ; vous êtes forts, vous êtes muni de beaucoup d'expérience et de volonté. Alors, il n'y a pas de raison d'avoir peur ; si mes ancêtres sont parvenus à faire cela, moi aussi, au nom de mes ancêtres, je vais pouvoir surmonter les difficultés qui apparaissent sur mon chemin. Alors, l'inter-être c'est aussi le non-soi. Le
non-soi Avec la sagesse de l'inter-être, on peut produire de l'action juste, l'action qui peut protéger, qui peut aider, qui peut soutenir ; et vous savez que vous êtes aussi capables de faire cela, une action juste recommandée par le Bouddha : la pensée juste, la parole juste et l'action juste. Je vous ai dit déjà que dans la méditation quotidienne, les moines et les moniales récitent cette phrase : " Quand je meure, je ne peux rien apporter avec moi sauf mon karma, le fruit de mon karma ". Mais qu'est-ce que c'est que le karma ? Le karma, c'est la pensée, c'est la parole, c'est l'action ; une fois produits, cette pensée continue à voyager dans le monde ; une fois produite, cette parole continue à voyager dans le monde, c'est votre propre continuation. Si vous parlez d'une vie prochaine, ce sont des actes, des paroles et des pensées que nous produisons aujourd'hui, mais pas exactement prochaines, c'est parce que ces énergies que nous produisons peuvent déjà avoir un effet sur notre corps, notre esprit et le monde, on n'a pas à attendre la décomposition de ce corps. La vie future est déjà là, le futur est déjà là. Jean-Paul
Sartre a dit ceci (c'est un philosophe français) : "L'homme est
la somme de ses actes". C'est une pensée très proche du
bouddhisme. Ses actes c'est le karma ; c'est parce que le mot karma, ça
veut dire "acte" ; mais l'acte dans le bouddhisme est vu en trois termes
: pensée, parole et action. La pensée c'est une action ; la parole
c'est une action ; et le geste c'est une action aussi. On veut continuer en beauté,
et pour assurer une belle continuation, on doit faire attention à la pensée,
à la parole et aux actions que nous produisons chaque jour. Un oranger
produit des feuilles, des fleurs d'oranger et des oranges. Nous, êtres humains,
nous produisons les pensées, les paroles et les actes ; et la pratique
consiste à produire seulement des belles paroles, des paroles justes, des
idées, des pensées justes, et des actions justes. Et pour pouvoir
assurer une belle continuation, on doit y penser chaque jour : on ne produit que
les pensées justes, on ne produit que les paroles justes, et on ne produit
que l'action juste. Le non être
Il y a parmi nous ceux ou celles qui ont peur du non être. Aujourd'hui on
est quelqu'un, mais plus on ne sera plus personne. On pense à sa propre
mort. Si nous avons du temps pour regarder en profondeur, pour faire la méditation,
on verra que la naissance et la mort, ce sont des idées, des concepts qui
ne s'appliquent pas vraiment à la réalité ; et quand on pratique
bien, on a une chance de toucher notre nature propre et on perd cette sorte de
peur, la peur du non être. Regardons par exemple un nuage qui flotte dans
le ciel... Est-ce qu'un nuage peut mourir ? Est-ce qu'on peut parler de la mort
d'un nuage ? La mort... Qu'est-ce que ce que c'est que la mort ? De quelque chose
on devient rien, de quelqu'un on ne devient personne ; c'est notre idée
de la mort ; mais ça ne s'applique pas à un nuage. Pour ceux ou
celles qui pratiquent le regard profond, on sait qu'il est impossible pour un
nuage de mourir, de devenir le néant. Un nuage peut se transformer en pluie,
en grêle, en neige, mais un nuage ne peut jamais se transformer en néant.
"Rien ne se crée, rien ne se perd", c'est un scientifique
français qui a dit cela, c'est pas un bouddhiste. Donc, quand on regarde
en profondeur le nuage, on voit que la nature véritable du nuage c'est
la nature de non naissance et non mort. On se demande quelle est l'origine de
ce nuage, et on peut déjà voir avant sa manifestation en forme de
nuage que le nuage a été eau, chaleur... L'eau
dans l'océan, l'eau dans les rivières, dans les lacs, et la chaleur...
ainsi dans une vie antérieure, le nuage a été eau et chaleur
; et cette manifestation en forme de nuage, c'est seulement une continuation ;
ce n'est pas une naissance, ce n'est pas une création. Tu n'es pas une
création, tu es une manifestation ; tu peux cesser ta manifestation pour
te manifester autrement, mais tu es libre de la mort, du non être. Donc,
quand on regarde un nuage on voit sa nature propre, sa nature de non naissance
et non mort. Si vous avez quelqu'un qui vous est cher, qui vient de décéder,
il faut regarder cette personne en profondeur pour voir qu'elle n'est pas perdue,
elle est encore là dans ses nouvelles manifestations. S'il arrive que vous
tombiez amoureux d'un nuage, et si le nuage n'est plus là dans le ciel,
ne pleurez pas... C'est parce que le nuage s'est transformé en pluie, et
c'est la pluie qui vous appelle : "Chéri, chéri, je suis
encore là, tu ne me vois pas ?" Alors il faut un regard profond
pour pouvoir reconnaître votre bien-aimée, elle est toujours là
dans ses nouvelles transformations. Être
et non être Quand on perd un être bien-aimé, on pose toujours cette question : "Il est venu de quelque part, il est parti quelque part ; je ne peux pas le trouver." Essayons de poser la question à la petite flamme : "Chère petite flamme, d'où viens-tu ?... D'où viens-tu ?" Et comme on prend le temps d'écouter, on peut entendre ceci : "Cher Thây, chers amis, chère Sangha, je ne viens de nulle part ; quand les conditions sont suffisantes, je me manifeste. Cher Thây, chère Sangha, chers amis, je ne viens de nulle part ; je ne viens pas du sud, du nord, de l'est, de l'ouest; quand les conditions sont suffisantes, je me manifeste." Et on sait que la flamme a raison, il n'y a pas de venue. Votre bien-aimé également, il est venu de nulle part ; quand les conditions sont suffisantes, il se manifeste auprès de vous, et quand les conditions ne sont plus suffisantes, il cesse sa manifestation pour se manifester autrement. Chère petite flamme, où es-tu allée ? Je ne te vois plus... Où es-tu ? Et on peut entendre ceci : "Cher Thây, chère Sangha, chers amis, je ne suis partie nulle part ; je ne suis pas partie au sud, au nord, à l'est, à l'ouest, non... Quand les conditions ne sont plus suffisantes, je cesse ma manifestation pour pouvoir me manifester autrement. " Alors, cette fois-ci, on sait que la flamme a raison aussi. Alors, la personne qui vous est chère, elle est quelque part là ; il faut un oeil de sagesse pour pouvoir la reconnaître. Elle est toujours avec vous, beaucoup plus proche que vous ne pensez. Peut-être est-elle en vous, et vous pouvez très bien respirer pour elle, marcher pour elle, et prendre le petit déjeuner pour elle, pour lui ; c'est une chose possible avec le regard profond. Alors le Bouddha nous offre des pratiques, beaucoup de pratiques qui nous aident à atténuer notre peur, réduire notre peur, et finalement à la transformer totalement. Regardez une vague qui se dresse sur l'océan ; vous voyez, il y a un commencement, une fin, une montée, une descente. Et la vague a peur. La vague peut avoir des complexes de supériorité ou d'infériorité, parce qu'il y a d'autres vagues tout autour ; et la vague souffre à cause de ces complexes-là, de cette peur-là, mais une fois que la vague peut toucher sa propre nature, l'eau, alors elle perdra toute peur. Et il est possible pour la vague de se courber et de reconnaître qu'elle est faite d'eau ; l'eau c'est sa propre nature. On peut parler de la vague en terme de commencement, de fin, de montée et de descente, plus grande, plus petite, plus jolie, moins jolie, mais on ne peut pas parler de l'eau avec les mêmes termes. Alors toucher votre propre nature, c'est le but ultime de la méditation, et ce serait dommage si, dans cette vie, nous n'avions pas le temps de faire cela. Vous regardez en profondeur pour toucher votre nature propre de non naissance et de non mort. Une fois que la vague arrive à toucher l'eau, elle s'amuse en s'élevant, elle s'amuse en tombant ; elle rit tout le temps. Et nous pouvons faire la même chose avec notre soi-disant naissance et notre soi-disant mort. Et c'est pourquoi on a dit que le plus grand soulagement qu'on peut avoir avec la pratique, c'est seulement après avoir touché cette nature de non naissance et de non mort en soi. Et ceci est une invitation à la pratique. Je vais m'arrêter ici et je vais vous offrir la parole. Merci. |
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