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Textes
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Le Futur est disponible maintenant - par Maître Thich Nhât Hahn |
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Transcription
d'une conférence donnée à Bruxelles le 2 mai 2000.
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La
pleine conscience, c'est le Bouddha en personne, en vous, qui vous fournit
de la lumière. Dans la tradition chrétienne, nos amis peuvent
dire que le Saint-Esprit, c'est l'énergie de Dieu. Là où
il y a le Saint-Esprit, la vie est possible, la compréhension est
possible, l'amour est possible et la guérison est possible. Prendre refuge dans le Bouddha Dans
le Bouddhisme, on parle du refuge dans le Bouddha. « Je prends
refuge dans le Bouddha ». Je me souviens qu'André Gide a dit quelque chose de semblable en ce qui concerne Dieu. Il a dit ceci : «Dieu est bonheur et Dieu est disponible 24 heures sur 24». Donc, prendre la main de Bouddha et marcher avec lui dans la vie est une chose possible, dans la vie de chaque jour. Prendre refuge dans le Dharma Qu'est-ce
que c'est que le Dharma ? Prendre refuge dans le sangha La sangha, c'est une communauté qui pratique la pleine conscience et comme la pleine conscience est là, la compréhension mutuelle, l'harmonie, la paix, la compassion sont devenues des choses possibles. Donc, une sangha véritable, c'est une communauté qui est porteuse du Dharma vivant et du Bouddha vivant aussi. Pour moi, prendre refuge dans le Bouddha, le Dharma et la Sangha est une pratique quotidienne, ce n'est pas une expression de foi. Et ce sont des énergies qui me protègent, qui me soutiennent dans la vie quotidienne, Et en pratiquant, je cultive la solidité, la liberté et la paix en moi. Une pratique véritable, une pratique correcte est une pratique qui nous aide à générer ces sortes d'énergies en nous-mêmes. Si vous pratiquez des mois et des mois et si vous ne devenez pas plus solides. plus libres, alors il faut reconsidérer la pratique. Le Bouddha dit ceci : « Le Dharma, c'est quelque chose qui a à faire avec le moment présent» c'est-à-dire le Dharma vise à répondre à la souffrance actuelle, la cessation de la souffrance, la manifestation du bien-être. Le Dharma ne promet pas un bonheur dans le futur. Le Dharma nous aide à surmonter les difficultés du moment présent. Alors, le Dharma, c'est pour résoudre les problèmes de la vie qui existent dans le moment présent. Si un enseignement, si une pratique ne visent pas à résoudre les difficultés actuelles, ce n'est pas le Dharma véritable, Donc il faut distinguer le vrai Dharma et le faux Dharma. La
deuxième caractéristique du Dharma est « aquerica
», c'est-à-dire qui transcende le temps. On n'a pas à
pratiquer 10 ans ou 12 ans ou 20 ans pour pouvoir commencer à voir
les fruits de la pratique. Le Bouddha a dit ceci : Quand vous commencez par exemple à respirer dans la pleine conscience, vous faites une inspiration et si vous le faites bien, la pleine conscience, la concentration va se manifester immédiatement. Supposons qu'une personne est dans la dispersion totale. Son corps n'est pas là, son esprit n'est pas là. Elle est emportée par ses soucis et sa peur. Mais si cette personne commence à pratiquer : J'inspire,
je sais que j'inspire. Alors
son esprit va revenir à son corps. Et tout d'un coup, elle se sent
présente dans l'ici et le maintenant, et vraiment vivante. C'est
parce que la pratique de la respiration consciente nous apporte cette
unité de corps et d'esprit, cette concentration, et va nous permettre
d'être là pour toucher la vie en profondeur. Quand vous pratiquez la marche méditative, par exemple, chaque pas coordonné avec la respiration va vous aider à cultiver plus de solidité, plus de liberté. Et c'est la solidité et la liberté qui vont vous procurer du bonheur. Il n'y a pas de bonheur sans solidité et sans liberté. Donc, chaque pas va vous libérer de vos soucis, de votre peur, et vous pouvez toucher le Royaume de Dieu, la Terre de Bouddha avec vos pieds. Le Bouddha a dit ceci :« C'est possible de toucher le nirvana avec votre corps ». Quand
vous aimez quelqu'un, le cadeau le plus précieux que vous puissiez
lui faire, c'est votre propre présence, votre vraie présence.
J'inspire,
je me calme. J'expire, je suis Iibre J'inspire, je suis vivant J'expire,
je souris à la vie qui est en moi et autour de moi. « Mon chéri, maintenant, je suis vraiment là pour toi ». Alors,
la présence véritable d'un père, c'est une chose
magnifique. Je répète : vous ne pouvez pas aimer si vous
n'êtes pas là. Être là, c'est un art, c'est
une pratique. Vous avez seulement besoin de quelques pratiques pour ramener
votre esprit vers votre corps. Devenez totalement présent, vraiment
vivant. Et cette présence véritable, ce sera un cadeau,
le cadeau le plus magnifique pour la personne que vous aimez. « Chéri, je suis là pour toi » ça
ne coûte pas cher, c'est une chose faisable. Quand vous êtes
vraiment là, quelque chose d'autre est là aussi, c'est la
personne que vous aimez. Alors, vous Dans la tradition tibétaine, on pratique les mantras, ce sont des formules magiques qui peuvent transformer la situation. Mais cette formule magique doit être dite dans la pleine conscience, dans la parfaite concentration : « Chéri, je suis vraiment là pour toi ». Cette phrase, c'est un mantra, et si vous voulez que le mantra soit efficace, il faut vraiment vous installer dans la pleine conscience, il faut avoir vraiment de la concentration et cela va produire une amélioration tout de suite, je vous le garantis. Et quand vous êtes là, vous allez faire un autre pas et vous allez regarder la personne que vous aimez et vous récitez le deuxième mantra : « Chéri, je sais que tu es là et j'en suis très heureux ». Alors, c'est la pleine conscience en action, la pleine conscience dans l' énergie. Vous allez embrasser cette personne-là que vous aimez, dans l'énergie de la pleine conscience. Aimer, c'est reconnaître la présence de l'autre comme précieuse. Être aimé, c'est être reconnu dans l' existant. Si vous proclamez que vous aimez, mais si vous n'avez pas le temps, si vous n'avez pas assez d'attention pour le reconnaître. alors, ce n'est pas vraiment de l'amour véritable. Donc, alors avec l'énergie de la pleine conscience vous allez pouvoir reconnaître la présence de celui ou de celle que vous aimez. Et cette personne-là va s'éclore comme une fleur, va s'épanouir dans l' une fleur. Et c'est une chose instantanée. Le Dharma est quelque chose qui transcende le temps, l'efficacité est immédiate. Et la base de la pratique, vous savez, c'est l'énergie de la pleine conscience. Avec cette énergie, vous pouvez produire votre propre présence et vous pouvez reconnaître la présence de l'autre. C'est le secret de l'amour véritable. Et
quand vous êtes habité par la pleine conscience, vous êtes
dans la possibilité de reconnaître les choses qui ne vont
pas en vous-même et dans l'autre personne. Si cette personne souffre,
alors vous allez vous rendre compte de cela tout de suite. C'est parce
que vous êtes vraiment là. Vous êtes en pleine conscience.
Et si cette personne souffre, vous allez reconnaître cela tout de
Suite, la même pratique : Vous
n'avez rien fait, mais il y a déjà un soulagement, Si on
soutire et si la personne qu'on aime ne se rend pas compte de cela, on
soutire plus, on sou%e davantage. Donc, si l'autre personne reconnaît
la souffrance et lors de sa présence auprès de vous, vous
souriiez beaucoup moins tout de suite. « Chéri, je sais que tu souffres, c'est pourquoi je sais vraiment là pour toi ». Ce n'est pas une déclaration, c'est une pratique. Vous devez être vraiment là pour elle, pour lui, et c'est un art, c'est une pratique. Il faut un peu d'entraînement et l'entraînement se fait avec le soutien d'une sangha. Si vous êtes venu dans un centre de pratique - ce n'est pas une chose facile c'est parce que tout le monde, les moines, les moniales font la même chose. Pratiquer, c'est pour générer l'énergie de la pleine conscience, pour être là vraiment 24 heures sur 24 pour soi-même et pour les autres. Alors une semaine d'entraînement ou deux semaines d'entraînement peuvent déjà vous aider à prendre cette habitude, à vivre plus profondément chaque moment de votre vie quotidienne. Alors, l'amour sera quelque chose de plus vrai, de plus profond avec la pratique. Je vous ai déjà offert trois mantras très faciles à faire, à pratiquer. Le quatrième est un peu plus difficile mais je dois vous le proposer ce soir parce que peut-être, vous aurez besoin de cela un jour. C'est dans le cas où vous soufriez et que vous pensez que votre souffrance a été causée par la personne que vous aimez le plus dans le monde. C'est très difficile. Si c'était une autre personne qui avait causé cela, avait dit cela, vous auriez souffert beaucoup moins. Mais dans ce cas, ce n'est pas une autre personne, c'est la personne que vous aimez le plus au monde qui vous a fait cela, qui vous a dit cela. Donc, vous êtes grièvement blessé dans votre coeur. Vous avez pensé que c'est elle, cette personne-là qui est la source de toute votre souffrance et vous avez la tendance à vous réfugier en vous-même. Vous voulez démontrer que vous n'avez plus besoin de lui ou d'elle. C'est parce que l'amour-propre est là, vous êtes blessé et vous voulez démontrer que vous pouvez être vous-même, prendre soin de vous-même. Vous n'avez pas besoin de lui, d'elle. Si elle vient et essaye quelque chose pour vous soulager, vous l'évitez, vous dites : laisse moi seul. Alors, vous préférez souffrir seul, vous vous enfermez dans une chambre, à clef. Vous pleurez et vous n'acceptez pas l'aide de l'autre personne, la personne que vous aimez le plus dans le monde. Selon l'enseignement du Bouddha, ce n'est pas de l'amour véritable. Pourquoi ? C'est parce que l'orgueil, l'amour-propre est là comme un obstacle. Dans l'amour véritable, il faut bien enlever l'obstacle, l'orgueil et l'amour-propre. Au commencement, vous avez déjà promis de souffrir ensemble, de vous soutenir ensemble dans les moments difficiles. Alors vous souffrez, vous souffrez terriblement. Il faut que vous respectiez votre promesse. Il faut aller à lui, il faut aller à elle pour demander de l'aide. Vous ne le faites pas, c'est à cause de votre orgueil, c'est à cause de votre amour-propre. Alors, selon la pratique, il faut y aller. Il faut aller vers cette personne-là et il faut dire ceci : « Chéri, je souffre, aide-moi ». C'est
le langage de l'amour véritable. Mais est-ce que vous êtes
capable de faire une chose comme cela? Il faut quelque entraînement.
. . Et si vous pouvez le dire dans ces termes là, alors l'autre personne va se transformer très vite, elle va essayer de vous expliquer et, comme cela, l'amour véritable va fonctionner. Dans
mon pays, on parle de la tragédie d'un couple qui s'appelle Monsieur
Turn et Madame Turn. Ils sont jeunes et le mari est appelé dans
l'armée. Il va à la guerre. Il laisse sa femme très
jeune à la maison, enceinte. Et trois ans après, on annonce
son retour. La jeune femme est allée au portail du village pour
l'accueillir, avec le petit garçon. Alors, le petit garçon,
c'est la première fois qu'il voit son papa et le jeune homme aussi,
c'est la première fois qu'il voit son garçon. Ils ont pleuré
beaucoup de larmes de joie et puis, selon la coutume, on va offrir quelque
chose sur l'autel des ancêtres, pour annoncer aux ancêtres
la bonne nouvelle : le retour du fils. Alors, la jeune femme est envoyée
au marché pour acheter des provisions, afin de préparer
cette offrande et le jeune papa a essayé de convaincre son petit
garçon de l'appeler papa. Mais celui-ci a réalisé
: « Chéri, je souffre, il faut que tu m'aides ». C'est
une pratique très simple mais très importante. Cela va vous
sauver; . Cela va sauver aussi vos enfants d'une tragédie. Ces
pratiques sont très simples et la base, c'est la pratique de la
pleine conscience. « Ce qui nous arrive, ce qui vous est arrivé, si vous pouvez regarder profondément dans sa nature et identifier la source qui l'a amené à vous, alors vous êtes déjà sur le chemin de la libération, le chemin de l'émancipation ». Je répète, ce qui vous est arrivé, si vous pouvez regarder profondément dans sa nature et identifier la source qui l'a amené à vous, alors vous êtes déjà sur le chemin de l'émancipation. Le Bouddha a dit, il parle en termes de nourriture: « Rien ne peut survivre sans nourriture », y compris votre douleur, votre angoisse, votre dépression. Vous avez vécu de telle sorte qu'une dépression soit possible. Alors, regardez profondément dans la dépression et identifiez la source d'alimentation. Vous avez vécu de telle sorte qui a rendu cette dépression possible; vous avez regardé, vous avez écouté, vous avez changé, vous avez réfléchi, le contenu de tout cela a pu être hautement toxique. La consommation réfléchie, c'est la pratique de la pleine conscience. Le Bouddha, je vous le répète, a dit : « Rien ne peut survivre sans nourriture ». Alors pratiquez la pleine conscience de la consommation pendant quelques semaines. Il faut savoir refuser d'ingérer dans votre corps, dans votre conscience, des éléments toxiques. C'est couper la source de nourriture qui a alimenté votre souffrance, votre dépression. Et si vous pouvez consommer dans la pleine conscience pendant quelques semaines, pendant quelques mois, alors vous verrez que cette dépression-là, cette douleur-là va se désintégrer peu à peu. Et, avec une sangha, avec une communauté de pratique, vous avez des surs, des frères qui pratiquent, qui peuvent vous renseigner sur votre situation. Alors, la lumière est sur votre situation et offerte par le regard profond des autres aussi, en même temps. Alors, vous pouvez voir clairement le chemin de la cessation de la douleur. Dans le Bouddhisme, on parle des quatre nobles vérités. La première vérité noble, c'est la souffrance. La souffrance est noble. C'est parce que si l'on essaye de s'enfuir de la souffrance, alors on n'a pas de chance de comprendre la souffrance ! Une compréhension profonde de la souffrance va ouvrir le chemin de la guérison, de la cessation.Donc la nature de la souffrance, la cause profonde de la souffrance, c'est la deuxième vérité sainte. Mais il faut que la souffrance soit là et il faut regarder la souffrance en face et en profondeur pour pouvoir découvrir la deuxième vérité: la nature, les causes profondes de cette souffrance, en termes de nourriture. Et puis, si l'on peut identifier la source de nourriture, alors, on va pouvoir voir le chemin mène à la cessation de la souffrance, c'est la quatrième vérité. Et si l'on suit ce chemin-là, on va arriver à la cessation complète de la souffrance, c'est la troisième vérité noble, c'est simple ! Les vérités bouddhiques ont une nature thérapeutique. Mes chers amis, avec la pratique de la pleine conscience dans la vie quotidienne, on va pouvoir réduire l'énergie de la violence en nous, de la colère en nous, On va pouvoir générer l'énergie de la paix, de l'harmonie, de la compassion en nous. Et c'est absolument nécessaire de jeter un coup d'oeil sur la situation de notre propre personne. Nous sommes faits avec les éléments appelés formes, sensations, perceptions, formations mentales et conscience, connaissance. La pleine conscience va nous aider à retourner à nous-mêmes, pour regarder, pour voir ce qui doit être fait afin que l'harmonie soit rétablie, la paix soit rétablie en nous-mêmes. Sans
la pleine conscience, on a peur de retourner à soi-même,
c'est parce qu' on ne veut pas être confronté à des
blocs de souffrance en soi. Mais avec la pratique de la pleine conscience,
on est armé, on aura plus de force pour pouvoir rentrer et prendre
soin de la situation chez soi. Quand on est en guerre avec une autre personne
ou avec la famille ou avec la société, cela peut être
parce qu'il y a déjà une guerre en soi-même. Si vous
avez déjà une guerre en vous, alors ce sera très
facile de déclencher une guerre avec une autre personne.
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Thich
Nhat Hanh
Après sa conférence Thich Nhât Hahn signale que l'Assemblée Générale des Nations Unies a proclamé l'année 2000, une année internationale de culture et de paix, L'UNESCO est l'organe de coordination. La première décennie du troisième millénaire de 2001 à 2010 est consacrée à la non-violence et la paix pour les enfants du monde. Il demande à tous de souscrire au manifeste pour la paix dont il lit les articles, Vivre en Pleine Conscience. « Leven in Aandacht » a organisé cette conférence et représente Thich Nhât Hahn en Belgique, Van Schoonbeekstraat 39 B - 2018 Anvers Tél- Fax 00 32 (0) 3 257 25 98 |