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Introduction
Dans
le bouddhisme on parle de salut par la connaissance. Cette connaissance
compréhension, prajna, est le fruit de la méditation.
Quand on pratique le regard profond (vipassana) dirigé vers le
coeur de la réalité. On pratique la résurrection
à chaque instant. Le seul moment où l'on est vivant, où
l'on peut toucher la vie, C'est le moment présent , l'ici et maintenant.
La pleine conscience est l'énergie du Bouddha.
Il faut s'entraîner par la pratique de la respiration consciente
pour faire naître l'énergie de la pleine conscience et la
maintenir vivante. Cette énergie-là nous éclaire,
nous permet d'être concentré et d'être vraiment là
; elle nous permet aussi de regarder profondément dans le coeur
des choses. Et de ce regard profond naît la vision profonde ; la
pleine conscience amène la compréhension, l'amour et aussi
la libération de la douleur.
La graine de la pleine conscience est le bébé Bouddha qui
est en nous. Il faut lui donner tout notre amour, car cette précieuse
graine peut être enfouie très profondément sous plusieurs
couches de souffrance et de douleur. Dans la pratique, nous commençons
par rechercher, par identifier et par toucher cette graine de la pleine
conscience que tout le monde possède. Nous avons cette graine en
nous. Quand nous buvons de l'eau, si nous sommes présent au fait
que nous sommes en train de boire de l'eau, l'énergie de la pleine
conscience est là. La pleine conscience est l'énergie qui
nous permet d'être conscient de ce qui se passe dans le moment présent.
Il n'y a que de la tendresse.
Si vous inspirez et que vous savez que vous inspirez, alors la pleine
conscience est là, la pleine conscience de Satipattana, ou Sutra
de la respiration consciente. Quand nous sommes en colère et que
nous savons que nous sommes en colère, la pleine conscience est
là. La colère est une énergie ; la pleine conscience
en est une autre. Et cette deuxième sorte d'énergie va se
manifester pour prendre soin de notre colère comme une maman va
prendre soin de son petit enfant. Il n'y a pas de combat contre la colère.
La pratique de la méditation c'est être conscient de la
douleur.
Donc chaque fois qu'une énergie négative apparaît,
comme la jalousie, le désespoir ou la peur, alors la pleine conscience
doit se manifester pour prendre bien soin de cette énergie négative.
Si vous ne voulez pas que cette énergie vous détruise, touchez
la graine de la pleine conscience et invitez-la à s'épanouir
; embrassez tendrement votre douleur. Quand une maman entend son bébé
crier, elle pose ce qu'elle est en train de faire, elle entre dans la
chambre et prend le bébé. Une maman sait ce qu'est l'énergie
de la pleine conscience ; dès le moment où l'enfant est
dans ses bras, cette énergie de sagesse commence déjà
à pénétrer son corps. La maman ne sait pas encore
ce qui ne va pas avec le bébé, mais par sa présence,
il obtient déjà un soulagement. Ensuite la maman naturellement
pratique le regard profond et il lui faut seulement deux ou trois minutes
pour se rendre compte de ce qui ne va pas avec le bébé :
peut-être que ce sont les couches, peut-être que le bébé
a une petite fièvre, peut-être qu'il a faim. Alors la compréhension
vient et la maman peut transformer la situation.
C'est la même chose avec la méditation. Quand nous avons
une douleur en nous, la première chose est de générer
l'énergie de la pleine conscience pour embrasser et prendre soin
de cette douleur, pour générer de l'amour, de la tendresse
et de la compassion. Si vous regardez profondément dans la nature
de votre colère, vous découvrirez sa vraie nature. Cette
découverte et cette compréhension vous libéreront
de votre douleur. Et il faut prendre l'habitude de pratiquer cela, non
seulement avec la colère, mais aussi avec les autres émotions
comme le désespoir, la peur...
On a peur de la vie, on a peur surtout de la mort.
Le Bouddha nous a recommandé de méditer comme ceci en ce
qui concerne la peur.
"J'inspire, je sais que je vais mourir ;
j'expire, je sais que personne ne peut échapper à cette
nature,
je sais que personne ne peut échapper à la mort."
Le Bouddha nous a enseigné cela parce qu'il sait bien que cette
graine de la peur est enfouie très profondément en nous
et que nous ne voulons pas qu'elle se manifeste parce que ça fait
mal.
On a peur de la peur.
Nous cherchons donc à la rejeter. Nous cherchons à refouler
la peur en invitant d'autres émotions pour occuper l'espace afin
que cette énergie de peur ne puisse pas émerger. On allume
la télé, pourquoi ? On lit des romans, pourquoi ? On parle
au téléphone, pourquoi ? Souvent seulement pour empêcher
la douleur de se manifester. C'est une politique de refoulement et de
répression. nous pratiquons un embargo sur les graines négatives
qui sont en nous, et créons ainsi une situation de mauvaise circulation
d'énergie. Par exemple, nous savons que parfois le sang ne circule
pas bien dans notre corps et que cela nous crée des douleurs comme
les maux de têtes ; nous faisons alors des massages pour accélérer
la circulation ou prenons des remèdes qui nous soulagent. La même
chose est vraie en ce qui concerne nos peurs. Si on pratique une politique
de répression, de refoulement, alors on crée une situation
de mauvaise circulation des formations mentales telles que la peur, la
colère, le désespoir ou la souffrance ; et quand ces choses
ne circulent pas bien dans notre âme, dans notre conscience, alors
émergent les signes de troubles nerveux ou de stress profond et
une dépression risque de commencer. Il ne faut pas pratiquer une
politique d'embargo. Il faut ouvrir la porte pour que nos souffrances
puissent se manifester.

Thich Nhat Hanh sur la grande scène de la Mutualité
Mais
nous avons peur de la souffrance. Nous ne devons pas en avoir peur car
nous possédons cette énergie de la pleine conscience qui
peut prendre soin de notre douleur comme d'un petit enfant. Chaque fois
que la douleur se manifeste il faut lui souhaiter la bienvenue ; nous
sommes vraiment là pour elle, nous devons l'embrasser,
"Chéri, je suis là pour toi. . . "
L'énergie de la pleine conscience est là pour embrasser
la souffrance.
La porte va s'ouvrir et les formations mentales pourront alors circuler
librement ; si vous pratiquez cela pendant quelques semaines vous aurez
alors une situation de bonne circulation de votre psyché. C'est
pourquoi le Bouddha nous a enseigné d'inviter la colère.
Il n'y a pas de combat entre le bien et le mal, il y a seulement besoin
d'un peu d'amour pour découvrir cet état.
Il faut apprendre l'art de transformer le compost en fleur.
Dans
la méditation nous devons observer et agir dans la non-dualité.
Les déchets, les ordures du mental peuvent toujours être
transformés en leurs de compassion, d'amour et de paix. Notre conscience
est quelque chose de vivant, de nature organique. Il y a toujours les
déchets comme il y a toujours les fleurs en nous. Le jardinier
qui pratique l'art de la culture biologique tâche de conserver les
déchets parce qu'il peut les transformer en compost et le compost
en fleur. Ce jardinier qui regarde un tas d'ordures voit déjà
les légumes et les fleurs. Donc on ne jette rien et un peu de pratique
et de temps suffisent pour transformer le tas d'ordures en compost. Et
dans le compost on peut voir des fleurs. Donc conservez vos énergies
négatives, conservez votre souffrance, vous allez en avoir besoin.
Regardez une fleur ; la fleur est belle, elle est parfumée, le
fleur est saine. Si vous la regardez profondément vous pouvez déjà
voir les ordures et le compost qui sont en elle. Nous pouvons dès
maintenant voir des fleurs dans nos colères, nos ordures et nos
déchets. La même chose est vraie avec nos formations mentales
: il y a des fleurs comme la foi, l'aspiration, la compréhension
ou l'amour, mais il y a aussi des déchets comme la peur, le doute
ou la douleur. C'est le principe de non-dualité qui est en nous.
Si une personne n'a pas souffert, cette personne-là ne peut jamais
connaÎtre le bonheur. Si une personne ne sait pas ce qu'est la faim,
elle ne peut jamais connaÎtre la joie de manger chaque jour. La
souffrance est une condition de compréhension de notre bonheur.
Il faut donc savoir apprendre de la souffrance, il faut savoir se servir
de la souffrance pour toucher l'énergie de la compassion, de l'amour,
de la compréhension. La méditation est la pratique de la
non-violence, de la non-dualité. Si je sais que l'amour c'est moi
et que la douleur c'est aussi moi, que la compréhension c'est moi
et que la souffrance aussi, alors je vais en prendre soin. Je ne vais
pas supprimer ma souffrance parce que je sais que je peux la transformer
en fleur. La fleur existe parce que la souffrance est là.
Ceci existe parce que cela est...
Le Bouddha a dit. "Ceci étant, cela est." Donc il n'y
aura pas de combat ni de violence contre un élément de notre
être. Il faut seulement prendre soin de nous-mêmes, transformer
notre souffrance et avoir une attitude non violente vis-à-vis de
notre douleur, de nous-mêmes et de notre corps. Nous devons faire
cela, non seulement avec nos formations mentales mais aussi pratiquer
exactement de la même façon envers notre corps
"J'inspire, je suis conscient de mes yeux,
j'expire, je souris à mes yeux. . . "
Et nos yeux deviennent l'objet de notre pleine conscience. Quand nous
pratiquons ainsi nous commençons à faire la paix avec nous-même
parce que nous commençons à comprendre la nature de nos
yeux.
Le
paradis des formes et des couleurs nous est offert.
Si
nous continuons à pratiquer ainsi pendant quelques minutes, nous
découvrirons que nos yeux sont une des conditions de base pour
notre bonheur. C'est une chose merveilleuse. Nous n'avons qu'à
ouvrir les yeux pour voir le ciel bleu, les nuages blancs, les fleurs
de cerisiers, le coucher du soleil, le visage de notre enfant. Avec des
yeux en bon état, le paradis des formes et des couleurs nous est
offert. Il y a des gens qui ont perdu la vue et pour eux la retrouver
serait un paradis ; et nous qui avons des yeux, nous oublions cela. Vos
yeux sont déjà une des conditions de base de votre bonheur.
Et la pleine conscience suffit à toucher une de ces conditions-là.
Nous pouvons pratiquer cela avec chaque partie de notre corps.
La pleine conscience, c'est la lumière du Bouddha.
Si
nous continuons, nous verrons que notre corps est aussi une des conditions
de base de notre bien-être. Notre corps fonctionne normalement pour
notre bien-être, il travaille nuit et jour pour nous préserver
vivant et nous, pendant ce temps-Ià, nous avons le temps de dormir,
de méditer, etc. D'instant en instant notre coeur irrigue toutes
les cellules de notre corps, sans relâche. Et pourtant nous n'avons
pas beaucoup d'attention ni de gestes amicaux envers lui ; il faut retourner
vers notre corps. En méditant comme cela nous aurons de la sagesse,
de la compréhension et de la compassion envers nous-même.
Et cette sagesse nous dictera la conduite, la manière juste de
diriger notre vie quotidienne.
Le Bouddha nous a conseillé de pratiquer le toucher profond envers
chaque partie de notre corps. Nous pouvons balayer graduellement tout
notre corps avec l'énergie de la pleine conscience. Et le rayon
n'est pas X, c'est la pleine conscience, c'est là lumière
du Bouddha. Il faut balayer notre corps tout entier, profondément,
pour pouvoir le réveiller et faire la paix ; pour nous réconcilier
avec lui. Dans le bouddhisme on pratique les cinq, les dix ou les deux
cent-cinquante préceptes parce qu'ainsi nous pratiquons le regard
profond. Et les préceptes nous protègent de notre souffrance.
Si vous pensez que les préceptes limitent votre liberté,
vous avez tort : ils garantissent votre liberté. Quand nous touchons
notre corps avec la pleine conscience nous commençons à
l'entendre, et le message qui nous est envoyé est très important,
mais parce que nous ne sommes pas là, le message n'arrive pas.
Il faut être là et le toucher profond peut nous révéler
la situation exacte de notre corps ; si nous recevons ce message nous
cesserons toute conduite malsaine.
Sans la pleine conscience, nous vivons comme des morts.
Nous
sommes tous des rois et des reines et notre territoire est extrêmement
vaste ; nous régnons sur le domaine des cinq éléments.
Et c'est la pleine conscience de notre douleur qui peut nous aider à
surveiller notre territoire pour voir ce qui arrive, pour reconnaÎtre
les graines du conflit, les graines de la souffrance et de la dualité.
Et c'est seulement avec une vue aussi vaste de notre territoire que nous
ferons ce qu'il faut afin de rester roi et reine de ce domaine de la forme,
des sensations, des perceptions, des formations mentales et de la conscience.
Chaque fois que la pleine conscience naît, nous naissons encore
une fois dans la Terre de Bouddha, dans le royaume de Bouddha. Nous redevenons
vivant parce que nous touchons le moment présent.
Pratiquer la pleine conscience c'est ramener corps et esprit vers le moment
présent et chaque fois que l'on pratique cela on redevient vivant.
Si on jette un regard autour de nous on peut voir les gens qui vivent
comme des morts. J'utilise une phrase d'Albert Camus. "II vit comme
un mort." Il y a des milliers de gens qui circulent autour de nous,
transportant leur propre cadavre.
Nous n'avons pas besoin de beaucoup de temps. Une fraction de seconde
suffit pour revenir à la vie, parce qu'être vivant c'est
être là, dans le moment présent, dans l'ici et le
maintenant ; et cela est possible avec une seule respiration consciente.
Respire,
tu es vivant...
Avec la méditation, on pratique la résurrection à
chaque instant. C'est la pratique de vivre au quotidien. Il ne faut pas
se perdre dans le passé ni dans le futur. Le seul moment où
l'on est vivant, ou l'on peut toucher la vie, c'est le moment présent,
l'ici et maintenant.
Quand nous pratiquons la méditation marchée, chaque pas
nous ramène au moment présent. Quand on marche sans la pleine
conscience on sacrifie le présent pour une destination... quelque
part... On ne vit pas ; on vit comme un mort. Quand on parle de destination
on pourrait se demander quelle est notre destination finale ? Peut-être
le cimetière ! Pourquoi on se hâte toujours pour rien ? La
vie n'est pas là, la vie n'est pas dans cette direction... La vie
est juste dans chaque pas. Il faut marcher de telle sorte que la vie soit
possible à chaque pas. Et c'est ce que nous devons pratiquer à
chaque instant. Marcher comme une personne libre, de telle sorte que le
royaume de Dieu soit possible dans l'ici et le maintenant. Marcher de
telle sorte que la paix, la joie soient possibles ici, que la terre pure
soit disponible sous nos pieds.
Arrêtez d'attendre pour pouvoir vivre.
Ce que l'on arrête en premier c'est l'attente ; quand nous contemplons
la pleine lune, si nous pensons, alors la pleine lune n'est pas vraiment
là, et nous ne sommes pas là non plus. L'attente nous empêche
de vivre chaque moment de notre vie quotidienne d'une manière profonde.
Quand on regarde la lune, on regarde seulement la lune, c'est la méditation.
L'attente nous empêche de toucher la vie profondément : "Je
pense donc je ne suis pas vraiment là."
La méditation nous aide à toucher la non-peur.
Et le plus grand soulagement obtenu, c'est quand vous pouvez toucher le
nirvana, quand la non-peur est devenue quelque chose de la vie de chaque
jour. Nous avons une grande peur en nous ; nous avons peur de tout, nous
avons peur de notre mort, de notre solitude, nous avons peur d'être
abandonnés, nous avons peur du changement. . . Et c'est seulement
grâce à la non-peur que nous pourrons expérimenter
le soulagement total, le nirvana total.
Le nirvana, qu'est-ce que c'est ? le nirvana, c'est la fondation de notre
être. C'est la base de l'être comme l'eau est la base des
vagues. Nous sommes les vagues. Au début nous croyons que nous
avons un commencement et une fin, une naissance et une mort et nous pouvons
penser, nous pouvons croire qu'avant notre naissance nous n'étions
pas là ; qu'avant la naissance est le non-être, qu'après
la naissance est l'être, et qu'après la mort nous redevenons
non-être. Regardons ensemble dans cette direction, regardons profondément
la vague qui descend et qui monte. La vague vit sa vie de vague mais elle
peut vivre la vie de l'eau en même temps. Si la vague se penche
vers son fondement et touche sa substance qui est l'eau alors survient
la non-peur : le nirvana total.

Les nones et les moines du Village des Pruniers sur
la scène de la Mutualité (1996)
Naissance
et mort ne peuvent pas toucher le bodhisattva.
Nous vivons avec des concepts tels que naissance, mort, être, non-être,
unité, pluralité mais nous n'avons eu ni la chance ni l'occasion
de toucher la fondation de notre être qu'est nirvana. On peut traduire
nirvana par extinction. Mais extinction de quoi ? Extinction, cela veut
dire tout d'abord extinction de toutes les naissances, y compris celle
du nirvana, du moi, de l'être, ou du non-être. La mort et
la naissance ne peuvent pas toucher la vague une fois que celle-ci est
redevenue de l'eau. Les concepts, les notions telles que naissance, mort,
être, non-être ne peuvent pas toucher l'eau. L'eau ne peut
pas être décrite et ses qualités ne sont pas exprimables.
Donc quand nous parlons de naissance et de mort, d'être et de non-être,
nous parlons en terme de phénomènes. Dans le bouddhisme
on appelle cela la dimension historique. Quand nous parlons des vagues
nous sommes dans la dimension historique, mais quand nous parlons de l'eau
nous sommes dans la dimension ultime. Et dans la dimension ultime nous
ne pouvons parler de naissance et de mort, d'être et de non-être.
Quand je touche du papier profondément, je touche un nuage
Si nous regardons profondément dans la nature du papier, que voyons-nous
? Nous pouvons d'abord voir un nuage. Parce que sans nuage il n'y aurait
pas de pluie et les arbres ne pourraient pas pousser. Donc quand je touche
du papier profondément, je touche un nuage. Et quoi encore ? Il
y a du soleil, parce que sans soleil les arbres ne peuvent pas pousser,
et il y a aussi la terre. Si nous continuons à pratiquer le regard
profond dirigé vers la feuille de papier, nous pouvons voir le
cosmos entier.
Alors nous pouvons nous demander quelle est la nature de cette feuille
de papier ? Est-ce qu'avant de naÎtre la feuille de papier était
le non-être ou est-ce que la feuille de papier est de la nature
du nuage ? Dans le bouddhisme on enseigne que cette feuille de papier
est libre de la naissance et libre de la mort. Avant d'être feuille
de papier elle avait une autre forme comme nuage, comme soleil, comme
terre, comme arbre. La feuille de papier est seulement une forme constituée
des cinq éléments.
Nous aussi avant de naÎtre avions déjà une forme,
une autre forme. Le moment où la feuille de papier est née
n'est pas vraiment le moment de la naissance. C'est juste un moment de
continuité. Quand le papier meurt, il ne redevient pas le rien
; le papier devient quelque chose d'autre comme un nuage, comme la pluie...
La pluie est la continuité du nuage.
"Rien ne se perd, rien ne se crée..."
Lavoisier n'était pas bouddhiste mais il a pratiqué le regard
profond dirigé vers la nature des choses. Il a découvert
la même chose : il n'y a pas de vraie naissance, il n'y a pas de
vraie mort. Sans naissance, il n'y a pas de mort, il n'y a que transformation
et continuité. C'est ce qu'on trouve dans le Sutra du Coeur, l'essence
de la Prajnaparamita.
Nous avons tous peur de mourir. Mais est-ce que le papier peut mourir?
Prenons des allumettes et regardons avec toute notre pleine conscience
pour voir si nous pouvons réduire le papier au néant, au
non-être. Est-ce que vous avez vu la fumée ? La feuille de
papier est devenue une partie d'un nuage. Peut-être qu'une prochaine
rencontre avec la feuille de papier aura lieu sous la forme de pluie ou
d'eau ? Donc : au revoir et à bientôt ! Une partie du papier
est devenue une énergie de chaleur, elle a déjà pénétré
le cosmos et chacun d'entre nous. Et les cendres, un moine les déposera
dans un parc et peut-être que dans quelques mois elles se transformeront
en petites fleurs. . . Donc le morceau de papier est déjà
en voyage. Et ce n'est pas facile de pouvoir suivre quelque chose comme
les allées et venues d'une feuille de papier. La même chose
est vraie avec nous.
Notre vraie nature est non-naissance et non-mort
Quand un maÎtre Zen vous demande :
"Quel était votre visage avant que votre grand-mère
soit née ?",
c'est une invitation vers un voyage très profond à la découverte
de votre vraie nature. Notre vraie nature est la non naissance et la non-mort.
Nous sommes libres, nous ne sommes pas pris dans la naissance et dans
la mort car naissance et mort ne sont que des notions que nous utilisons
pour emprisonner la réalité.
Le Bouddha a déclaré ceci : "II n'y a pas de monde,
pas de naissance, pas de mort, pas d'être, pas de non-être,
pas de haut ni de bas..." Si ce monde-là n'est pas là
comment les mondes de la naissance et de la mort, de l'être et du
non-être, peuvent-ils être quelque chose de réel ?II
a parlé de la dimension ultime, il a parlé de l'eau mais
en a juste dit quelques mots car en ce qui concerne l'ultime nous ne pouvons
pas utiliser des concepts ou des mots. Nirvana ne peut pas être
décrit avec des concepts et des mots comme être ou non-être.
Quand on parle de Dieu, de la mort de Dieu, cela revient à dire
qu'il faut que la notion de Dieu soit morte pour que Dieu touche la vie.
La même chose est vraie avec le nirvana. Les théologiens
érudits qui ne se servent que de notions, de concepts et de mots
et non de l'expérience directe ne sont pas très utiles.
Il faut tuer la notion de Bouddha pour que le vrai Bouddha puisse se révéler.
Le nirvana est à toucher, à vivre et non pas à décrire.
Les notions, les concepts déforment la réalité de
l'ultime. . . Le Bouddha est une chose, la notion de Bouddha en est une
autre. Un maÎtre Zen a dit ceci :
"Si vous rencontrez le Bouddha sur votre route, vous devez le tuer...
"
La même chose est vraie en ce qui concerne les concepts de naissance
et de mort. La peur naÎt de notre ignorance, de nos concepts concernant
la vie et la mort. Si nous pouvons nous débarrasser de tous ces
concepts en touchant la réalité en soi, alors la non-peur
sera là, le grand soulagement et le grand amour seront chose possible.
Il faut transcender la naissance et la mort, il faut se débarrasser
de ces notions parce qu'elles sont un obstacle à la réalité.
. . Ces notions ne peuvent pas être appliquées au monde non-né,
au monde non-mort.
Le nirvana n'est pas quelque chose que nous devons rechercher parce que
nous sommes déjà le nirvana comme la vague est déjà
l'eau. . La vague n'a pas à rechercher l'eau parce que l'eau est
la substance même de la vague. Il nous faut vivre profondément
puis toucher le nirvana, le monde de la non-naissance, de la non-mort,
le monde de la non-dualité et toute notre peur sera embrassée
par cette connaissance directe de notre vraie nature.
Etre ou ne pas être, là n'est pas vraiment la question...
La vraie question est d'avoir assez de concentration, assez de pleine
conscience pour pouvoir trouver la base de l'être, le nirvana. Et
c'est pourquoi nous devons faire en sorte que la pratique de la méditation,
de la pleine conscience soit la chose de la vie quotidienne. Quand nous
mangeons, quand nous buvons, quand nous marchons, nous pouvons toujours
pratiquer le calme, la concentration, le regard profond et un jour nous
pouvons toucher la réalité ultime de l'être.
la vie est une éternité.
Méditer c'est générer l'énergie de la pleine
conscience pour que la vie soit là comme une éternité
et il faut vivre ces moments dans la vie quotidienne. Il faut s'entraÎner
un petit peu pour que la méditation devienne la vie quotidienne.
On inspire, on expire, on pratique la paix, et on revient chez soi, dans
sa vraie demeure, dans l'ici et le maintenant ; on revient au moment présent
pour toucher la Terre, toucher notre territoire. Si tout le monde pratiquait
cela alors le monde deviendrait un monde de calme et de paix.
Nous devons nous entraîner chaque jour à cultiver cette pleine
conscience. Et il faut des amis, des frères et soeurs dans le dharma
pour pouvoir apprendre cela facilement. C'est pourquoi on prend refuge
en la sangha, car pour pouvoir être initié à la pratique,
il nous faut un soutien c'est-à-dire une communauté de pratique.
Dans ma tradition on dit qu'un pratiquant qui quitte sa sangha est comme
un tigre qui a quitté sa montagne pour descendre dans la plaine
; le tigre qui va dans la plaine sera tué par les hommes. . . Si
l'on pratique la méditation sans prendre refuge dans une communauté
de pratique, alors on abandonnera sa pratique au bout de quelques mois.
Je vous souhaite à tous, mes amis, d'avoir un frère ou une
soeur qui pratique sérieusement le dharma, peut-être aussi
un maÎtre spirituel qui possède la solidité de la
joie, de la liberté, de la compréhension profonde. Alors
la pratique sera beaucoup plus agréable.
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