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Nous
avons tous un grand besoin d'amour. Notre survie en dépend, ainsi
probablement que le destin de notre planète la Terre. Il est écrit
que le prochain bouddha sera Maitreya, le bouddha de l'amour. Mais d'après
moi, plutôt que de se manifester sous la forme d'un être physique,
Maitreya pourrait se manifester sous la forme d'une communauté
montrant le chemin de l'amour et de la compassion.
A la base de l'amour il y a la pleine conscience. Impossible d'aimer sans
être pleinement conscient, sans être présent.
Apprendre à être présent peut sembler facile, mais
à moins de s'y être entraîné, c'est difficile.
Nous vivons dans l'oubli depuis des milliers d'années et on ne
change pas d'habitude facilement. Pourtant notre rencontre profonde avec
la vie n'est possible que dans l'instant présent. Pour y parvenir,
il nous faut un soutien, et ce soutien c'est le Sangha, la communauté
de ceux qui pratiquent la voie.
Dans les milieux bouddhistes on parle du Buddhakaya (le corps du Bouddha),
du Dharmakaya (le corps du Dharma), mais on parle rarement du Sanghakaya
(le corps du Sangha). En tant que pratiquants nous portons en nous le
corps du Bouddha. Le corps du Bouddha est la pleine conscience. La pleine
conscience apporte la concentration, la vision profonde (vipassana) et
l'amour. Une fois que nous possédons ces qualités, nous
sommes habités par le corps du Bouddha. La pleine conscience est
quelque chose de très concret : nous pouvons la toucher du doigt
en nous-mêmes.
Le Dharma est la voie de la paix, de la guérison, de la transformation
et du regard profond (de la vision pénétrante, vipassana).
Quand nous marchons en pleine conscience, le Corps du Dharma nous habite.
A chaque pas tranquille, conscient, à chaque inspiration consciente,
le corps du Bouddha et celui du Dharma grandissent en nous.
Le Sangha est un joyau tout aussi important que le Bouddha et le Dharma.
Faites de la construction du Sangha votre pratique. N'abandonnez pas votre
Sangha. Sans un corps de Sangha, tôt ou tard vous renoncerez à
la pratique. Prenez refuge dans le Bouddha, le Dharma et le Sangha. Le
Sangha porte en lui le Bouddha et le Dharma.
Nous devons apprendre à soigner notre corps de Sangha. Nous le
nourrissons en pratiquant profondément avec des amis. Nous savons
que telle nourriture est nocive pour nous, pourtant nous continuons à
l'absorber. Seuls, nous sommes tentés. Mais, entourés de
notre Sangha, changer nos habitudes devient facile.
Le Sangha est comme un courant de vie s'acheminant vers l'émancipation,
la joie et la paix. La seule condition nécessaire à votre
entrée dans le courant du Sangha est votre pratique. Vous obtiendrez
ainsi l'état de "celui qui est entré dans la courant"
(Sotapanna), tel qu'il est nommé dans les écritures bouddhiques.
Si vous voulez pratiquer joyeusement, construisez un Sangha là
où vous vivez. Le Sangha sera votre protection. C'est le radeau
qui vous conduira sur l'autre rive, la libération. Sans Sangha,
votre pratique échouera, même si vous êtes animé
des meilleures intentions. "Je prends refuge dans le Sangha"
n'est pas une profession de foi, c'est une pratique quotidienne.

Si l'amour est présent entre le maître et l'élève
et parmi les élèves eux-mêmes, la pratique s'enracinera
dans le Sangha. Lorsque j'ai pris l'ordination de moine, j'ai reçu
beaucoup d'amour de la part de mon maître et de mes camarades moines.
Plus tard, j'ai dû quitter la douillette atmosphère du temple
et j'ai été confronté à de nombreuses tempêtes.
Mais grâce aux puissantes racines qui avaient grandi en moi pendant
mon apprentissage au temple, j'ai pu continuer la pratique sans fléchir.
Aujourd'hui, beaucoup de gens sont coupés de leurs racines familiales,
de leur communauté et de leur église et ils ne parviennent
plus à renouer les liens perdus. En rejoignant un Sangha ils retrouveront
des personnes vraies, dignes de confiance; ils auront envie de puiser
à cette source pure et généreront ainsi de nouvelles
racines dans un terrain fertile.
Si vous creusez un puits, n'abandonnez pas après quelques coups
de pioche sous prétexte que le terrain est trop caillouteux. Votre
maître, vos frères et vos soeurs dans le dharma sont la terre
que vous creusez. Creuser un puits n'est pas facile. Si vous jetez votre
pratique - votre pioche - vous n'arriverez à rien. Creusez en vous-même,
dans votre propre esprit. Buvez l'eau pure de la terre. Lorsque des problèmes
surgissent dans vos rapports avec votre maître ou avec vos amis,
il vous faut aller aux racines de vos difficultés. Peut-être
s'agit-il simplement d'un problème d'organisation ou de quelque
chose de similaire. Soyez prêts à découvrir de nouvelles
manières d'être ensemble. C'est grâce à de telles
difficultés que vous ferez l'apprentissage de votre transformation.
Si vous connaissez quelqu'un en difficulté, aidez-le, aidez-la,
parce qu'il ou elle est vous. Si vous ne pouvez lui venir en aide,
votre pratique ne débouchera sur rien de positif. Si vous persistez
à vous percevoir comme un individu séparé en pensant
que le bonheur est quelque chose d'individuel, vous échouerez.
Quand vous aurez établi des racines les uns dans les autres, les
sentiments d'isolement et de solitude qui vous habitent seront transformés.
Vous n'êtes plus seulement un individu.
Construire un Sangha est tout un art. Prendre soin de la Sangha, c'est
prendre soin du Bouddha. A travers la Sangha, il est possible de toucher
le Dharma vivant. Prendre soin du Sangha, c'est prendre soin de nous-mêmes,
et prendre soin de nous-mêmes, c'est prendre soin de notre Sangha.
Quand nous mangeons et buvons avec modération, nous prenons soin
de notre corps de Sangha. Quand nous nous occupons de quelq'un en difficulté,
quand nous l'aidons à retrouver le sourire, nous prenons soin du
Sangha. Quand nous prenons la main de notre jeune soeur pour la consoler,
nous prenons soin du Sangha. Quand nous nous réconcilions avec
un frère, toute la communauté en bénéficie.
Il ne suffit pas d'aller dans la salle de méditation et d'offrir
de l'encens au Bouddha. Quand nous soignons notre Sangha, nous soignons
le corps du Bouddha.
Un jeune homme m'a dit un jour :
"Je suis heureux de prendre refuge dans le Bouddha et le Dharma,
mais je ne peux respecter le Sangha."
Il n'avait pas compris que chacun des Trois Joyaux contient les deux autres.
Sans le Sangha, il ne peut y avoir ni Bouddha ni Dharma. Pour un autre
de mes amis, seul le Sangha des saints d'autrefois est digne de son refuge.
Selon lui, il n'y aurait plus aujourd'hui de Sangha digne de ce nom. Or
le Sangha fait des gens de ce monde est le seule que nous ayons. Si mon
ami avait été au Pic du Vautour quand le Bouddha
y enseignait, beaucoup de choses dans l'attitude des moines qui entouraient
l'Eveillé l'auraient dérangé. La lecture de quelques
unes des pages du Vinaya vous en convaincra aisément. Par conséquent,
ce qu'il nous faut, c'est un Sangha que nous puissions toucher dans le
moment présent, composé de toutes sortes de gens. Il se
peut que ces gens ne soient pas très avancés sur la voie,
mais s'ils ont la capacité de nous soutenir dans notre pratique,
cela suffit pour qu'ils soient un objet digne de refuge.
La meilleure façon d'améliorer la qualité du Sangha
est d'améliorer la qualité de notre propre pratique. Si
les membres du Sangha pratiquent la pleine conscience et réussissent
à se libérer de la plus grosse partie de leur souffrance,
ce Sangha-là est un joyau qui peut venir en aide à beaucoup
de gens. Notre communauté du Village des Pruniers est loin d'être
parfaite. C'est une communauté de gens ordinaires qui cheminent
sur la voie tracée par le Bouddha. Mais si elle pratique assidûment,
elle deviendra un Sangha riche de réalisations profondes.
Dans toute communauté il est évident que certains possèdent
plus de paix que d'autres. Si nous quittons le Sangha parce que certains
de ses membres nous déçoivent, nous abandonnons aussi les
tous les éléments positifs. La pratique consiste à
participer à la construction d'un Sangha qui vive dans la paix
et la joie. Ceci est à la portée de tout pratiquant. C'est
la manière correcte de cultiver la foi dans le Sangha.
Si vous n'avez pas la possibilité de vous rendre sur les lieux
d'un Sangha déjà établi, créez en un là
où vous vous trouvez. Cela peut être une petite communauté
de pratique avec votre famille et vos amis. Rencontrez-vous une fois par
jour ou une fois par semaine, ou une fois par mois pour y réciter
les cinq entraînements ensemble. Le travail que vous fournissez
pour le Sangha ne doit pas consister seulement à faire la vaisselle,
à fournir un travail de secrétariat ou encore à organiser
des cérémonies. Il consiste à organiser votre vie
de manière à contribuer au bonheur du Sangha.

Il
nous faut apprendre à pratiquer la pleine conscience ensemble -
en tant que famille, ville, nation ou communauté de nations. Un
Sangha qui pratique l'amour et la compassion est exactement le Bouddha
qu'il nous faut pour le siècle à venir. L'apparition du
prochain Bouddha - Maitreya, le Bouddha de l'Amour - ne dépend
que de nous. Nous avons le privilège et le devoir de préparer
le terrain pour sa venue, et ceci pour nous-mêmes, pour nos enfants
et pour notre planète la Terre. Chacun de nous a un rôle
à jouer. Chacun de nous peut contribuer à rendre le Bouddha
vivant en pratiquant consciemment. Chacun de nous représente une
cellule du Bouddha Maitreya, le Bouddha du vingt et unième siècle,
le Bouddha de l'Amour.
Traduction
Daniel Millès
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