Les deux ailes de l’oiseau qui permettent à la méditation de nous diriger vers l’Eveil, sont la sagesse et la compassion, nous dit le Bouddha.

En approfondissement les 4 Vérités Nobles, nous comprenons que la vie n’est pas parfaite. Ce n’est pas une position philosophique, c’est la réalité de l’expérience vécue: les choses changent. L’expérience est parfois bonne et parfois douloureuse. La méditation ne va rien changer à ce réel. C’est la première Vérité.

La 2ème Vérité est liée à ma manière de me situer dans la vie. Puis-je recevoir et accepter avec compassion l’imperfection du monde, en moi et hors de moi? Ou suis-je dans l’aveuglement de croire que les choses pourraient ou devraient être parfaites une fois pour toute?  La réactivité est liée à la soif: notre attachement pour l’expérience quand elle est bonne et notre aversion lorsqu’elle devient douloureuse. Cette soif bloque l’énergie vitale, bienfaisante et universelle de la compassion, et c’est l’ignorance, qui s’exprime par la peur, la colère, la frustration qui envahissent alors l’esprit. Lorsque ces énergies de l’ombre sont apprivoisées et que nous ne sommes plus sous leur emprise, naturellement les qualités d’empathie s’affinent et la compassion devient de plus en plus souvent disponible.En établissant une attitude compassionnée envers soi-même, naturellement, la compassion pourra se manifester envers les autres.

3ème vérité: la libération est possible quand le cœur sait lâcher prise de la soif, ou du désir,  sous toutes ses formes. Ce qui reste est alors simplicité, bonté, humilité, compassion. L’attitude qui est la nôtre face à l’expérience, douloureuse ou plaisante, est ce qui génère soit la compassion et la sagesse qui l’accompagne, soit la réactivité et l’aveuglement qui y est associé. La méditation aide à se souvenir qu’il est possible d’être libéré, ici et maintenant.

Très concrètement ce souvenir peut être vivifié en prononçant silencieusement des paroles  de compassion, pour moi ou pour un autre.

Je suis sensible à ma (ta) peine
Je reste en silence avec elle
Mon cœur accepte mes (tes) limites juste maintenant
Que je (tu) sois libéré de la réactivité à la souffrance.

Et c’est un exercice porteur en même temps d’espace et d’intimité avec l’expérience: il y a l’observateur bienveillant, objectif, et le ressenti précis, sans commentaires, de l’expérience.
Les paroles sont répétitives, limitées aux mots que je choisis de dire, clairement orientées vers la libération. Je peux les dire en assise, en marchant, couché le soir avant de dormir... Je peux les dire rétrospectivement, lorsqu’une expérience douloureuse met l’esprit à l’étroit.

Compassion: entourer, accueillir la peine lorsqu’elle émerge. En moi d’abord, pour pouvoir le faire pour l’autre. La peine, plus particulièrement la peine interrelationnelle, est menaçante et il peut y avoir en nous une volonté plus ou moins consciente de la rejeter sans la laisser être, de la fuir ou de prétendre. En plus de la douleur, je rajoute du stress et de la réactivité. La double flèche dont parle le Bouddha. Si la première flèche, celle de la souffrance, est inévitable, la deuxième est notre responsabilité: je peux abandonner l’identification et la réactivité à la souffrance. Je ne suis pas “que çà”. Je suis aussi sagesse et compassion: je peux tranquillement laisser être et laisser passer l’expérience, sans lui donner trop de pouvoir. C’est bon se de souvenir que notre nature fondamentale, ici et maintenant, est l’ouverture du cœur à l’expérience. Ainsi la réalisation que je ne suis pas l’expérience devient une aide fondamentale pour demeurer dans la compassion lorsque les évènements de notre vie nous mettent au défi.               

Ce texte d'Anne Michel est paru dans le magazine "Bouddhisme au féminin", sur le thème de la relation entre la compassion et les 4 Nobles Vérités.

Anne Michel anime en Suisse des sessions et des retraites dans la tradition du Théravada et pratique le dialogue conscient en région parisienne à l'invitation de Terre d'Eveil. Vous pouvez consulter son site : Mudita