Telles des vagues, toutes les activités de cette vie se sont déroulées sous forme de flux et de reflux incessants, ne laissant finalement qu’un sentiment de vide. Notre esprit est habité d’innombrables pensées, chacune d’elles donnant naissance à beaucoup d’autres, ce qui ne fait qu’augmenter notre confusion et notre insatisfaction. En examinant de plus près ce qui se cache derrière nos habitudes les plus courantes, nous nous rendons compte que nous sommes fondamentalement incapables d’en analyser correctement les mécanismes sous-jacents. Nous nous comportons comme si toute chose existe réellement, alors qu’il ne s’agit en fait que d’une illusion.

En demeurant davantage attentifs, nous constatons que le monde des phénomènes ressemble à un arc-en-ciel éclatant, multicolore mais sans existence propre.

Lorsqu’un arc-en-ciel fait son apparition, plusieurs couleurs magnifiques parsèment l’azur - sans qu’il nous vienne par contre à l’esprit de s’en draper comme une pièce de vêtement ou comme une parure. Il n’y a rien que l’on puisse tenir dans notre main. Sa survenance ne résulte que de la conjugaison de conditions variées. Le jaillissement des pensées procède de la même manière. Elles n’ont ni réalité tangible ni existence intrinsèque. Il n’y a aucune raison logique qui fasse que les pensées pourraient avoir sur nous une emprise aussi forte, nous réduisant ainsi en esclavage.

L’esprit est ce qui crée le samsara et le nirvana. Il ne faut pas conférer aux pensées plus d’importance que nécessaire. Une fois que l’on reconnaît que les pensées sont vides, l’esprit n’a plus le pouvoir de nous tromper. Mais aussi longtemps que nous leur prêterons une réalité propre, elles continueront de nous assaillir sans fin de la même manière qu’elles continuent de nous tourmenter depuis plusieurs vies. Pour en venir à maîtriser notre esprit, nous devons être conscients de ce qu’il convient de faire et d’éviter. De même, il nous faut demeurer alertes et vigilants en portant une attention soutenue à nos pensées, à nos paroles et à nos actes.

Pour mettre un terme à l’attachement, il est important de comprendre que tous les phénomènes sont vides. Ils sont comme l’eau qui apparaît dans le désert et qui n’est en fait qu’un mirage. La beauté et la laideur des formes ne sont utiles ni ne causent de tort à l’esprit. Libérez-vous de l’espoir et de la peur, de l’attraction et de la répulsion et agissez en toute équanimité en considérant que tous les phénomènes ne sont que des projections de votre propre esprit.

Une fois que vous aurez réalisé la vérité absolue, vous verrez que l’infini déploiement des phénomènes n’est qu’illusion ou rêve. Réaliser que les phénomènes et le vide ne sont qu’un, s’appelle simplicité ou libération des limites conceptuelles.

 

Dilgo Khyentsé Rinpoché est né en 1910, dans la région du Kham (Tibet oriental). Il était un maître du bouddhisme Vajrayana, un lettré, un poète, un enseignant, et le chef de l'école Nyingma du bouddhisme tibétain entre 1987 et 1991.

Il fut nommé Tashi Peldjor par Mipham Rinpoché et sera reconnu comme l’incarnation du 1er Khyentsé, Jamyang Khyentse Wangpo (1820-1892). Son père, ministre du roi de Dergé, désirait qu’il prenne sa succession, mais l’enfant était plus attiré par la spiritualité. Son père accepta finalement de l'envoyer à 11 ans au monastère de Shéchèn où il devint disciple de Shéchèn Gyaltsap. Il reçut les enseignements de Khenpo Shenga du monastère de Dzogchen.

De 15 à 28 ans, il demeura en retraite dans les grottes de Denkhok, puis devint l’un des disciples de Jamyang Khyentsé Tchokyi Lodro, autre incarnation de Khyentsé Wangpo. En 1959, lors de l’invasion chinoise du Tibet, Khyentsé Rinpoché, sa femme Khandro Lhamo et leurs 2 jeunes filles durent quitter leur terre natale et s'exilèrent au Bhoutan.

À la demande de la famille royale du Bhoutan, Khyentsé Rinpoché s'y installa comme professeur dans une école près de la capitale Thimphou. Dilgo Khyentsé Rinpoché fut un très grand maître de l'école Nyingmapa, et l'un des maîtres du 14e Dalaï Lama. Après la mort de Dudjom Rinpoché, Dilgo Khyentsé Rinpoché devint le chef spirituel des Nyingmapas. Grand pratiquant et tertön, Dilgo Khyentsé Rinpoché fut aussi un grand écrivain.

Il visita l’Asie, les États-Unis, l’Europe dont la France (Dordogne). Matthieu Ricard fut un disciple de Khyentsé Rinpoché depuis le début des années 80 et l'a accompagné lors de son premier retour au Tibet. Il transmit d’innombrables enseignements à ses très nombreux disciples. Ses écrits et ses termas furent rassemblés en 25 volumes.

À la suite de sa mort au Bhoutan, en 1991, le 14e dalaï-lama, déclara : « Khyentsé Rinpoché était un modèle pour tous les héritiers de la doctrine bouddhiste, et l'on ferait une grave erreur en se contentant d'admirer ses connaissances, sa sagesse et son accomplissement extraordinaire sans essayer de suivre son exemple et d'acquérir des qualités semblables aux siennes. Les enseignements du Bouddha peuvent apporter énormément à tous les êtres, non seulement à ceux qui y consacrent entièrement leur vie, mais également à ceux qui mènent une vie de famille. Nous tous, nous devons faire de notre mieux pour les mettre en pratique et suivre les traces des grands maîtres. »

Œuvres

Le trésor du cœur des êtres éveillés, traduction du tibétain Matthieu Ricard, Seuil.

La fontaine de grâce. La pratique du yoga du maître selon la tradition de l'Essence du coeur de l'immensité, traduction du tibétain Matthieu Ricard, Éd. Padmakara.

Au seuil de l'Éveil, trad. du tibétain Matthieu Ricard, Éd. Padmakara.

Au seuil de la compassion, trad. du tibétain Matthieu Ricard, Éd. Padmakara.

Audace et compassion. L'entraînement de l'esprit en sept points selon Atisha, Éd Padmakara

Les cent conseils de Padampa Sangyé, traduction du tibétain Matthieu Ricard, Éd.Padmakara.