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Dans ma jeunesse déjà je méditais de manière régulière sans pourtant me rendre compte de ce que c’était. Rester immobile et sans rien faire, ignorer complètement mon environnement tandis que je regardais ce qui se passait en moi-même, ne me posait aucun problème. Je percevais les innombrables pensées se bousculant dans ma tête, les sentiments qui surgissaient ainsi que des sensations corporelles telles que des démangeaisons, le froid ou la douleur, et l’apparition et la disparition du ressenti.

Pendant cette période de ma vie, malgré ces expériences qui me paraissaient toutes naturelles, la musique et la dance restaient mes occupations préférées, sans lesquelles je ne pouvais m’imaginer une vie de plénitude et de bonheur. A cette époque-là il ne me serait jamais venu à l’esprit d’entrer au monastère. Bien qu’admirant les personnes qui osaient faire ce pas courageux, j’étais convaincue que cela était hors de question pour moi.

C’est seulement plus tard que j’appris que l’arrêt attentif dans l’immédiat à chaque perception du corps, du cœur et de l’esprit représente le caractère principal de la méditation vipassana. Lorsque,bien des années plus tard, je retrouvai l’idée directrice de ce mode de méditation, je fus envahie du sentiment d’être enfin rentrée chez moi. Il ne s’agissait en fait pour moi que de la redécouverte d’une pratique bien familière !

Ma conviction, que je n’entrerais jamais au monastère, persista jusqu’au jour où – à l’occasion d’une session de méditation vipassana (la méditation de la vision intérieure) en Australie – j’appris qu’il existait la possibilité de devenir « nonne temporaire ». J’avais alors parcouru le monde à la manière des routards depuis un certain temps, et le calme de la méditation me manquait de plus en plus. Je me mis donc en recherche, et aussitôt je tombai sur un cours de méditation dirigé par le maître de méditation birman Sayadaw U Janaka. Cette rencontre devait totalement changer ma vie.

Pendant ce cours je vécus ce que l’on appelle « trouver son maître ». La méditation vipassana telle qu’elle était enseignée par Sayadaw U Janaka me donnait le sentiment d’être arrivée au plus intérieur de mon être. Après toutes ces années où j’avais pratiqué maintes formes de méditation bouddhiste de différentes traditions, j’avais enfin trouvée celle qui me correspondait parfaitement. En même temps, le lien entre le maître et moi-même devenait plus étroit, à un point que je n’avais jamais vécu auparavant.A la fin des trois semaines de méditation, Sayadaw U Janaka me proposa de continuer la pratique de méditation à son centre de méditation à Yangon en Birmanie. J’acquiesçai avec joie et sans hésiter. Le maître me suggéra de prendre contact avec la cuisinière australienne de la retraite qui connaissait déjà le centre en question.

Kim, la cuisinière, me renseigna sur les conditions générales du centre et aussi sur le fait qu’en Birmanie il était possible de devenir « nonne temporaire ». J’appris avec étonnement que l’ordination temporaire faisait partie de la vie de beaucoup de Birmans et aussi des hommes en Thaïlande, avec la différence qu’en Birmanie l’ordination temporaire aussi était aux femmes, et que même de nos jours beaucoup d’entre elles saisissent cette opportunité.

La tête me tournait ! Une ordination temporaire? Pourquoi pas? De toute façon, je ne pourrai ni chanter, ni danser ni jouer le piano pendant mon séjour en Birmanie, mais je reprendrai toutes mes activités préférées une fois retournée en Suisse!
Je pris donc la décision d’aller en Birmanie pour une retraite de méditation de trois mois, et de me dévouer corps et âme à la méditation. En même temps, je comptais très fort sur mon ordination pour me guider, pour soutenir ma volonté à chaque pas que je faisais.

À mon arrivée au centre de méditation en septembre 1992, j’informai Sayadaw U Janaka de ma décision de devenir nonne temporaire. Il en fut enchanté et pria tout de suite une des nonnes de bien vouloir me coudre des robes. Trois jours plus tard elles étaient prêtes. Une modeste cérémonie d’ordination m’initiant à la vie d’une nonne bouddhiste s’ensuivit. Je m’immergeai dans le monde de la méditation et me retrouvait bientôt en voyage intérieur, voyage qui s’avéra bien plus intéressant et plus riche que ceux que j’avais entrepris en parcourant le monde avec mon sac dos.

Au bout des trois mois, qui passèrent en un clin d’œil, je n’étais pas prête à faire mes bagages. Trop grand était mon intérêt à explorer davantage mon monde intérieur pour avoir envie de surfer à la surface, c’est-à-dire faire face au monde extérieur. Pendant cette assez longue pratique de la méditation vipassana, ma perception était devenue peu à peu plus claire et distincte, et, en même temps, j’avais développé une vue plus réaliste de mes expériences antérieures et du monde en général. Ainsi je continuais de méditer, fit d’abord un prolongement de trois mois, puis encore un deuxième, mais cette fois-ci de durée indéfinie…

Après trois années de pratique intense de méditation, je me rendis soudainement compte que je me trouvais toujours en Birmanie, et que j’étais toujours nonne. J’avais des difficultés à le croire ! Le plus étonnant était que ni le chant, la danse et ni même jouer le piano, activités jadis intégrales de ma vie, ne me manquaient ! Au contraire, je n’avais jamais été aussi heureuse et sereine de ma vie ! L’ancienne idée fixe s’était dissoute, et je me sentais on ne peut plus légère. Puisque je ne ressentais aucune contrainte pour rentrer en Suisse, je restais en Birmanie. Je me mis à apprendre le birman et m’occupais d’encadrer des personnes méditantes du nouveau centre dans les bois aux alentours de Yangon.

L’adaptation à la vie de nonne m’est venue naturellement et sans difficulté, ce qui est d’autant plus étonnant que le choix de cette manière de vivre complètement différente de mon passé n’a pas été pris consciemment. En fait, ce n’est que par la voie de l’ordination temporaire que j’ai trouvé mon chemin.

Toutes les nonnes bouddhistes en Birmanie, même celles qui prennent l’ordination temporaire, doivent strictement observer huit règles. Dans des cas exceptionnels même dix règles, dont quelques-unes sont impossibles à suivre pour les nonnes locales, car elles sont obligées de gérer l’argent. Grâce à l’aide et aux interventions de mon amie Mimmi, qui m’accompagnait partout, moi aussi, je jouissais de ce privilège.

En Birmanie, les gens témoignent beaucoup de respect pour les moines, pourtant – hélas ! – très peu pour les nonnes, bien que moi en tant que nonne étrangère, j’étais privilégiée et je jouissais de beaucoup plus d’admiration et de soutien que mes sœurs birmanes. D’une part, je m’estimais heureuse de pouvoir bénéficier de ce vaste soutien, et d’autre part l’inégalité régnante me rendait triste. C’était déprimant de voir la lutte quotidienne des nonnes pour leur survie et celle de leur nonnerie. Au début, je croyais pourvoir surmonter cette inégalité par ma propre force, mais après un certain temps je dus reconnaître, bien qu’à contrecœur, qu’il me serait impossible, d’un jour à l’autre, de changer les structures sociales et culturelles formées pendant des siècles.

Quelques années plus tard, quand je connus plus à fond la société et la culture en Birmanie, je fondai une association (Metta In Action), avec le but de soutenir les personnes nécessiteuses, parmi lesquelles se trouvaient beaucoup de nonnes, et des écoles monastiques dirigées par des nonnes.

Avec l’accord de mon maître de méditation je commençai en 2000 à diriger régulièrement des sessions de méditations en Australie, aux Etats Unis et en Europe. Durant les années suivantes, le nombre de mes sessions s’accrut continuellement, ce qui eût pour conséquence que je passais moins en moins de temps en Birmanie. Une amie m’appelait même « La nonne volante », car je voyageais souvent et aux quatre coins du monde.

Pendant cette période de ma vie, j’avais toujours la chance de bénéficier d’un fort soutien de mon entourage personnel, d’avoir toujours des robes pour m’habiller, assez de nourriture, un logis et des médicaments, s’il m’en fallait. Je vivais ou dans le Centre de Méditation en Birmanie ou dans ceux hors de la Birmanie où j’enseignais. Lorsque je me trouvais en Europe je visitais régulièrement mes parents. Mes parents avaient toujours eu l’esprit ouvert, et acceptaient ma décision de renoncer à une vie profane. À deux occasions, ils vinrent me voir en Birmanie, et ma mère participa même à plusieurs reprises à quelques-unes de mes sessions en Suisse et en Australie.

Après 21 années de vie monastique, ma décision de quitter la robe de nonne a été fondée sur des données intérieures et extérieures qui se manifestèrent simultanément. Je me souviens très clairement du moment où cette pensée surgit pour la première fois. À ce moment-là, je fus très étonnée, car pendant toutes ces années j’avais été convaincu que je resterais nonne jusqu’à la fin de mes jours. Résistant au début à cette idée, je l’acceptai après un certain temps.

Le processus émotionnel qui s’ensuivit fut long et parfois douloureux. Pourtant le moment arriva où je sus clairement que le retour à la vie « civile » était la démarche à faire, et en Octobre 2013 le pas décisif fut franchi.
Je retirai ma robe de religieuse bouddhiste après 21 années. Bien entendu, j’étais curieuse de voir de quelle façon se déroulerait ce nouveau changement. À ma grande surprise, cette deuxième métamorphose se passa de manière toute aussi naturelle et aussi doucement que la première quand j’avais reçu l’ordination.

L’apparence extérieure était changée – et ma mère se réjouissait tellement que mes cheveux repoussent, enfin… En mon for intérieur, cependant, le processus d’élargir mon horizon, la quête de la vision intérieure et de la sagesse ne s’est pas arrêté. 

J’ai la chance d’être suffisamment libre financièrement pour pouvoir continuer ma vie extérieure de jadis, avec seulement de petites adaptations. Depuis la mort de ma mère, l’année passée, je m’occupe de mon père souffrant de démence sénile. Grâce au soutien de ma famille d’origine, je peux malgré tout poursuivre et donner des enseignements ou diriger une retraite de méditation de temps en autre.

À mon avis, l’ordination temporaire, telle qu’elle est pratiquée en Birmanie, représente une très grande chance pour une personne intéressée afin qu’elle puisse découvrir si la vie monastique lui convient. Bien souvent les idées qu’on a d’une vie entre les murs d’un monastère et la réalité sont complètement divergentes. C’est pour cette raison que je plaide avec vigueur pour l’ordination temporaire.

À première vue, il semble relativement facile de recevoir l’ordination de nonne bouddhiste en Birmanie ou en d’autres pays bouddhistes d’Asie. Il y a, pourtant, de nombreuses questions pratiques qui se posent : Est-il possible de rester au monastère en question pendant une longue période, voire même pour la vie ? : Cela dépend de la régulation du visa du pays en question.

Autre incertitude : De quelle manière se procurer les moyens financiers pour pouvoir subsister ? 
En Birmanie, dans un monastère, tout est pris charge grâce à la générosité des gens birmans qui soutiennent les monastères. Mais ce n'est pas le cas dans d'autres traditions où les nonnes doivent avoir des moyens financiers pour subsister.

Comment a-t-on accès en tant que nonne aux soins médicaux ?
En Birmanie il y a des hôpitaux pour les nonnes et moines ou tout traitement est gratuit. Et souvent les docteurs offrent leur traitement et les médicaments comme un don généreux.

Souffre-t-on du climat ?
En ce qui me concerne, heureusement, j’ai bien supporté le climat chaud et humide en Birmanie ainsi que la nourriture birmane. Mais j’ai vu pas mal de méditants occidentaux qui ont souffert terriblement soit du climat soit de problèmes digestifs au point de devoir quitter la Birmanie et de rentrer chez eux.

Souvent, ces aspects ne deviennent vitaux qu’après quelques années.

Si, par contre, on aimerait mener une vie de nonne bouddhiste dans en Occident, les questions les plus fréquentes sont les suivantes : Où trouver une communauté de nonnes bouddhistes dans cette tradition ? Quelles sont les conditions générales pour être admise ? Comment se déroule la journée des monastiques ?

Autant de questions ! Il y en a auxquelles je pourrai répondre aujourd’hui, à d’autres seulement plus tard, et à encore d’autres probablement jamais.Je suis infiniment reconnaissante d’avoir eu la chance de recevoir l’ordination de nonne bouddhiste, et d’avoir pu m’adonner à la pratique spirituelle dans une dimension qui m’a enrichie et changée, et qui a épuré mon esprit.

Cette partie de ma vie si importante a duré 21 années – je ne puis encore le croire !

Ariya Baumann, 15 mars 2015

 

Ariya Nani est née en Suisse. Après avoir terminé ses études de musique et de danse au conservatoire de Zürich, elle enseigne pendant quelques années et c'est durant cette période qu'elle commence à pratiquer la méditation dans différentes traditions bouddhistes.

La musique et la danse ont certainement joué un rôle dans sa pratique, même si elle les a abandonnés par la suite.

En 1992 elle part en Birmanie pour pratiquer sous la direction du Maître Chanmyay Sayadaw, un enseignant  de la  tradition de Mahasi Sayadaw, réputé pour sa rigueur. C'est auprès de lui qu'elle prend les voeux monastiques.

Lorsque le centre de Chanmyay Yeiktha s'ouvre en 1996, la Vénérable Ariya Nani en devient l’enseignante pour les yogis étrangers, veillant à leurs besoins, assurant la traduction lors des entrevues avec le maitre, et donnant des enseignements elle-même.

Depuis 2006, elle est basée au Centre de Méditation Chanmyay Myaing à la périphérie de Rangoon.

Après 12 années de pratique intensive de la méditation, son maître l'envoie en Occident répandre le Dharma.

La vénérable  Ariya Nani traduit les maîtres birmans, donne des enseignements et dirige des retraites vipassana depuis plusieurs années dans les différents pays d'Europe, en Birmanie, Thaïlande et aux Etats-Unis.

Elle a traduit du birman en anglais et en allemand plusieurs ouvrages d’enseignement de son maitre,  notamment “Metta, The Practice of Loving Kindness  as the Foundation for Insight Meditation Practice and The Bojjhangas – Medicine  that Makes All Diseases Disappear” par Chanmyay Myaing Sayadaw  ainsi que “The  Buddha’s Ways to Happiness and Peace” également par Chanmyay Sayadaw.

Elle a travaillé à l'édition et la révision d’un traité sur la pratique de la méditation Vipassana par le Vénérable Mahasi Sayadaw. 

Elle a fondé une association "Metta in action" pour venir en aide aux nonnes birmanes, car celles-ci ne bénéficient pas, de la part de la société laïque, du même soutien pour leur pratique que les moines ; elle assiste également des nonnes de tradition tibétaine pour pratiquer la méditation, et son association aide aussi des laïcs par l'installation de panneaux photovoltaïques dans un village du nord de la Birmanie.