Vipassana, un des aspects de la méditation et un mouvement de pratique. Vipassana signifie voir clairement et en profondeur. Couplé à samatha (la concentration, la tranquillité, le calme mental), vipassana permet de découvrir la réalité des choses telles qu'elles sont, au-delà de nos perceptions habituelles et confuses. En tant qu'un des aspects de la méditation, vipassana est présent dans toutes les traditions bouddhiques.

Mais le terme vipassana désigne aussi un mouvement informel issu d'un courant bouddhiste moderniste qui prit son essor en Birmanie au 19è siècle au sein de la tradition Theravada et se singularisa en mettant au point une forme de pratique déritualisée et laïcisée axée sur la méditation. Cette forme de pratique fut proposée indifféremment aux moines et aux laïcs dans des centres de méditation, et non plus seulement dans des monastères. Quatre grands noms sont généralement associés au développement initial de cette pratique : les maîtres birmans Mahasi Sayadaw et U Ba Khin et les maîtres thaï Ajahn Chah et Ajahn Buddhadasa. En Europe c'est surtout le disciple d'U Ba Kin, l'Indien Goenka, qui popularisa le vipassana. Aux Etats-Unis le vipassana s'est beaucoup répandu grâce aux efforts conjugués de  Jack Kornfield(disciple américain de Mahasi Sayadaw), de (disciple américain d'Ajahn Chah) et de Sharon Salzberg. Citons encore la formidable activité déployée par Ajahn Sumedho à qui Ajahn Chah confia la tâche de répandre le dharma en Occident à travers la voie monastique (monastères de Chitthurst et Amaravati en Angleterre, Dhammapala en Suisse, Le Refuge en France, etc. Ajoutons que le maître sri-lankais Bhante Henepola Gunaratana est une source d'inspiration importante pour notre groupe parisien.

Aujourd'hui, en Occident, le Theravada n'est plus la source unique d'inspiration de ce mouvement.

"Sauf exception, un Occidental a du mal à s'identifier complètement à une orthodoxie asiatique. Quand on analyse l'histoire du bouddhisme, on remarque deux choses : d'une part, que chacune des traditions asiatiques s'est développée en réponse à des besoins précis de pratiquants, dans des cultures particulières et à des moments précis de leur histoire culturelle ; d'autre part, que chacune de ces traditions a laissé dans l'ombre des pans entiers de la tradition originelle" (Stephen Batchelor, Entre Orient et Occident).

Aux Etats-Unis le mouvement psycho-thérapeutique s'intéresse à vipassana. Il en utilise les méthodes dans les hôpitaux et tend à influencer son développement ; notons enfin que des pratiquants vipassana sont activement engagés dans le mouvement de protection de l'environnement. Certains s'investissent aussi dans les prisons et dans le domaine des soins palliatifs. Se reporter à l'article de Gil Fronsdal et à celui de Stephen Batchelor.


Un chemin sans artéfacts culturels

"Pour préserver l'intégrité de la tradition, il nous faut distinguer ce qui est essentiel à son intégrité et ce qui en est périphérique, nous devons pouvoir séparer les éléments nécessaires à la survie de la pratique du dharma des artéfacts culturels étrangers qui pourraient constituer un obstacle à cette survie" (Stephen Batchelor, Le bouddhisme libéré des croyances, page 166).


Plus qu'une technique, une voie
Bhavana est le terme pali qu'en Occident on traduit par méditation. Or bhavana possède le sens beaucoup plus large de cultiver, cultiver la voie (ou l'Octuple Sentier dans la terminologie bouddhique). Loin d'être la pratique d'une technique, la méditation s'insère dans la vie quotidienne pour en embrasser tous les aspects ; c'est pourquoi on parle de cultiver la voie, une démarche qui implique un engagement à tous les niveaux de la personne : au plan philosophique comme au plan psychologique, social, environnemental, en bref, à tout ce qui touche à l'interaction de la personne humaine avec elle-même et son environnement. 

La compassion, le coeur et l'âme de l'éveil

Ayant compris la non-substantialité du soi - enseignement central de la voie bouddhique- le pratiquant s'engage activement dans le développement de ce que Stephen Batchelor appelle une culture de l'éveil, une autre manière de parler de la compassion, autre élément essentiel dans l'enseignement de l'Eveillé.

"La compassion est le coeur et l'âme de l'éveil.... On l'entrevoit quand la barrière du soi est levée, et que l'existence individuelle capitule devant le bien-être de toute l'existence. Il est alors parfaitement clair que nous ne pouvons pas atteindre l'éveil pour nous-mêmes : nous pouvons seulement participer à l'éveil de la vie" (Stephen Batchelor : Le bouddhisme libéré des croyances, page 135).

La motivation au centre de la pratique

La motivation la plus haute peut embrasser toutes nos bonnes œuvres - nous pouvons donner pour motivation à tous nos actes, et à notre aspiration à l'illumination complète, le bien et le bien-être et tous les êtres. Nous comprenons que notre pratique spirituelle n'est pas faite pour nous uniquement, mais pour l'éveil et la libération de tous. C'est ce qu'on appelle la Bodhicitta. Je trouve que pratiquer la Bodhicitta a profondément transformé mon chemin spirituel. Avant d'intégrer cette motivation plus élevée à ma pratique, je savais que le fait de mettre soi-même en œuvre des moyens de purification ne pouvait qu'être bénéfique à ceux qui vous entourent. Si nous sommes plus généreux et plus aimants, plus sages et plus compatissants, moins coléreux et moins peureux, bien sûr, le monde qui nous entoure n'en sera que meilleur. Donc je savais que la pratique spirituelle aide toujours les autres aussi bien que moi-même.
Mais la pratique consciente de la Bodhicitta a fait que cela n'a plus été le résultat inévitable de la méditation et de la quête spirituelle, mais aussi la raison même de pratiquer. Aspirer à une vie d'éveil pour faire du bien aux autres rend notre pratique très large et profonde, la faisant sortir de l'ornière d'une lutte plutôt égocentrique. C'est, bien sûr, le but de tout l'ensemble. Un poème de Ryokan, moine zen du dix-huitième siècle, exprime ce sentiment:

Oh, que ma robe de prêtre soit assez vaste 
pour rassembler tous les êtres qui souffrent 
Dans ce monde flottant !

(Extrait de "Le bien de tous", par Joseph Goldstein, in Le Dharma de Saint Benoit, page 40, Editions Kunchab)

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